XXX ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE
(lulité, de l'ignorance, et de la simplicité des peuples, dont ils ne se servent que pour assouvir leur ambition : celle du cardinal de Lorraine auroit peu estre satisfaicte, si sa mort arrivée en 1574 n avoit donné quelque relasche aux troubles qu'il avoit commencé à renouveller dans le royaume.
Le duc et le cardinal de Guyse ses nepveux n'abandonnèrent pas pour cela les vastes desseins de leur oncle : le roy Henry III , qui , avant que d'estre eslevé sur le throsne , avoit esté regardé de toute l'Europe comme un prince digne d'en posséder plusieurs, estoit devenu le mépris de ses subjets par la molesse qu'il avoit tesmoignee depuis qu'il estoit monté sur celuy de ses ancestres.
Ce prince, au lieu de travailler sérieusement au soulagement de ses peuples , et à reformer les abuz qui s'estoyent introduicts dans la religion et dans l'Estat, ne s'amusoit qu'à des bagatelles, il ne se communiquoit qu'à ses mignons, et à des bigots. Les premiers s'attachoyent à corrompre son bon naturel, et à luy inspirer un esprit de desbauche, auquel il n'avoit desja que trop de penchant; les autres le portoyent à pratiquer des dévotions extérieures qui le faisoyent passer pour hypocrite , et tous profitoyent de son humeur liberalle par une infinité de dons qu'ils avoyent le secret d'en extorquer à la charge du menu peuple.
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Un prince est à plaindre, quand il ne s'attache qu'à un certain caractère de {^ens incapables deluy inspirer des sentiments de grandeur et d'élévation , qui conviennent à sa dignité et au bien de ses Estats , et de le retirer des foiblesses auxquelles les hommes ne sont mal -heureusement que trop subjets.
Henry III estoit en cela d'autant plus mal-heureux, que s'il avoit eu quelqu'un qui l'eust excité à de grandes choses et eust modéré l'excez de ses plaisirs , il avoit tout ce qu'il falloit pour se faire aimer et obéir, et pour former et exécuter les plus hautes entreprises.
Les princes de Guyse avoyent trop d'ambition et des vues trop estendues pour ne pas profiter d'une conjoncture si favorable à leurs desseins.
Le cardinal avoit l'esprit lier, hautain, et vindicatif, et le duc estoit doué de toutes les belles qualitez de corps et d'esprit qui peuvent rendre un prince accompli.
Le comte de Lude avoit en iS'jS formé une ligue dans le Poitou , la conservation de la religion catholique en avoit esté le prétexte, et il ne cherchoit qu'à fortifier son party, qu'il avoit desja rendu assez considérable.
Le duc de Guyse profita de cet exemple, et ayant faict assembler à Peronne quantité de no-
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blesse, il y fit dresser des articles, dont l'apparence estoit de soubstenir la religion catholique, maintenir l'authorité royale, et conserveries officiers et les peuples dans leurs droits, coustumes, exemptions et privilèges ; mais son véritable but estoit de faire servir ceste association aux desseins qu'il avoit de s'agrandir aux despends de la maison royale.
Le seigneur de la Trimouille renouvella la ligue de Poitou, et les choses vinrent si avant, que le roy, sans faire reflexion qu'il ne devoit point se diviser d'une partie de ses subjets, ni souffrir dans le royaume d'autre party que le sien, eut la foiblesse de se déclarer chef d'une ligue catholique , contre ceux qui demandoyent la reforme des abuz introduicts dans la religion.
Ce prince n'eut pas plustost faict ceste démarche qu'il recogneut l'erreur ou on l'avoit engagé : il sçavoit que le roy de Navarre avoit faict une contre-ligue avec les princes d'Allemagne , les couronnes d'Angleterre et du Nord, et les Souyssesj et prévoyant qu'il auroit une peine infinie à soubstenir le party qu'il avoit embrassé, il accorda, le 8 octobre 1 577, un edict pour pacifier les troubles de son royaume.
