‹ Satyre Menippée de la vertu du catholicon d'Espagne et de la tenue des Estats de Paris; augm. de notes tirées des éditions de Du Puy de Le Duchat, et d'un commentaire historique, littéraire, et philologiqueChapitre 4 sur 61 · MO SATYRE MENIPPÉE · texte numérisé non relu

MO SATYRE MENIPPÉE

pape Jean second alla bien luy mesme trouver lempereur de Gonstantinople, pour le prier de faire la paix avec les Ariens, hérétiques, pires que ceux cy, et remettre toute la querelle en la main de Dieu, qui feroit ce que les hommes ne pouvoyent faire. Je croy pour mon regard , monsieur le lieutenant, que quand vous prendrez ce chemin sans fard, et dissimulation, il ne peut estre que très seur et utile au gênerai de la France *, et à vous , en vostre particulier, très honorable et à vostre grande descharge, et contentement d'esprit: aussy que ce moyen est seul et unique, et ne vous en reste aucun autre pour arrester la cheute eminente de tout l'édifice * : je vous parle franchement de ceste façon , sans crainte de billet ^, ny de proscription : et ne m'

' C*cst-à-dire aux François en général.

' Tout ce passage , tendant à persuader au duc de Mayenne de procurer la paix à la France en reconnoissant Henri IV, se retrouve presque mot pour mot dans les Mémoires de la ligue.

^ D*Aubray fut chassé de Paris au commencement de Tannée i594) pour avoir parlé trop librement. Le duc de Mayenne loi écrivit à ce sujet la lettre suivante :

A M. d'Aubray, je vous prie de croire que je n'ay jamais rien « creu de vous que ce que je dois croire d*un gentil-homme d*hon- « neur, et qui autant mérite en ceste cause que nul autre, nn « chascun sçachant assez les devoirs que vous avez renduz en •• ceste ville durant le siège, et depuis en toutes les occasions « qui se sont présentées, et, en mon particulier, je le cognois, et

SATYRE MENIPPÉE. m

pouvante pas des rodomontades espagnoles \ ny des tristes grimaces des seize, qui ne sont que co-

■ confesseray tousjours vous avoir de l'obligation. C'est pourquoy

• TOUS De devez entrer en opinion que je voulusse seulement

• penser à chose qui vous doive importer à vostre réputation ny «des vostres; vous conjurant que vous vucillez vous accommo- "derà la prière que je vous fais pour quelque temps d'aller pren-

• dre do repos chez vous, n'estant ce que je fay qu'au dessein

■ <{oe j*ay tousjours eu d'empescher la ruyne du public, en con-

• servant la religion. Geste lettre de ma main vous en fera foy, et

■ du désir que j'auray tousjours de vous aymcr et honorer comme

• mon père, n'entendant pour cela pourvoir à vostre charge, ny

• &ire chose qui vous doive offcncer. Sur ce je prie Dieu , etc.

• Vostre plus affectionné et parfaict amy ,

« Charles de Lorraihe. n

Cayet, parlant de la lettre ci-dessus, dit que d'Aubray, se ^ut ainsi doucement contraint d'aller prendre du repos à sa BMiion de Brières-le-Château , eut soin , avant de quitter Paris , de fidre enregistrer cette lettre au greffe de l'hôtel de ville. « Les 'Uitres politiques, continue-t-il , qui eurent aussy leurs bil- * lets, se retirèrent les uns à Sainct-Denys , et les autres en d'autres ■«droits. •

' GTétoit le mot consacré contre cette nation que la Satyre ap- Pinailleurs laplus insolente (jui soit soubs le cie/,et contre laquelle alunis suppose une antipathie qui a été le sujet d'un livre. Ro- ■^•«ofit vient, comme on le sait, de deux mots qui signifient man- S*^ de montagnes. Ces préventions réciproques des peuples sont ^ Symptôme d'une civilisation encore imparfaite. La Fontaine a ^ <fe noas-mémes :

La sotte vanité nous est particulière : Cest proprement le mal François.

(IJv. IV, fab. xiu.)

112 SATYRE MEXIPPÉE.

quins', que je ne daignay jamais saluer, pour le peu de compte que je fais d'eux : je suis amy de ma

' Ici d*Aubrav reprend son langage naturel que Pithou élevoit il n'y a qii*un moment à toutes les hauteurs de réloqucnce. Homme loyal et simple, il a la franchise de la colère. Gentilhomme , il ne se souvient de son rang que lorsqu'il se compare avec les méchants. Il n'a jamais daigné les saluer, mais seolcmcnt pour le peu de compte qu'il fait d'eux, car ce d'Aubray, dont Mayenne se déclare l'affectionné et parfait ami, s'honore d*étre bon bourgeois et citoyen de Paris. Les détails dans lesquels Le Dnchat entre relativement à ce passage, nous paroissent assez curieux pour mériter d'être conservés en entier. «En 159a, dit-il, lorsque le roi étoit encore huguenot, la ligue ayant eu le vent d'un dessein que les politiques avoient forme d'introduire ce prince dans Paris, Rozc, évéque de Senlis, proposa à d'Aubray, qu'on rcgardoit comme leur chef, une conférence entre les politiques et les sei:c, en vue de les réunir ensemble contre le roi. Roze ne reçut de d'Aubray point d'autre réponse, sinon que quand tous les seize auroient été pimis de leurs crimes, il aviseroit à ce qu'il auroit à faire. On fit pourtant enfin ensorte envers les autres colonels politiques , que les deux partis s'assemblèrent en un logis proche la maison du sienr L'huillier; mais ce fut bien-là que d'Aubray témoi(];na la terrible opinion qu'il avoit des seize , et l'aversion qu'il avoit pour eux. Après leur avoir fait mille reproches sanglants, il les traita de gens sans aveu y desavouez et diffamez pour avoir faiet mourir le président Brisson ; de gens enfin qui, par les lettres d'abolition du duc de Mayenne y n*osoyent mesme plus se nommer les seize, ce nom dénotant une faction que le duc de Mayenne avoit u jugé nécessaire d'abolir comme ennemie du public, et particulière^ « ment des gens de bien. Ce n'est donc pas sans sujet qu*on intro- « duit ici d'Aubray traitant les seize de coquins. Mais tout cela « n'est encore rien au prix de ce qu'on voit dans le Dialogue du

SATYRE MENIPPÉE. ii3

patrie , comme bon bourgeois et citoyen de Paris : je suis jaloux de la conservation de ma religion, et suis en ce (jue je puis serviteur de vous, et de vostre maison. Enfin cbascuu est las de la guerre, en laquelle nous voyons bien qu'il n'est plus question de nostre religion, mais de nostre servitude, et auquel d'entre vous les carcasses de nos os demeureront. Ne pensez pas trouver à l'ad venir tant de gens comme avez faict, qui vueillent se perdre de gayeté de cœur, et espouser un desespoir pour le reste de leur vie, et pour leur postérité. Nous voyons bien que vous mesme estes aux filets du roy d'Espagne , et n'en sortirez jamais que misérable et perdu : vous avez faict comme le cbeval , qui pour se defFendre du cerf, lequel il sentoit plus viste et vigoureux que luy, appella l'homme a son secours ' : mais l'homme luy mit un mords

• maheutreet du manant. Cfest là que le même <l*Aubray, non con- « tcDt de dire qu*ii scroit au comble de ses vœux quand il vcrroit ■ an jour son curé, ce li(];ueur, pendu avec un seize à une même «potence; il poussoit encore le furieux La Rue, ce ligueur in- « constant, à s'employer avec tous ses semblables à courir -sus

• aux prédicateurs de la lï^e et aux seize, se faisaut fort qu'il

• empécheroit bien que La Rue ni ses compactions n en fussent « recherchez. »

' Cet apologue, emprunté de Phèdre (1. IV, f. iv), et imité

d'uoc mainère si hcurnise, un sicrie plus tard, par La Fontaine

(L IV, f. xiii), offre ici une allusion qui n'a pas }>esoin d'être

expliquée; mais il est bon de remarquer que la première phrase

ii4 SATYRE MENIPPÉE.

