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nous, ce disoit il? voulons nous que présentement cent diables nous sautent au col , nous prennent, nous empallcnt^et boccanent: au moins siavioni quelque Sibylle qui nous conduise , passe, nous passerions et verrions la porte de corne ou on Ta aux champs Elysiens. Ne te fasche point, luydict nostre maistre Aliboron , j espère bonne issue, n avons nous pas chascun nostre braquemart?
Les diables ne sont si furieux qu onles dict, nous les sacmentcrons trestous : s'ils font les mauvais, les pauvres diables mettrons en pièces, les richei diables prendrons à rançon : je suis d'avis seulement qu'en attrapions quelqu'un pour nous cou* duire, de peur de nous eparer. C'est bien avisé, dit Ën}];uerrand. Et soudain en prit un au poil, lequel ayant entendu nostre dessein, et craignant raalencontre, s offrit bon {jré malgré à nous conduire, non sans vouloir faire un peu le diable, du commencement. Koçer luy promit six barils de moustarde, pour ayder à sa grimace, s'il vouloit estre fidelle. Je le seray foy de soldat, respondict le paillard, et vous conduiray seurement jusqueson vous voudrez, si bien que ne serez descouverts d'aucuns de nos galiers , et confrères. Allons donc, dict Roger, je n'ay plus de peur, voicy un bon diable , si oncques on fut <jui furent bons. Mais que dira on, quand nous rapporterons au retour
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dlcy, qu'un diable aura este nostre puidcPSe laisser {guider par les diables, est chose trop bazaideuse. O la laide bestc ! fy, j en dy (y; tels ne me seront jamais rien : adieu, vous dy je, je m en retourne. Aye, aye, respondict maistre Aliboron, chascun est maistre en sa maison , ne vous emburlucoquez de ces loups ils servent à prendre les loups, pour eschapper d'icy faut un peu courtiser ce diable monsieur. Nous estions jà assez avant, qu*UD grand bruict de fuyards s esleva, et sceusmes que c estoit une deffaicte de diables de factions: car comme icy on s y bourre en diable, dont ceux cy eurent du pis, à cause d'une ligue désespérée faicte entr eux, et de quelque Frantaupin , créé à leur dévotion. Cela passé, nous vismes plusieur morfonduz , qui tenoyent chapitre provincial, et les démoniaques qui preschoyent sédition , la tourbe diabolique se barricadoit , chascun se mefioit de son voisin : et un nombre infiny de putains cou royent le pays comme nous. Plusieurs diablesses pour faire la puerre à leurs pères , voire les tuer si possible estoit. Le plus meschant, à ce que nous ouysmes, se disoit extraict de la maison d'Arragon: et sont ces diables de telle nature^ quils sçavent pincer sans rire: au reste tous d une mesme taille, ayants les yeux au ventre, et ne voyants que bien peu. Tueurs denis sont aijjues et
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tranchantes comme rasoirs, leurs gritFes acérées et crochues merveilleusement : de sorte que s'ils vous tcnoyent, à peine en eschapperîez vous sans y laisser la pièce. Ils me firent soubvcnir des avocats et procureurs chicanons en chicanouix>is, lesquels comme sçavez, emportent toujours la pièce. Us ont belle {;ueule, aussy en{];oulent ils tout, ju^ ques aux charrettes ferrées. Leurs cornes sont en ornement {grandes et droites: en quoy je trouve que nos peintres errent {;randement, les faisants courbées comme si ce fussent béliers. Les jaloux surtout entr eux en ont des plus belles : car il y a jaloux entre les diables, et sont appeliez diables jaloux, comme jalouses diablesses. Ils portent en main d'ordinaire des crampons fourchuz, dont ils attisent le feu , et ouvrent les serrures tant soyentelles meslees , pource se garde qui pourra. Qui en peut avoir entre les diables, soit à tort, soit à travers, cela luy est réputé de bonne prise. Joublioy à vous dire qu'ils ont presque tous des (|ueues de renard attachées a leurs ceintures, avec des miroirs, desquels ils voyent ce qui se faict au monde , et esblouissent les yeux de ceux qui les regardent. Il me falloit commencer par la teste à vous descrire: mais d autant qu'ils ne l'ont entre les deux espaules. ainsy «jue l'imagineriez, je le ;;ar(lo sur l;i lin. rrcuiieremonr dovrz entendre