Le véritable interest du roy et de l'Estat estoit d'examiner les plaintes des reformez, et sans ton-
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cher aux dogmes certains de la religion, retrancher les abuz qui s'y estoyentintroduicts, et abolir les disputes outrées que Ton faisoit sur des poincts qui ne sont pas essentiels.
Il se fit en 1579 une assemblée du clergé à Meleun , en mesme temps on tint les grands jours à Poitiers , et peut-estre cela auroit peu apporter quelque remède aux desordres du royaume, si les voyes de faict n'en avoyent rompu la tranquillité.
L'edict de Blois publié en i58i arresta pour quelque temps les guerres intestines, ainsi que l'expédition du duc d'Anjou en Brabant: la mort de ce prince en i584 changea tout-à-faict la face des affaires.
Le roy Henry III , voulant prévenir de nouveaux troubles dans son royaume, fit un edict le 1 1 novembre 1 584 , ps^i' lequel il deffendoit toutes associations et ligues, soubs peine contre les contrevenants d'estre punis comme criminels de leze majesté.
De pareilles deffenses auroyent deu arrester, non seulement les protestants du royaume, mais encore les catholiques ; cependant le duc de Guyse ne se croyant pas obligé à les suy vre , fit publier deux manifestes soubs le nom du cardinal de Bourbon, l'un datte à Peronne le i" avril, et
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l'autre à Ghalons le lo juin i585, pour justifier
les hostilitez qu'il avoit dessein de recommencer.
On ne pouvoit pas contrevenir plus ouvertement aux ordonnances du roy, et, si ce prince n avoit pas esté trompé par son conseil , il auroit deu faire punir les autheurs de ces manifestes, il prit mal-heureusement un party opposé , il s'unit luy-mesme avec la ligue, il accorda aux liguez plusieurs places de seureté, et fit publier un edict pour faire reunir tous les protestants à la religion romaine dans le terme de six mois pour tout delay.
Le roy de Navarre , le prince de Gondé , et quantité de seigneurs du royaume estoyent trop esclairez pour ne pas veoir que ces manifestes et cet edict tendoyent à renverser les loix fondamentales de l'Estat pour la succession à la couronne, et à €Stablir la maison de Lorraine aux despens de la maison royale. Pour y remédier ils firent publier une response contre ces manifestes, contre lesquels le roy de Navarre fit aussi une déclaration particulière pour la justification de sa conduicte.
Gela ne fit pas changer le dessein du roy Henry III , au contraire il crut qu'il pourroit regaigner le roy de Navarre en le faisant instruire, il luy envoya pour ce sujet le cardinal de Lenoncourt, le sieur de Poigny, et le président Brulart,
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les menaces qu'ils firent en s acquittant de leur commission les empescha d'y réussir.
La cour de Rome entra avec chaleur dans ces différents, le pape Sixte V excommunia le roy de Navarre, le prince de Gondé, et tous leurs adhérants, il les déclara descheuz de leurs biens, hon neurs et dignitez, et incapables de succéder à aucuns biens dans le royaume, spécialement à la couronne de France.
Une démarche aussi outrée ne pouvoit donner qu'une idée fascheuse du pape, le parlement de Paris conservoit encore sa liberté : un de ceux c|ui le composoyent estoit d'avis qu'il falloit jetter ceste bulle au feu , et faire punir sévèrement ceux qui en avoyent poursuyvy l'expédition.
Ceste comj)agnie suyvit des sentiments plus modérez , elle se contenta de remontrer vivement au roy, que le style de ceste bulle estoit si extraordinaire qu'on n'y recognoissoit point la voix d'un successeur des apostres^ que les j)rinces de la maison de France n'avoyent jamais esté sujets à la justice des papes, et qu'avant de délibérer sur ceste bulle, il falloit que le pape feit apparoir du droit qu'il pretendoit en la translation des royaumes establis et ordonnez de Dieu avant que le nom de pape fut cogneu au monde.
Le roy de Navarre et le prince de Condé for-