en la bouche, le sella, et équipa, puis monta dessuz avec bons espérons , et le mena à la chasse du cerf, et par tout ailleurs, ou bon luy sembla, sans vouloir descendre de dessuz , ny luy os ter la brideetla selle : et parce moyen le rendit souple à la houssine^ et à lesperon , pour s'en servir à toute besonf^ne, à la charge et à la charrue, comme le roy d'Espagne faict de vous : et ne doutez pas , si par vostre moyen il s estoit faict maistre du royaume, qu'il ne se deffist bientost devons, par poison, par calomnies , ou autrement. Car c est la façon, dont il use , et dont il dict communément qu'il faut recompenser ceux qui trahissent leur prince, et leur pays : tesmoins ceux qui luy livrèrent meschamment le royaume de Portugal: lesquels luy venants demander la recompense qu il leur avoit promise devant qu'il en fust en possession, il les renvoya i son conseil , qu'il appelle de la conscience', ou il

ÎDdicpie la lenteur et la pesanteur du duc de Mayenne d'une paît, et de l'autre la vigilance et l'activité de Henri IV.

* Après lusurpation du Portu£[al par Philippe n, ce prince, assailli d'uuc foule de demandes de la part de ceux qui ayoient en cette occasion trahi leur patrie, accorda quelques gratifications aux plus importuns. Mais comme le nombre des demandeurs alioit toujours croissant, il institua un conseil dit La tabU de conscience y qui rendit un arrêt portant : • Que si le royaume de • Portugal appartenoit de droit au roi d*Espagne, il ne tenoit rien " |var le bénéfice de ces importuns, et par conséquent ne leur

SATYRE MENIPPÉE. iif)

leur fut respondu , que s'ils avoycnt remis le Portugal entre les mains du roy d'Espagne, comme luy appartenant, ils n avoyent falot que ce que devoyent foire de bons et loyaux subjects, et en auroyent leur rétribution, et salaire au ciel: mais s'ils lavoyent livré, croyants qu'il ne luy appartins! point, pour Toster à leur maistre, ils meritoyent d'estre penduz comme traistres : voylà le salaire qui vous attendroit, après que vous nous auriez livrez à telles gens , ce que ne sommes pas délibérez de souffrir. Nous sçavons trop bien que les Espagnols et Castillans, et Bourguignons sont nos anciens et mortels ennemis , qui demandent de deux choses Tune : ou de nous subjuguer^ et rendre esclaves s'ils peuvent, pour joindre l'Espagne, la France et les Pays-Bas tout en un tenant : ou s'ils ne peuvent , comme à la vérité les plus ad- ^isez d'entre eux ne s'y attendent pas, pour le moins nous affoiblir, et mettre si bas, que jamais, ou de long-temps nous ne puissions nous relever, ctrebequer * contre eux: car le roy d'Espagne qui

«devoit aucune récompense; que si, au contraire, il n*yavoit «aucun droit, ils avoient été des traîtres et des déloyaux à leur «roi légitime, et partant seroicnt-ils plus que recompensés si «on leur laissoit la vie, que, par leur trahison et déloyauté, ils « méritoieut de perdre honteusement. »

' Vieux mot qui signifie la même chose que répliquer. Vers la fin du dix-septième siècle, il étoit déjà considéré comme

ii6 SATYRE MENIPPÉE.

est un vieil renard , sçait bien le tort qu'il nous tient', usurpant contre toute justice, les royaumes de Naples, et Navarre, et la duché de Milan, et la comté de Roussillon qui nous appartiennent: il co(];noist le naturel du François, qui ne sçauroit long-temps demeurer en paix, sans attaquer ses voisins. Dcquoy les Flamands ont faict un proverbe, qui dictquequand le François dort, le diable le berce : d ailleurs , il veoit ses Estats séparez, etquasy tous usurpez par violence, contre le {jrc des habitants qui luy sont mal affectionnez. Il se veoit vieil et caduc, et son fils aisné peu vigoureux et mal sain , et le reste de sa famille estre en deux filles, lune desquelles il a mariée avec le prince le plus ambitieux *, et nécessiteux de l*Europe : l'autre ', qui cherche party, et ne peut faillir d'en trouver un grand. Si après sa mort, qui ne peut plus guère tarder, selon le cours de nature , ses Estats se partagent, et que l'un de ses gendres attaque son fils , il sçait que les François ne dor-

bas et burlesque; aujourd'hui il est entièrement banni de la langue. I^ trace de ce mot s est conservée dans quelques provinces où Ton dit encore une rebeccoy en parlant d'une femme oa fîUe qui a la repartie prompte, mais peu circonspecte et souvent insolente.

'. Qu'il nous fait.

* Le duc de Savoie.

^ L'infante Isabelle.

SATYRE MENIPPÉE. ii7

miront pas, et réveilleront' leurs vieilles prctensions. Fait il pas donc en prince prudent, et prévoyant, de nous affoiblir par nous mesmes, et nous mettre si au bas que ne iuy puissions nuire , voireapres sa mort? Aussy avez vous veu comment il s^est comporté aux secours qu'il nous a envoyez , la plus-part en papier, et en espérance : dont lattente nous a causé plus de mal que la venue ne nous afaict de bien? ses doublons, et ses hommes ne sont venuz sinon après avoir long-temps tiré la laxigue, et que n'en pouvions plus, combien qu'il cust: peu nous secourir beaucoup plus tost : il ne ^ous engraisse pas pour nous vendre, comme les l^^ovichers font leurs pourceaux ; mais de peur que lie mourions trop tost , nous voulant reserver à P*U.s grande ruyne , il prolonge nostre languisvie y d*un peu de panade qu'il nous donne à te-doigts y comme les geôliers nourrissent les ^'^^Xninels pour les reserver à l'exécution du sup- P*ic3e. Que sont devenuz tant de millions de dou- ^■-^^ns*, qu'il se vante avoir despensez pour sauver

Dormir et réveiller contrastent ici avec un peu d'affecta- ^^'^^. Cest une des foibles taches de ce morceau si remarquable ailleurs.

Pbilippe U, peu de temps avant sa mort, avouoit à son fils

*^«, depuis Tan i565, il avoit dépense, tant pour les guerres

^^iles de France que pour celles des Pays-Ikis, et pour ses

^^tres vastes desseins, plus de cinq cent quatre-vingt-quatorze

ii8 SATYRt: MENIPPÉE.

nostre Estât? nous n'en voyons point pamiy le peuple, la plus-part sont entre les mains de nos adversaires, ou entre les vostres, messieurs les princes, gouverneurs, capitaines, et prédicateurs , qui les tenez bien enfermez en vos cofïres ' : il n a resté au peuple que des doubles rouges *, auxquels nous avons employé toutes nos chaudières , chaudrons, coquemarts , poisles , chenets, et cuvettes , et y employerons nostre artillerie , et nos cloches^, si nostre nécessité dure encore peu de temps; les doublons et les quadruples de fin oi du Pérou sont esvanouls, et ne se voyent plus*,

millions de ducats, sans avoir, disoit-il, fait d'autre conqaétf que celle du Portugal, sur laquelle même il ne faisoit pas gnmd fonds.

' L'argent d'Espagne ne se distribuoit point aux gens d< guerre par les trésoriers du duc de Mayenne; mais ce prince et prenoit une partie, et faisoit distribuer le reste aux prédicatenn pour les encourager à redoubler d'efforts dans leurs sermons, et à y semer des invectives contre Henri IV , et ceux de soii parti.

* Pendant le siège de Paris, Mendozc, ambassadeur d'Espagne, ht frapper une grande quantité de demi-sous, à l'instar de la mon noie espagnole ; il les faisoit jeter par poignées dans les mes, et le peuple crioit . f^îve le roi d'Espagne-

' r^ même cbosc a eu lieu à une époque beaucoup plus rapprochée de nous, et nous avons encore aujourd'hui les sous de cloche.

