‹ Satyre Menippée de la vertu du catholicon d'Espagne et de la tenue des Estats de Paris; augm. de notes tirées des éditions de Du Puy de Le Duchat, et d'un commentaire historique, littéraire, et philologiqueChapitre 30 sur 61 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Gomment nous nous retlrasmet dans un boit on Fortune, et trouvasmes une profonde

Maistre Aliboroa estant le plus aagé dV nous, avança aussy premier le propos de te ter de nostre entreprise puisque FortuiM presentoit, demandant avis à chascun de pour ce qui estoit à faire ; car nous ne sçavbBftfl^ loger, et estions devenuz vagabonds comOMt vres desbuissonnez , pauvres comme gaemtfbj^' malotruz, tout- crottez , depenaillez, dehii dez, maigres, rechigneurs, et halezde chand.

reste d'appétit ouvert, et prests de £aiire une bcmiiafiaire , si cas advenoit que quelqu'un nous isii^ : tast de nopces. Roger estoit d avis de s'y trooiif sans estre prié , car sa bedondainese travaiUoithkÉi fort, et les joues luy pendoyent au long de la ni* cboire comme à un vieil singe. Quant à mof, â me sembloit expédient de nous retirer dam qoér que bois espais, pour là estre aucunement à oont vert de la grande pluye qui tomboit pour lors, et si par fortune aussy quelque beste rousse se vonoit rendre à nous pour passer ceste faim stri^

SATYRE MENIl'PÉE.

qui uous pressoii. Mais En(jucrrand ne \ieinsoit qu'à sa fortune, tani il esioït infortuné, et vouloit aller maijjré vent, malgré pluye, et raalfîrê ses jambes. Bastes! dit lorsmaistre Âliboron, parlant à moy, je trfiuvc ton conseil trcsbon, allons nous ralhiischir dans ceste forest prochaine; peut cstrc y trouverons nous eu que nous cherchons tant. Ce disant {;ai(;noil le devant, et aousapres,car nousiuy voulions obeyr eu tout et pur tout. C'cstoit à qui pliistost y scroit ; mais à l'entrée ftirciil appcrceuz de nous six yuettcurs de Fortune. Tiors demeurants court, bien estonnez, pensions à regaifjner la pleine, dont soudain coururent â uous lesdicts six guetteurs, eliascun la pistolecn main et le chien abattu. Ha ! dit Ro{;er, messieui's, nous sommes à vous, et de bon coeur. Voyez icy le f;cnouil bas, les mains levées, ne soyez sanguinaires. Qui vive , dirent les guetteurs? Vivons tous, respondit Roger, la larme à l'œil y et bons amis comme devant. Ou est la bource, demandèrent les guetteurs? Frelus, respondict Roger, moustraut sa pochette vuidc. Ha, ha, canaille, vous nous treuflez, répliquèrent les f[uettcurs, tue! tue! Ils vouloyeut tuer Roger, mais soudain se mit au devant noslrc maistre Aliboron , cl demandant congé de parler, leur Jicl enfin ; Seigneurs, qui que soyez, ayez com-

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passion de ceux qui se soubmettenl à vostrc tolonté; nous sommes pauvres pens, ()ui deptià dix -sept mois en (;à cherchons Fortune, et y a' consommé tous nos moyeu», en sorte que r pour ceste heure ne nous reste que les deots, i|iii sont a vostre service. Ce qu'oyants les guettetin, après nous avoir touillez haut et bas, sans r trouver quWe vieille croule de pain, et seîdlK, qu'avoit RoRer dans le hiisquc de son pourjmint, nous dirent tous en nous liiissnnts , Qu'au dialilt soyez vous donnez, helistres de fortune. Orttti mercy, respondict Roper. Ainsy coitrusmes n Fortune pour ceste fois, et tirastncs tout doosi costé du bols pour y passer la nuîct, rccueiUuD sur le chemin le gland, et quelques noix i pour nous nourrir, n'ayants rien aulre ciiottj manger. L'eau avions à commandement | boire , et cabalinisions comme Thibaut Ga^ gouille. La nuict venue, discourusmes encore^ nostrc fortune, Rofjer fit une question k Engntf* rand, et le prit sans verd â la lune, la question estoit : Que si par le consentement de toutes 1« planettes, choix luy estait donné, au lieu qttll chcrchoit Fortune de la faire, de quelle nutieM il la feroit, d'or ou de boîs. De bois, respoDJiot Enpucrrand, ii la charge qu'il eust racine R qu'elle creust tnusjours, ainsy iroit ma fortune 19

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accroissant. Voire mais, repliquoit Hoyer, c|uan(l elle seroit venue jusqu'au bout, car force est que toutes choses viennent ù un bout sans passer plus avant, danger seroit quon ne inist la coignee pour en faire du feu, dont se chaufferoit chascun le cul aux despens de ta fortune. Elle se renouvclleroit, dict Enguerrand, par sa graine. Quelle graine, demanda Roger, comme lappellerois tu? Gland perpétuel, respondict Enguerrand. Ouy mais, répliqua Roger, les pourceaux ayment le ^and, et se nourriroyent de ta graine les pourœaux. Je mettrols, dict Enguerrand, des bayes à Fentour, contre telles bestes, et ainsy seroit ma graine seurcment garfintie. Tes bayes, respondict Roger, ne serviroyent que dappast aux oiseaux pour s'y venir nicher, et viendroyent grands et petits becquer ta graine, la rendant inutile pour g^enner. De cela me garantirois aussy, dict Enguerrand, mettant de la glus et tendant des rets. Ton gland, répliqua Roger, seroit en danger plus que devant; car les renards qui ayment fort les oyseaux, pour les manger viendroyent de nuict quand ils seroyent pris, et romproyent tes bayes. Contre renards tu ne pourroîs trouver moyen aucun, car ils sont fourrez de finesse , et maistre Mouche n'en cheviroit pas. Ils vouloyent continuer leurs demandes et répliques, quand j ouy le bruict

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(ruii marcassin qui traversoit les buissons près de nous. liOrs misnies chascun la main au braquemart, et , sans dilayer courusmes auprès, le suyvants à la traverse à qui mieux mieux. Notez quH faisoit {^rand clair de lune alors, ce qui empe$cha ([ue ne le perdismes de vue, jusques à ce que, retiré dans une caverne, nous fusmes contraincti de reprendre haleine, n osants pas si inconsidéré* ment entrer en ces lieux soubsterrains, crainte que quelque meschante beste ne fist une goi;{[e chaude de nous. Mais enfin, tout d un complot et' bien desliberez pour avoir ledict marcassin, y entrasmes pour veoir aussy si y trouverions Fortune qui nous peust contenter; car on tient quen tels lieux souvent elle se cache, principalement en temps de {^[uerre, quun chascun faict pacquetde ce qu'il a.

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