XXVIII ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE
La religion a esté le prétexte de celle commencée en France eniS-j6; l'ambition démesurée du duc et du cardinal de Guyse en estoit le véritable motif; le soulagement du peuple ne fut propose que comme un moyen propre à la faire réussir; les femmes y jouèrent leur roUe pour se vanger du mépris ou elles estoyent à la cour du roy Henry III. La maison de Guyse n'auroit jamais peu former ceste ligue, si elle n'avoit trouvé les grands seigneurs de France animez les uns contre les autres par une jalousie de commandement, et les peuples mécontents du gouvernement et divisez par la diversité de la religion.
Ce n'est que par degrez que l'on peut former une ligue générale : celle de iSyô avoit esté proposée au concile de Trente par le cardinal de Lorraine ; la bataille de Dreux , ou le duc de Guyse avoit donné des marques d'une grande valeur, servit d'occasion à ce cardinal, d'y publier les belles qualitez de son frère , et faire cognoistre qu'il estoit le seul capable d'estre à la teste d'une ligue qu'il croyoit nécessaire pour la conservation de la religion catholique.
La mort du due, tué par Poltrot en 1 563, arrestales desseins du cardinal, mais la reine Catherine de Medicis qui en avoit esté informée , croyant qu'une ligue pourroit estre avantageuse au duc
DE LA LIGUE. xxix
(le Lorraine son gendre, avoit entrepris le voyage de Lyon dans le dessein d'en faire une avec la maison d'Autriche et les princes d'Italie.
Le roy d'Espagne Philippe II , craignant que cela ne donnast occasion aux reformez de France de s'unir avec les reformez des Pays-Bas , ne voulust point y entendre d'abord, et il n'y entra depuis que parce qu'il previst bien , qu'une ligue telle qu'on la proposoit, affoibliroit extrêmement la France, ou au moins y embarrasseroit tellement les affaires , qu'elle ne seroit plus en estât de soutenir ceux de ses subjets qui s'estoyent soubstraicts de sa domination.
Quelque envie que le cardinal de Lorraine eust de poursuivre son dessein, le deffaut d'un chef de sa maison l'obligea à en suspendre l'exécution, jusques à ce que le duc de Guyse son nepveu fust en aage d'estre mis à la teste du party qu'il avoit formé en faveur de la religion.
Ce n'est pas que ce prélat en eust plus qu'un autre, les propositions qu'il avoit faictes d'admettre en France la confession d'Augsbourg, et l'empressement qu'il avoit eu à terminer le concile de Trente pour venir vanger la mort de son frère , faisoyent bien juger qu'il ne la regardoit que du costé qu'elle pouvoit luy estre utile.
C'est ainsi que les grands se jouent de la cre-