* I>es seize a voient reçu du roi d'Espagne des sommes considé tables.

Cest surquoy un poète de nostre temps a faict un quatrain fort gentil.

Par toy superbe Espagne , et Tor de tes doublons Toute la pauvre France insensez nous troublons : Et de tous tes doublons qui causent tant de troubles , 11 ne nous reste rien à la fin que des doubles.

Sur ce mesme sujet , un autre honneste homme ii*a pas mal rencontré , quand il a dict :

Lies François simples paravant , Sont par doublons devenuz doubles :

Et les doublons tournez en vent, On bien en cuivre, et routes doubles.

De nous persuader meshuy que ce qu'en faict ce bon prince n'est que pour la conservation de la religion catholique, et rien plus, cela ne se peut : nous sçavons trop quelle est son intention par ses agents , et par ses mémoires : nous scavons comment il a vescu , et traité cy-devant avec les huguenots des Pays-Bas*. Les articles de leurs accords sont imprimez et publiez de son authorité ,

' >L*an 1576, dit du Plessis, Philippe second racheta la paix «avec ses sujets de Hollande et de Zélandc aux dépens de ses «dévotions, consentant, par un article exprès, que la religion «catholique ny seroit point rétablie, même que les biens du « clergé demeurcroient bien et sûrement vendus. En i588, con- «tinue-t-il, ce prince offroit aux villes d'Anvers, de Gand, et « diJtrecht, par le ducdeTierra-Nucva, Texercice public de leur « religion. » (Mém., t I, p. 922.)

par lesquels il leur permet l'exercice de leur religion : et s'il ne tenoit quà cela, il y a long- temps qu'il en a offert autant au duc Maurice *, età messieurs les Estats, pour avoir paix avec eux: il ne voudroit pas faire pis que son père , que nous avons appris avoir accordé aux protestants d'Allemagne, et aux luthériens, ce quils ont voulu, pourveu qu'ils le recogneussent pour prince, et luy payassent ses droicts : s'il ayme tantla religion catholique, et hait ceux qui n'en sont point, conir ment peut il endurer les Juifs , et les Marranes en ses pays ? Gomment se peut il accorder avec les Turcs , et les Mahumetans d'AfFrîque , desquels il achette la paix bien chèrement? Il ne faut plus que ses espions les jesuistes Scopetins * nous vien-

' Les dernières éditions portent au prince Maurice.

' Les jésuites de Trêves furent accusés d*avoir encouragé l'assassin qui tua d'un coup de pistolet, en i584, Guillaume de Nassau , prince d*Orange. C'est sans doute pour cela que Fauteur les appelle jésuites scopetins, ou porteurs d'escopettes^ mot qui vient de Tespagnol escopeta, et peut-être originairement du latin scopus, un but vers lequel on vise , à moins qu'il n'ait été fait par onomatopée, comme dans ce vers de Perse ou stlopus signifie le son que rend la bouche quand on frappe sur les joues remplies d'air :

« Nec stlopo tnmidas intendis nunpere buccas. •

J'ajouterai ici, pour ne rien laisser à dire sur ce mot, qu'il ne faut pas lire scopus pour pied de vigne , dans Varron , mais scapus , dont nous a vous fait cep.

nent vendre ces coquilles de Sainct-Jacques, le jeu est trop descouvert. Le duc dé Ferîa a faict veoir ses mémoires par degrez , et pièce à pièce : comme sHavoit apporté d'Aflfrique, fertile en poisons *, et yenins, par le commandement de son maistre, une bouete pleine de diverses drogues de diverses qualitez. Uune qui tue tost , l'autre qui tue tard , Fautre plus prompte en esté, lautre qui faict mieux ion opération en hyver, pour s'en servir en nostre endroit selon les occasions et occurrences : ayant de nous en donner d'une , s il nous trouve dispole^en telle humeur, et d'une autre s'il nous trouve antrement. Devant que nous eussions faict entendre que voulions entretenir la loy Salique , loy qui depuis huict cents ans a maintenu le royaume de France en sa force et virilité , on nous parloit des rares vertuz de ceste divine infante, pour la £ûre eslire héritière de la couronne ' : quand ils ont veu qu'on vouloit garder l'ancienne coustume des masles , on nous a offert de la donner à un prince qu'eslirions roy : et là dessuz les brigues estoyent pour l'archiduc Arnest, à qui elle est destinée femme : puis quand ils se sontapperceuz que

' Babelais dit Cj^Afriqxie apporte toujours quelque chose de "^i**^u^ et qa elle est coutumière de produire des monstres.

' La première proposition des Espagnols eu faveur de l'infante ^'^Ue se fit à La Fère, au commencement de 1 593.

cest Arnest ' n estoit point hamois qui nous fust duisant, ils ont parlé dun prince de France, à qui on marieroit Finfante, et les feroiton roysde France in solidum: et pour tout cela, se sont trouvez mémoires et mendats à propos , signez de la main propre de Yo el rey ' : à quoy monsieur le Icgat servoit de courratier, pour feire valoir la marchandise. Car il nest icy venu à autre fin: comme n estant cardinal que par la faveur du roy d'Espagne ^, avec protestation de ruyner la France, ou la faire tomber en pièces entre les mains de ceux qui Font faict ce qu il est, et sçavons qull aun bref speciaP, pour assistera l'élection d'un roy de

> Les nouvelles éditions ont très mal écrit Ernest qui ne fut pas Téquivoquc dont l'auteur s'est occupé et dont les commeD'^ tateurs ne se doutent pas. Arnest se prononçoit comme hanots^ qui se prononçoit déjà hamès, à FitaHenne. Ce jeu de mots n'e»k Çuèrcs digne de Pithou ; mais il faut donner quelque chose i^ l'esprit de la langue, et le calembour est François.

' Gela sert à expliquer l'endroit de la page 8 du tome premier s // !cs datte ou antidatte avec son urinai quand il luyplaist,

' L'évéquc de Plaisance fut fait cardinal en iSgi, par Innocent IX à la recommandation du roi d'Espagne et du dac de Parme ^ qui le connoissoicnt fort opposé dlnclination aux intérêts de la France.

* Il parut un prétendu bref de Clément VIH au cardinal de Plaisance, où il étoit donné pouvoir à ce dernier d'assister â l'assemblée des Etats , et d'autoriser l'élection qui s y feroit d un oi catholique. Ce bref étoit daté du i5 avril iSga.

SATYRE MEMPPÉE. i23

France. Ha ! monsieur le leçat , vous estes descouvert, le voile est levé , il ii y a plus de charmes qui nous empeschent de veoir clair, nostrc nécessité* nous a este la tayc des yeux , comme vostre ambition la met aux vostres, vous voyez assez clair en nostre ruyne, mais vous ne voyez goûte en vostre devoir de pasteur de l'Eglise, vous venez icy pour tirerlalaine d'un troupeau et pour luy oster ses gras pastis, et ses herbages: vostre interest particulier vousaveugle, trouvez bon que nous regardions au nottre. L'interest de vos maistres, qui vous mettent enbesongne, comme un journalier à la tasche de la démolition d'une maison, est de s'agrandir de nos pièces, et tenir en repos leurs seigneuries: le nostre est de nous mettre à couvert, et d'accorder nosdifiPercnts, en ostant les folles vanitez que nous avez mises en la teste , et faisant la paix : nous voulons sortir à quelque prix que ce soit, de ce mortel labyrinthe : [ vous ne nous ferez pas précipiter du pinacle du temple. ] ^ Il n'y a ny paradis ^, bien tapissez et dorez , ny processions , ny confrairies ,

' Mot employé ici dans le sens de déti*essc.

' Ce qui est compris ici entre deux crocbcts ne se trouve pas dans les premières éditions.