qu elle leur sort de la poitrine avec un lonp col, et jugeriez à les voir ainsy que ce sont grues courbec^, ou capucliins en dévotion , me pardonnent les benoists pères , et en cestc sorte leur passent les espaules la teste. Pour le regard de leur représentation d autant qu'ils ont les yeux au ventre, comme j'ay desjà dict, elle se rapporte à la façon d*un gendarme, qui a le casque en teste, la visière abaissée. S'il vous prend envie de veoir ces diables, il ne faut qu aller à Soissons. Vray est, qu aucuns, à la mode que les voyez peincts, ont le nez endouillique, et ressemblent en ceste sorte aux pourceaux rostis, à c{ui le boucher a mis la teste entre les jambes pour fendre le lard. Leurs pieds sont ergotez, et diriez à veoir leurs ergots que ce sont espérons. Au lieu de queue qu'on leur peint au cul , ils ont une corne, et si{;uifie cela qu on leur corne au cul; et ne sont point sans chose, ainsy que parlent les dames, ainsau contraire ])cu s'en voyent qui n en ayeiit pour le moins six pieds de roy, et tels les representoyent les antiques Egyptiens à la feste des Damyltiens, ainsy que le rapporte le noble historien Plutiu-cpic, en son traite dUsis etd'Osiris. Les bources aussyleur pendent entre les jambes bien garnies, outre l'usage commun, car ils sont triorchites, ot en ont trois comme busars. Ce sont en soniiue de laides hesles, et hi-
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denses à veoir; ne vous y fiez, si m'en croyez: car ils mordent et ont des dents tout d'une pièce, telles que nous lisons qu'avoit Pyrrus roy des Epirotes. Âussy ne vous en parleray je plus laissant là toute ceste diablerie pour continuer le propos denostre voya{;e. Par les chemins nous ne vismes rien de nouveau : seulement vismes plusieurs damnez fouettez en chiens courtaux ; des avaricieux tirer la langue comme lévriers qui ont couru six heures; des paillards baisants le cul de Proserpine pardevotion ; les cocuz tenir hostellerie pour gens de pied et de cheval. Quant à la forme de gouvernement entre les diables, elle estoit anarchique, et se faisoit maistre qui pouvoit. Les places estoyeat bien fournies et fortes , principalement lorsque nous y passasmes, car ils avoyent entendu qo^ Pantagruel y devoit venir avec main forte, etie tenoyent sur leurs gardes , et se pelaudoyent àqui aui*oit la place à commandement, afin depill^ le plat pays , et faire chère à couverts aux despens des pauvres diables. Quelquesfois rencontrions des diables légers, quibattoyent Festrade, et soudain par le conseil de nostre guide gaignions le couveit j)our n'estre apperceuz. nous tenants car che/ joliment au coing des cheminées comme ma^ mousi*ts. Ainsy avec grandes difficultez traversasmos 1 Enfer, tant que. parvenuz au-dessuz de la
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inoiiUignc Cagroii, que les b(>iiscatholi(|iies nomluent le trou de Saiiict-Patrice en Irlaïule, Bontemps, ennuyé destre si lonf; temps à la Fumée parmy ces diables, scncpiit de nostre estaHer , s'il y avoit moyen de passer parla cheminée en terre. Ouy dea, respondict ie rustre, et plus avant, cîir par là pouvez aysement monter juscpies à la lune. Seroit il vray, replicpia Knfjuerrand: et comment mon petit mi(}non , de |>race, dy le nous, peut cstre pourrons nous de là descouvrir Fortune que tant nous avons cherchée;' Tenez vous, dict le conipa{][non , certaiti de ce, dictes seulement si vous avez envie de visiter ces relions là , et je vous y envoyeray droit comme une li{;ne , par le moyen d'un petit cercle (pie je Icray icy . Non , dict Iloj^er, n*usez point de charmes, mon hel amy > et si il estoit laid comme un chat de |;outiere, je nay envie de voler si haut: ventre sainctQuenet, parlonsdedescendre en cuisine, non pas de monter à la lune ou nous n avons (pie faire. jN est ce assez voya[;(»? Allons nous marier tretous. Maistre Alibonm au contraire avec moy, estoit de lavis d*l\n(;uerrand , quoy qu'il en deust advenir. Aussy bien n avions nous trouv(} en tern», ny en Eiiler, choserpii nous contentast. Pource y fismes cond(?scen(lre PiO{»er, et troussasmes nos tri(pu*houz(^s en iorme de eu cilleurs de pomm(*s |)()ur voler. Mous >oler()iis, di-
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soit Rofjcr, à layse , aussy sommes nous bien lepers. Je me recommande cependant à nostre Dame de La urette, et au révérend Sainct-Diago en Galice. Allons qu'on me trousse.