' Od donne encore ce nom, sur-tout en province, aux autels où se font les stations des processions publiques, et aux diapelles que Ton décore dans les éf;lises pendant la semaine sainte.

ny^quarantaines , ny prédications ordinaires , ou extraordinaires, qui nous donnent à manger \ Les pardons, stations , indulg^ences , brefs et bulles de Rome, sont toutes viandes creuses, qui ne rassasient que les cerveaux éventez ^ Il n'y a ny rodomontade d^Espag[ne, ny bravacberie napolitaine, ny mutinerie walonne , ny fort d'Anthonia, ny du temple, ou citadelle, dont on nous menace, qui nous puisse empescher de désirer, et demander la paix. Nous n aurons plus peur que nos femmes et nos filles soient violées ou desbauchees par les geni de guerre , et celles que la nécessité a détournées de rbonneur, se remettront au droit chemin. Nous n aurons plus ces sangsues d exacteurs , et maletostiers ^ ; on ostera ces lourds imposts qu'on a inventé à rhostel de ville sur les meubles et marcbaor dises libres , et sur les vivres qui entrent aux bonnes villes, ou il se commet mil abuz et concussions, dont le profict ne revient pas au public, mais à ceux qui manient les deniers , et s'en donnent par les joues. Nous naurons plus ces chenilles, qui succent et rongent les belles fleurs des jardins de

* Les premières éditions portent, qui nous donnent rien à manger.

* Le mot éventez manque dans l'édition de 1699.

^ Ce terme s'emploie encore aujourd'iiui pour désigner cens qui exigent des droits qui ne sont point dus, ou qui ont été imposes sans autorité légitime.

SATYRE MENIPPÉE. i25

la France, et s'en peignent de diverses couleurs , et en an moment, de petits vers* rampants contre terredeviennent grands papillons voIants% peintura d or et dazur ; on retranchera le nombre effréné des financiers, qui font leur propre des tailles [>dn peuple, s'accommodent du plus net et plus clair faiier, et du reste taillent et cousent à leur vokinté, pour en distribuer seulement à ceux de qui ik espèrent recevoir une pareille; et inventent ndDe termes élégants pour rcmonstrer la neces- Éédes affaires, et pour refuser de faire courtoisie àm homme d'honneur. Nous n aurons plus tant de gouverneurs qui font les roytelets, et se vantait d*e8tre assez riches, quand ils ont une toise dernière à leur commandement; nous serons exempts de leurs tyrannies et exactions, et ne KTOQs plus sujets aux gardes et sentinelles ^, on nous perdons la moitié de nostre temps, consiunmons nostre meilleur aage, et acquerrons des estnres et maladies qui ruynent nostre santé.

* L*éditi(ni de 1599 porte vermis.

* Equivoque sor le mot voler, dans ses deux sens. Cette com- P^'ViCM) d*un intriguant enrichi à une chenille revêtue d*or et '«or eit charmante.

Tons les habitants de Paris étoient assujettis au service milivn. Chacun des seize quartiers foumissoit journellement douze **8 hommes armés, tant pour le service de la place que pour KblocQs du château de Vincennes.

raux, et des secrétaires et conseillers d'Estat, mais de roy point , il faut que celuy seul naisse de luy mcsme , pour avoir vie et valeur. Le borgne Boucher, pédant des plus meschants et sceleirez ', vous confessera que son œil, esmaillc dor d'Espagne, ne veoit rien; aussy un roy électif et artificiel ne nous s(;auroit jamais veoir, et seroit non seulement aveugle en nos affaires; mais sourd, insensible, et immobile en nos plaintes. C'est pourquoy nous ne voulons ouir parler ny d'infante d'Espagne, que nous laissons à son père", ny d archiduc Arnest, que nous recommandons aux Turcs', et au duc Maurice ; ny du duc de Lorraine ou de son fils aisné, que nous lairrons^ manier au duc de Bouillon et à ceux de Strasbourg*^; ny du duc de

* Scélérats.

' Allusion à la trop grande familiarité que Ton supposoit exister entre le père et la fille.

■* Les Turcs sont grands amateurs de kamois ou de hanh. Voyez la note ' de la page i a3.

^ C'est-à-dire laisserons. Cette vieille manière de parler s'ttt conservée en Normandie et ailleurs.

^ L'origine de la guerre entre le duc de Lorraine et ceux de Strasbourg , dit de TIiou, vint de ce que Jean de Mandersebddt évéque de cette ville, étant mort dans son palais épisoopal 4 Sâ\ernc le a mai 1693, et le chapitre de cette cathédrale étant couiposé de catholiques et de protestants, ces derniers élurent à Strasbourg Georges de Brandebourg, ne\TU de Télectcnr, et les catholiques . Charles, cardinal de Lorraine, fies protestants» qui

Savoye , que nous abandonnons au sieur de Des-

dignieres, qui ne luy ayde gueres'; celuy-là se

doit contenter de nous avoir soubstrait le marqui-

«t de Saluées par fraude et trahison, en danger

de le rendre bientost au double, si nous avons un

fea de temps pour prendre haleine. Cependant

'ïtiira ce plaisir de se dire roy de Chypre ^, et tirer

' UNI antiquité de Saxe ; mais la France n est pas

m morceau pour sa bouche, quelque bipedale

qa^dlesoit, non plus que Genève, Gènes, Final,

HMMoie&t forts d*eiix-mécnes dans Strasbourg, et puissamment ■Mjés au-dehors, ne voulurent point reconnoitre pour évéqne iMildinal de Lorraine, élu à Savcme par les catholiques, ce qui AlMlien à cette guerre que le duc de Lorraine entreprit en fa- VMr de son fils.

' IToalilions aucun des calembours de Pithou. Quel homme , ipèi Rabelais et Montaigne, étoit plus capable de deviner l'esprit ^SQtre langue familière? Les éditions les plus nouvelles écrivent h1 de Lesdiguières,

* Û s'agit ici de Charles Emmanuel, premier de ce nom, duc «Slvoie, né en i563. L ambition de ce prince, favorisée par les civiles de France, le porta à s'emparer du marquisat de I, pendant les États de Blois en i588. Il essaya encore de ttlttiirda comté de Provence en 1690, et, pendant le fort de la %M, il ne cessa d aspirer à la couronne de France, sous prétexte fAl avoit épousé Catherine-Michèle d'Autriche , Tune des filles ^PIiîHppe n, roi d*Espagne et d'Elisabeth de France, fille de "i^II. Il prétendit même à l'empire d'Allemagne, à la conquête ^Chypre et à celle de la Macédoine ; mais à tout cela il ï\p gagna *i^le marquisat de Saluées, avec la qualité d'altesse royale, et '^ titre illusoire de roi de Chypre.

i3o . SATYRE MENIPPÉE.

Monaco, et les Fixons, qui luy ont tonsjours faict la fig^e ' ; au demourant il fera bonne bosse ^ avec la dédaigneuse altesse de son infante,

* L'expression faire la figue y dit Tabbé Toet, dans ses Bfatinées senonaises , signifie se moqoer de quelqu'un en faisant qiidq[Qes grimaces, et vient de l'italien /ar ia yû». Les Milanais s*étant ré« voltés contre Frédéric, avoient chassé de leur ville FimpératriGe, son épouse, montée sur une vieille mule nommée 7acor( ou FacAor selon Rabelais, qui a puisé cette histoire dans Krantzias), et ayant le dos tourné vers la tète de la mule et le visage vers là queue. Frédéric les ayant subjugués fit enfoncer une figue solv la queue de Tacor, et obligea tous les Milanais captifs d'arracher publiquement cette figue avec les dents, et de la remettre au même lieu sans l'aide de leurs mains , sous peine d'être pendus sur-le-champ ; et ils étoient obligés de dire au bourreau qui étoît présent, ecco la fica (voilà la figue). La plus grande injure que l'on puisse faire aux Milanais est de leur faire la figue, en montrant le bout du pouce serré entre les deux doigts voisins. De là ce proverbe a passé aux autres nations.

M. Walkenaer et M. Sismonde-Sismondi ne partagent point cette opinion de l'abbé Tuet , fondée sur une anecdote prise dans Krantzias, et qui ne parott aucunement conforme à l'histoire. D'un autre côté , far la fica , ou plus ordinairement /ar le fiche {prononcezfiké) signifie, non pas faire quelques grimacesy comme le dit l'abbé Tuet, mais mettre le pouce entre V index et le médius de manière h ne laisser voir que la HorriÉ de l'ongle du pouce, signe de dérision usité bien avant le sac de Milan , arrivé en 1 1 62 , puisqu'on trouve dans Juvénal : mediumque ostenderet unguem. Les Italiens, en adoptant le signe, ont changé l'expression, et c'est sans doute une fausse analogie qui a fait traduire p^ Figue le mot italien qui a une tout autre signification. (Manuel des amateurs de la langue françoise y par A. Boniface.)

' H étoit bossu et contrefait, ce qui donne lieu à l'auteur

SATYRE MENIPPÉE. i3i

qui servira plus à le ruyner de despense, et de &ste somptueux, qua Tagrandir. Quaat au duc de Nemours^ pour qui le baron de Teneçay ' a dies mémoires par lesquels il le veut rendre préférable au duc de Guyse , nous luy conseillons , pour le bien quil nous a faict, de nous avoir aguerris, faicts vaillants à bonnes enseig^nes, s'il est bien là , qu il s y tienne , et se garde de la beste. Je ae diray rien du duc de Guyse, monsieur le lieutenant parlera pour luy, et le recommandera à sa sœur ; tant y a que tous ces brigands ou brigueurs' de la royauté, ne sont ny propres, ny sui^ fisants, ny à nostre goust pour nous commandeur. Aussy que nous voulons observer nos loix et coustomes anciennes ; nous ne voulons point en tout ^ de roy électif, ny par sort, comme les zélateur^

dTeniployer ironiquement ces mots pour dire, il fera le gros dos OQ le glorieux.

' « Il faut lire Tenissé. Ce baron fut envoyé par monsieur de « Nemours pour découvrir l'intention de monsieur de Mayenne «pour la royauté, suivant laquelle il avoit charge d'insinuer à

• monsieur de Mayenne les moyens qu avoit monsieur de Ne- «mours pour estre roy, conservant au duc de Mayenne une

• grande autborité dans les Estats. Les mémoires que portoit ce

• baron furent surpris en Bourgogne par le sieur de Vàugrenaud « (jai les envoya au roy et furent imprimez pour diviser la fac- « don. »

' Jeu de mots, comme plus baut yî^ons et figue.

^ Une édition porte point de tout, mais point en tout est la

i32 SATYRE MENIPPÉE;

de Jérusalem , qui esleurent pour sacrificateur un villa{]^eois nommé Phanias , contre les bonnes mœurs, et contre Tapicienne loy de Judée. En un mot, nous voulons que monsieur le lieutenant sçachë que nous recog^oissons pour nostre vray roy légitime , naturel , et souverain seigneur, Henry de Bourbon , cy-devant roy de Navarre ; c'est luy seul'par mille bonnes raisons que nous recognbissons estre capable de soubstenir lIBstat de France, et la grandeur de la réputation des François , luy seul qui peut nous relever de nostre cheute, qui peut remettre la couronne en sa première splendeur , et nous donner La paix. C'est luy seul et non autre qui peut, comme un Hercules naturel, né en Gaule, defFaire ces monstres hideux , qui rendent toute la France horrible et espouvantable à ses propres enfants; c'est luy seul et non autre qui exterminera ces petits demyroys de Bretaigne, de Languedoc, de Provence, deLyonnois, de Bourgongne, et de Champagne';

vraie leçon. On disoit autrefois point en tout, dans le sens d'aucunement, et dans quelques provinces on dit encore rien en tout pour signifier absolument rien.

* Les gouverneurs de ces diverses provinces, méprisant l'autorité de la ligue, devenue trop foible pour pouvoir se faire obéir, levoient des impôts, commandoient à leur guise, et se copduisoient en petits rois.

SATYRE MENIPPÉE. i33

qui dissipera ces ducs de Normandie, de Berry et Solongne^ de Rheims, et de Soissons; tous ces fantosmes s esyanouiront au lustre de sa présence, quand il se sera sis au throsne de ses majeurs *, et en son lict de* justice qui lattend en son palais royal. Vous n'avez rien, messieurs, vous n'avez rien à présent, monsieur le lieutenant, que luy puissiez objecter. Le prétexte de l'oncle au nepveu vous est osté par la mort de monsieur le cardinal son oncle'. Je ne veux parler de luy ny par flaterîe, ny en mesdisance : l'un sent l'esclave, l'autre tient du séditieux; mais je puis dire avec vérité comme TOUS mesme, tous ceux qui hantent le monde ne nieront pas que de tous les princes que la France nous monstre marquez à la fleur de lis, et qui touchent à la couronne, voire de ceux qui désirent en approcher, il n'y en a point qui mérite tant que luy, ny qui ait tant de vertuz royales, ny tant d'avantages sur le commun des hommes. Je ne-veux pas dire les deflFauts des autres, mais s'ils estoyent tous proposez sur le tableau de l'élection il se trouveroit de beaucoup le plus capable, et le plus digne d'estre esleu. Une chose luy manque que je diroy bien à l'oreille de quel-

' De ses ancêtres.

' Il a déjà été fait mention de la royauté dérisoire du vieux cardinal de Bourbon.

i34 SATYRE MENIPPÉE.

qu'un, si je vouloy : je ne veux pas dire la Teligion différente de la nostre que luy reproditt tant. Car nous sçavons de bonne part que Dieu luy â touché le cœur, et veut estre enseigné , et desja s accommode à Finstruction : mesme a hàt porter parole au sainct père de sa prochaine conversion : dequoy je fay estât, comme si je Pavois desja veue, tant il s'est tousjours monstre respectueux en ses promesses , et religieux gardien de ses paroles : mais quand ainsy seroît qu'il persisterait en son opinion, pour cela le fiaiudroit il priver de son droit légitime de succession à la couronne? Quelles loix , quel chapitre , quel évangile nous enseigne de déposséder les hommes de leurs biens , et les roys de leurs royaumes pour la diversité de religion? LVxcommunication ne s'estend que sar les âmes > et non sur les corps , et les fortunes. Innocent troisiesme exaltant le plus superbement' qu'il peat sa puissance papale, dit que conmie Dieu a fiûct deux grands luminaires au ciel, sçavoirestlesokfl pour le jour, et la lune pour la nuict : ainsy en inl faict deux en l'église , l'un pour fes âmes , qui est le pape, quHl accompare au soleil , et l'autre pour les corps, qui est le roy : ce sont les corps qui jouissent des biens , et non pas les âmes : l'excommunication donc ne les peut oster, car elle n est qu'un

* V» dernières èdiùoDS portent ie plus kmmêamenL

SATYRE MENIPPÉE. i35

médicament pour Famé, pour la guarir, et ramener à sa santé, et non pas pour la tuer: elle n*est pas pour damner, mais pour faire peur de damnation. Aucuns disent qu on n en auroit point de peur si on n ostoit quelque commodité sensible de la vie, conmie les biens, et la conversation avec les hommes : mais si cela avoit lieu , il faudroit en excommuniant un yvrongne luy defFendre le vin , et aux paillards leur oster leurs femmes, et aux ladresleur defïendre de se galer. Sainct-Paul aux Corinthiens deffend de boire et manger avec les forfiicateurs, mesdisants, yvrongnes, larrons ' : mais il ne dict pas qu il leur faille oster leurs biens , pour teur faire peur, et les faire retirer de leurs vices. Je demanderoy volontiers , quand on auroit osté le royaume et la couronne à un roy pour estre excommunié, ou hérétique, encore faudroit il en eslire, et en mettre un autre en sa place : car il ne seroit pas raisonnable que le peuple demeurast sans roy, comme vous autres messieurs y voulez dignement pourvoir ; mais s il advenoit par après que te roy exconununié et destitué de ses Estats , revinst à résipiscence , se convertist à la vraye foy, et obtinst son absolution du mesme pape, ou dun autre subséquent , comme ils sont assite coustumiers de révoquer et deffaire ce que leur predeces-

' I. chap. V, V. II.

i36 SATYRE MENIPPÉE.

seur a faict, comme est ce que ce pauvre roy dépouillé rentreroit en son royaume? Ceux qui en seroyent saisis , et trienaux ' possesseurs à juste tiltre , s'en voudroyent ils démettre , et luy quitter les places fortes, et les trésors, et les armées? Ce sont comptes de vieilles : il n y a ny raison , ny apparence de raison en tout cela. Il y a long-temps que Taxiome est arresté, que les papes nont aucun pouvoir de juger des royaumes temporels. Et y a long-temps que Sainct-Bernard a dict : Stetisse quidem judicandos apostolos lego, sedisse judicantes numquàm lego; les apostres ont souvent comparu tout debout devant les juges pour estre jugez: mais jamais ne se sont sis en chaire pour juger. Aussy sçavons nous bien que beaucoup d'empe* reurs arricns venants à lempîre par succession, ou pai' adoption, n*ont pas esté rejettez ny repoussez de leurs peuples et suhjects orthodoxes: ains ont esté receus et admis en 1 authorité impériale sans tumulte ny sédition : et les chrestiens ont tousjours eu ceste maxime, comme une marque perpétuelle de leur religion , d'obéir aux roys et empereurs, tels qu'il plaisoit à Dieu leur donner, fussent ils arriens, ou payens : se formants à ' l'exemple de Jésus Christ , qui voulut obéir aux

' Terme formé du mot latin triennalis, et indiquant une durée de trois ans.

loix de Tempereur Tibère, imitaûts Sainct-Paul , et Samc^Pie^^e qui obéirent à Néron , et par exprez ont commandé en leurs epistres d obéir aux roys et princes, parce que toute puissance souveraine est de Dieu, et représente l'image de Dieu. C'est bien loin de nos mutins qui les chassent et les massacrent : et de vous monsieur le légat qui voulez en foire perdre la race : vrayement si nous n'avions plus du sang de ceste noble famille royale , ou que nous fussions un royaume d élection, conune en Polongne , ou en Hongrie , je ne dy pas (pi'il ny fallust entendre : mais ayants de temps immémorial ceste louable loy, qui est la première et la plus ancienne loy de nature, que le fils succède au père, et les plus proches parents en degré de consanguinité à leurs plus proches de la mesme ligne et famille : et ayants un si brave et généreux prince en ce degré, sans controverse ny dispute, qu'il ne soit le vray, naturel et légitime héritier, et plushabileàsuccederàla couronne. Un y aplus lieu d élection, et faut accepter avec joye et allégresse ce grand roy que Dieu nous envoyé, qui n'a qife feire de nostre ayde pour l'estre et qu'il l'est desja sans nous, et le sera encore malgré nous si nous l'en voulons empescher. Or me suis je destourné de mon propos pour dire quelque chose sur ce qu'on luy objecte de la religion, mais ce n'est pas

i38 SATYRE MENIPPÉE.

ce que je vouloy dire qui luy manque^ et qui retarde beaucoup ravancement de ses afiEeiires : ausiy jQ^est ce pas ce que les prédicateurs , et pedicateurs' luy reprochent de Famour des femmes:

je m^assure que la plus -part de la compagnie, et principalement monsieur le lieutenant ne luy sçauroit fsiire ce reproche sans rougir, [comme un jour monsieur le cardinal de Pelvé luy sceut bien dire. ^] Car à la vérité ce n est pas împerfigotion qui puisse empescher les actes de vertu ^' mais au contraire jamais brave guerrier ne fiU, qui n aymast les dames^ et qui n aymast acquérir de rhonneur, pour se faire aymer délies: c'eit pourquoy Platon souhaitoit avoir une armée toute composée de gens amoureux , qui seroyent invincibles, et feroyent itiille beaux exploits d'armes pour plaire à leurs maistresses : aussy les poètes bons naturalistes, et grands maistres en la science des mœurs, ont tousjours faict le dieu Mars amy de Venus. Qu on considère tous les grands capitaines et monarques du monde , il ne s en trouvera

' Une de ces analogies de consonnances que l*autetir aime à saisir pour en tirer une allusion injurieuse. Cicéron lui-même n'a pas dédaigné cette figure de mots. Il étoit naturel que ces pédieateurs reprochassent lamour des femmes à Henri IV.

' Les mots compris ici entre deux crochets manquent dans la plupart des premières éditions.

^ D*Auhigné (t. III, 1. ni, c. ^3), parlant des satires que les

SATYRE MENIPPÉE. iSg

guère de sobres en ce mestier. L'«npereur Titus qtiî est proposé pour uû des plus vertueux, des plus sâgês , et plus doux princes qui ait jamais porté sceptre, n'aymoit il pas esperdument la royne Bérénice, sans que jamais toutesfois ses amours luy fissent préjudice, ou apportassent retardement à ses afiaires? Il faut concéder aux princes quelques H&lascfaes, et récréations desprit, après qu'ils ont travaillé aux affaires sérieuses , qui importent nostre repos, et après qu'ils se sont lassez aux grandes actions des sièges , des batailles , des castrametations % et logis de leurs armées: il nest possible que lame soit tousjours tendue en ces graves et pesantes administrations , sans quelque rafraischissement , et diversion* à autres pensées plus agréables et plus douces. C'est pourquoy le sage mesme a dit :

Aymer un peu sagement, n'est que bien :

Mab trop aymer follement, ne vaut rien^.

ligueurs répandoient contre Henri IV, dit qu'on ne pouvait luy reprocher aucune imperfection que nature n'avouât ; ce qui étoit reprocher tacitement à ses ennemis que, tout zélés catholiques qu'ils vouloient paroitre, plusieurs d*entre eux étoient pourtant ■donnés à certain vice que la nature abhorre.

' Du latin castra et metiri ; l'art d'établir les campements.

' An liefQ de ce mot l'édition de 1 599 porte division , leçon ▼iciense.

3 • Bonum est pauxillum amare sanè: insanè non est bonum. «

i4o SATYRE MENIPPÉË,

Il ne fut jamais que les peuples ne fissent d'iniques jugements des actions des princes^ et m se meslassent tousjours d'interpréter sinistremeni leurs mœurs et complexions; ne se souvenants pas, qu'il n'y a un seul de ceux qui en jugent, qui ne fasse pis, et qui n'ait beaucoup de plw grandes imperfections. Les roys pour estre roys m laissent pas d'estre hommes', sujets aux mesme$ passions que leurs subjects; mais il faut confesseï que cestuy cy en a moins de vicieuses qu'aucun de ceux qui ont passé devant luy. Et s'il a quelque in clination à aymer les choses belles, il n'ayme que les parfaictes et les excellentes, conmie il est excellent en j ugement, et à cognoistre le prix et valeur de toutes choses; encore ce petit détour ou passe-temps de plaisir luy est comme un exercice de vertu, dont il use le plus souvent, au lieu de la chasse et de h vénerie, sans laisser parmy ses esbats de recognoistre les avenues de son armée, de remarquei l'assiette des villes et places ou il passe, la nature des personnes qu'il rencontre, des lieux et contrées qu'il traverse , et curieusement apprend la passages et guez des rivières, et retient les distances des villes et bourgades, marque en quels

' L'auteur paroit avoir en vue de réfuter ce qu'on avoit touIo persuader aux ligueurs, principalement dans le Catholit/ue anglois, touchant l'incontinence de Henri IV.

SATYRE MENIPPÉE. i4i

endroits il seroit commode de camper son armée, quand elle y passeroit, et tousjours s enquiert et apprend quelque chose du faict de ses ennemis , nayant jamais entrepris de tels voyages qu'il n'ait eu en main une ou deux entreprises sur quelques places rebelles. Mais il auroit beau estre continent, sage, tempère, morne, grave, et retiré , vous y trouveriez tousjours que redire ; quand on s*est mis une fois à haïr un homme on interprète en mauvais sens tout ce qu'il faict, et le bien mesme qu'il faict. Il auroit beau s'abstenir de tous plaisirs , et ne faire que prier Dieu et donner l'aumosnc , vous diriez que ce seroit feinte et hypocrisie. S'il est permis de juger ainsy des actions d'autruy, contre la deffense expresse que Dieu en faict, pourquoy ne me sera il permis de croire que tous ces marranes ' qui font tant de signes de croix, et se frappent la poitrine avec tant d'esclat à la messe, sont neantmoins juifs et mahuinetants, quelque bonne mine qu'ils fassent? Pourquoy ne diray je que monsieur de Lyon est luthérien, comme il a esté autrefois, encore qu'il fasse sa prunelle toute blanche * en la

' Ce terme , que l'auteur a déjà employé quelques pages plus haut, signifioit la même chose que mahométan. On s'en servoit ordinairement par manière d'injure pour dési{rner les Espagnols.

* Molière n'a pas tracé avec plus de vigueur le portrait du Tartufe.

i42 SATYRE MENIPPÉE.

tournant aux voustes de Feglise, quand il adora, ou feint d adorer le crucifix? [et il sçait bien ce qu'on luy a dict nagueres quand il a proposé de faire Ëiire les pasques à ceste belle assemblée sub utràque specie] * . Mais ce n'est pas de cette heure qu'on parle ainsy des roys; et y a un vieil proverbe qui dict que Jupiter mesme quand il pleut, ne plait pas à tous les mortels : les uns veulent de la pluye pour leurs choux, et les autres la craignent pour leurs moissons^. Or ce que j'ay différé à dire, qui me semble luy manquer, etœ dequoy vous et moy luy sommes plus tenuz, c'est qu'il nous traitte trop doucement, et nous choyé trop ; la clémence en laquelle il est superlatif et excessif, est une vertu fort louable , et qui porte enfin de grands fruicts et de longue durée, encore qu'ils soient longs, et tardifs à venir. Mais il n'appartient qu'aux victorieux d'en user, et à ceux qui n'ont plus personne qui leur résiste ; aucuns l'attribuent à couiardise et timidité, plustostqu'à vaillance et générosité; car il semble que ceux qui

* Ce passage manque dans la plupart des premières édhîoDS. Les mots sub utrnque specie sont une allusion maligne an penchant que larchevéque de Lyon avoit témoigné pour les luthériens pendant sa jeunesse , et aux relations qu*il avoit eues avec eux lorsqu il faisoit ses études de droit à Toulouse.

' Voyez la quatrième fable du sixième livre de La Fontaine, intitulée Jupiter et le métayer.

SATYRE MENIPPÉE. i43

espar^ent leurs ennemis , désirent qu on leur en fasse autant , et demandent revanche de leur gnitieuseté, ou craigpient que s ils se monstrent sévères , ils ne puissent avoir raison de leurs au» très ennemis qui restent à dompter. Aucuns rappellent imbécillité de cœur tout à faict, estimants qae celuy qui n ose user de son droict, n est pas encore asseuré de vaincre , et craint aucunement ' d'estre vaincu ; mais les philosophes qui ont traitté de ceste matière à plein fond, nont pas attribué à vertu, quand ceux qui, entreprenants de troubler un Estât , se sont montrez ^atieux et eourtois du commencement de leurs exécutions; comme la douceur dont usoit César envers les citoyens et gens d armes Romains devant qu il fust victorieux^ n'estoit pas clémence, ains flatterie, et courtoisie ambitieuse, par laquelle il vouloit se rendre agréable au peuple, et attirer un chascun à son party, et c'est ce que dict ce grand maistre d^tat , Imperium occupantibus utilis est clementiœ Jama. A ceux qui envahissent un royaume contre droict, comme à vous, monsieur le lieutenant, la réputation destre doux et gratieux sert de beaucoup ; mais ce fut clémence , quand , après avoir vaincu Pompée , et deffaict tout ce qui luy

* Ce mot, qui ne s*emploie plus aujourd'hui que comme synonyme de nullement ^ signifioit autrefois en quelque sorte.

i44 SATYRE MENIPPÉE.

pouvoit résister, il vint à Rome sans triomphe, et pardonna à tous ses capitaux ennemis, les remettant tous en leurs biens, honneurs, et digni^ tcz; dcquoy toutefois très mal luy prit, car ceux à qui il aVoit pardonné, et faict plus de gratieusetez , furent ceux qui le trahirent et massacrèrent misérablement. Il y a donc différence entre démence et douceur : la douceur tombe ordinairement aux fenvmes , et aux hommes de petit courage ; mais la clémence n est qu en celuy qui est maistre absolu, et qui faict du bien quand il peut faire tout mal. Concluons donc que nostre roy devroit reserver à user de sa clémence, quand il nous auroit tous en sa puissance. Cest inclémence, voire cruauté, dit Ciceron, de pardonner à ceux qui méritent mourir, et jamais les guerres civiles ne prendront fin si nous voulons continuer à estre gratieux, ou la sévérité de justice est nécessaire. La malice des rebelles sopiniastrc, et s'endurcit par la douceur dont on use envers eux, parccqu ils pensent qu on n'ose les irriter, ny les mettre à pis faire; je ne fay doute s'il eust chastié chaudement tous ceux qui sont tombez entre ses mains depuis ces troubles, f{ue ne fussions à présent tous soubs sou obéissance. Mais puisqu'il a pieu à Dieu luy former le naturel ainsy doux, gracieux , et bening , espérons encore mieux de

SATYKE MENIPPÉE. iJt

quand il nous verra prosternez à ses pieds, rir nos vies et nos biens, el luy demander bn de nos fautes passées, veu qne iiouK pre- S armez pourluy résister et pour l'assniltlr, il » reçoit à mcrcy, et nous laisse ta vie, et tout ue luy demandons. Allons, allons donc, mes amis, tous d'une voix luy demander la paix; il n'y a paix si inique ipil ne vaille mieux qu'une Ires justR puerre. O quàm speciosi fiedes nuntianliitm jxureni, nutitiantium bona cl salatem, dit Isayc'. O i]ue ceux ont les pieds beaux, qui portent la paix, et annoncent le salut et sauvette du peu|de!Qne tardons nous à chasser ces l'asclieux hostes, maupitt>ux' bour[;cois, insolents aniniitux, qui dévorent oostre substance et nos biens comme sauterelles? >e sommes nous point las de fournir à la luxure et aux voluptez de ces harpies? Allons , monsieur le Itffatf retournez à Itome, et emmenez avec vous vostrc porteur de ro{;atons, le cardinal dePelvc; nOUSiivons plus de besoin de pains benists que de grains benisis. Allons, messieurs les agents et ambassadeurs d'Espagne, nous sommes las de vous tenir de {jladiatcurs à outrance, et nous entretuer poar *'Ous donner du plaisir. Allons , messieurs de

> Chap. LU , H Vieux ifm

.46 SATYHK MENII'PÉE.

(<orr!iin«, avec vostre hanlelle' de princes, qou^ vous tenons poDr ïanlosmes de protcciîoii, «au^ nue» du sanf; des princes de France, bapelourdct^ (îititfH uvantees', reliques de sainctâ' qui o'nvcve ne force ne%'ertu; et que monsieur le licutetUD^ ne pense pas nous cmpescher ou retarder |Kir te -^ mcniices, nous luy disons liaut et clair, et à vou. -, tous, messieurs ses cousins et ullicx, que noi^^ sommes François, et allons avec les Fran<;ois eic^^ poser nostre vie et ce qui nous reste de bien pot^K. îissister nostre roy, nostre bon n»y, nostre vriH. ■ roy, qui vou^s rau{;era aussy bientost à la mcsir^, rccognoissance , par force ou par un bon conscL '%. que Dieu voua inspirent, si en estes dignes. X'm

' ilaiMh est un vIfuk lerme de mépris, (]ut (igoifioH mt.'^ (ruufwsu ifc Mtn cMliart. Haridelle nous est rcslû tlaui uuo RCCC>|^ lion tri>s analugiic. Il se trouva A-ln-fois treize prinrr» <le la usai — son de Lorraine IParii, eu iSBj, lorsque U li(;ucËtoit sorleporfB.aa dVclaiar pour ravir k la mAJson tic Bourbon la droit ^u Vllf avuit d« sacoédor un Jour à la couronne. CcU i catv ii'uiiiii— d'ennemis peu dangeniux que l'auteur de la harangue fait ttta

' (.'est-4^ire princes foibles avec lescjuels il n'csi pas piat J

prudent de s'emban|Uer. que sur une f ustc à laquelle un a Hit n A ua jdusicun trous.

* l'arcnjue ces princes k'ikoietil mis â la tête des tirignes poTl- '

tiques aprè» b mon du due d duconliuaj dcGuiw,i]uolallgiM 4

l4i«ùt passer potii- des inatijn, ri sur ksqudi elle avoil fgwU • y» plut |[i«ihIi» e^perauen

SATYRE MENIPPÉK. 147

bien qu'au partir d'icy vous m'envoyerez un biHcl ' ou peut cstre meuvoverez à la Bastille, on me ferez assassiner, couune avez faict Sacremore, Seinct-Mayf;rin % le marquis <lc Meuclny', et plu-

' VoTU b Ictltv' du ituc de Mayt-nne à d'Autiray, ci-tlcssiin page iiu,tKits '.

' Leduc do Mayenne, parle ainsi dans la Cunfettion fiéni^mli' des pilier! Je l'Uniou -

Pour vouloir eiEre roy. j'fty fjicl luirr luon aiaîklrc , J'ay tui S3iDet-4laygriii , Sacrenioci! en fureur Pur mny fut |K'i^iinrde , n uns iivolr liorrcur, L'iiilanl D'oit tfpurgni qui ne fuiinit <\ae iiaittri^ , ïIc SacrviDore. bùlarj de la maison Jellrcragne, cl colonel depui; l^n i58S d'un régîmeni <lc doute ciiscigucs que le duc de Guise loi avait donné, iioit devenu le Favori du duc de Mayenne. Li'a cirrvnstaiice« de sa mori sont rappoili^ ilan» le louiu I , page 85 , «Ole ■. Quant à Sainl-Maigrin, voici ce qu'en dît du Puy :

• Il eîloil aymé du roy Henry lU, Il fut lue i onïe heures du tsoir, sortant du Louvre le ii jnMIct 1578; il se Irouvn bleasi^ ■ d« irmle huict coupa mortels, le roy le Fit enterrera Sainct-

• hul avcrsalennitE; l'on ne fit poînl de rer.berchc des assassins,

• qnoy que le i-ny fust averty que monsieur de Giiise avoit raict ' • Itàt* le coup, i pause du bruit qui eourolt que ce mignoii ay- ' tnoit nudarae de nuise; moniicur do Mayenne prit soin de la

tcondui

edec

' Il n'en point nowiui^ dans les premières éditions. Ftorimond

. lie naltcwin-Piesine, marquis de Mcnclay, étoit gouverneur de

[ It Fère, pour le duc de Moyenne en iSj)!. Le nommé Colas,

nc»4&)échal de Montflimnr, ayant persuadé au duc que ce

oirqni* avoii le projet de livrer U place i Henri IV, le duc

dur^ ce même Colas de le tuer, ce que celui-ci exécuta dant

:, au moment uù le marquis sortoit de l'église.

i48 SATYllE MENIPPÉE.

sieurs autres; mais je lîendray à partie de grâce ' si me faictes promptement mourir, plutost que me laisser languir plus long-temps ea ces angoîsseuses misères ; et, avant que mourir, je concluray ma trop longue harangue par un épilogue poétique, que je vous adresse, tel que je l'ay de long-temps composé.

Messieurs les princes lorrains.

Vous estes foibleî de reins Pour la couronne debatre :

Vous voua tatctes tousjours balre '.

Voua estes vaillants et forts, Mais vains sont tous vos efforts Nulle force ne s'eagale A la puissance royale.

Âussy n'est ce paa raison , Qu'aux enfants de la maison

Grande folie entreprend Qui k son maistre se prend :

Dieu encontre les rebelles Soubstient des roys les querelles.

Mais Je regarderai en quelque aorte comme une gra ' Il Mt constant, til d'Aubigné, qu'il n'y avoil aucun dfs princes de la ligue, auquel il ne filt arrivé quelque défaveur dans les combats.

Quittez donc au Nnvnrroi»

La couronne de nos roys, A ton par voua prétendue, Aussy bien l'a vous fondue '.

Si quelque droit y aviei.

Fondre vous ne la deviez.

Ou bien il faul qu'on vous donne Tiltre de roys sans couronne.

Nos roys du ciel ordonnez , Naissent tousjours couronnez :

Le rray Frani;oi9 ne se range A roy ny à prince esirange '.

Tous vilains, ou la plus-part.

Vous oui faîcl leur chef de part* :

Ce qui vous suit de nobles5ei Est de ceux que le basi blesse.

Mais le vray roy des François Pour sa garde d'Escossois N'est assisté que de princes , Et de barons des provinces .

AUon» doncques, mes amis, Allons tous h Sainct-Denys Dévotement recognoistre Ce grand roy pour nostre maistre.

* Voyez tome I, paj;e6 Ci el 84>

' Mot qui doit a'cntcndrc ici dan; le seni d'êti

' Ueparii.

SATYRt: MENIPPÉE.

Allons tous dru et espais

l'our luy demander la paix :

Nouj irons jusqu'à la table.

Tant il est prince acco stable.

Tous les piioceB de Bourbon Ont lousjours cela de bon D'estre doux ^ débonnaires, El courageux aux affaire».

Mais ïous princes estrangers , Qui nous mettez' aux daufjers.

Et nous paisse£ de funtec.

Tenants la guerre allumée,

Retournez en vos pays:

Trop au nostre estes hayi.

Et comptez de Cliarlemagne Aux lisières d'Allemagne.

Prouvez y par vos r< (^ue venez des Garlomans* :

Les bonnes gens, après boire Quelque cil ose en pourront c

' .\u lieu de mellm l'édilioD de 1599 porli^ iiu'iic:.

' Allusion au livre lie François de (lAzièrcs, «rchidiat Toul, CI i plusieurs gËoéalujpes que les piinces de la n Ue Lorraine avaient lait fabriquei' â leur maniâre, pour ■ (le faire croira qu'ils ilescendoicnt de Chorlcuiagne, et quail des Capets avûil usurpé sur eux la couroune de ['rancc

SATYBE MENIPPÉÎ. .Si

«te haraogue achevée, tiiii fut ouyeavec un fend siluQcc cl attention, beaucoup de gens de- •ïieurereut bien camu/ »;t estormez, et ne fui de w>rïg.tem|)s après toussy ne craché, oy fiiictaucuu nruii, couunc si les auditeurs eussent esté frnppe/. d'un coup du ciel , ou assoupis «n un profond en- <loraii!>semeut desprit, jusques à ce qu'un Espagnol, des Mulhiados', se leva le premier et dict tout haut: Toilos lot mattaremos esios vellaehos*. Ce disant, partit de sa place, sans iaire aucune révérence ù personne. Là dessus chascun se voulut lever pour s en aller. Mais l'admltal de Villars, nioimc roy d'Ivetot ', supplia les Estats au nom des

e motinajoi, c.ir c'csl ainsi qu'il faiil lire, éloicot tic ces S Irmiprs cspagnulcs ijui s'Ëloiciil si souvudi mutiuées en B liiute de paie.

il*i-<lire , nom tuetimi l'iiu rtt wnamiuif-lfi. Bellaco Ou

A «i^iHc BUtsi ({udqarfois un Foiu'ti«, v.t le plus suuvvat

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