‹ Satyre Menippée de la vertu du catholicon d'Espagne et de la tenue des Estats de Paris;Chapitre 12 sur 47 · XXXVI ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

XXXVI ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE

merent leurs oppositions contre ceste bulle, et ils trouvèrent de rudes deffenseurs de leurs droicts, qui parleurs sçavants escrits firent bien cognoistre à la cour de Rome qu'en matière de religion, il est tousjours dangereux de pousser les choses à l'extrémité, sur -tout à l'égard des testes couronnées.

Le roy Henry III ne se rendit pas aux remontrances qui luy avoyent esté faictes ; il fit un nouvel edict, par lequel il n'accorda aux hérétiques que le terme de quinze jours pour se faire instruire ou pour sortir du royaume.

Gela donna occasion à une guerre desavantageuse à ce prince , qui en ressentit les cruels effects au milieu de la ville de Paris , ou la faction des Seize commença à se former et luy suscita tant d'ennemys , qu'il fut obligé d'en sortir honteusement après la journée des barricades, ou on avoit dessein de l'arrester pour l'enfermer dans un monastère le reste de ses jours.

Il commença pour lors à cognoistre combien il avoit esté trompé par ceux à qui il s'estoit confié : le duc de Guyse qu'il avoit mis à la teste de ses affaires luy devint odieux, il jugea qu'il alloit perdre sa couronne s'il n'apportoit un prompt remède aux troubles de son estât, il accorda une amnistie, convoqua les Estats à Blois, révoqua plusieurs

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eclicts buisaux, et fît deux eclicts pour pacifier les troubles et reunir ses subjets à la religion catholique.

Ce remède estoit trop foible, et il s'en estoit servy trop tard pour en pouvoir attendre un bon effect, aussi le roy, voyant que le mal augmentoit, et n'en cognoissant d'autre cause que le duc de Guy se, crut qu'il devoit en couper la racine, il attira ce duc auprès de luy par une feinte reconciliation , et il ne hésita pas de le faire tuer dans le temps qu'il alloit monter les degrez du throsne , auquel il avoit eu l'audace d'aspirer.

Le cardinal de Guyse fut traitté comme son frère, et peut-estre ne l'auroit il pas esté si cruellement, si l'on n'avoit faict ressouvenir au roy, qu'il s'estoit vanté, que, s'il pouvoit un jour luy tenir la teste entre ses jambes, il luy feroit une couronne de moyne avec la pointe d'un poignard.

Les sermons exécrables des predicat^3urs de Paris, les insolences qui s'y firent, ainsi que dans les plus considérables villes du royaume, et les libelles furieux qui feurent repanduz au sujet de la mort de ces princes , font mieux cognoistre qu'aucune autre chose, combien le roy avoit esté en danger , et que , s'il n'avoit pas prévenu ses ennemys, ils l'auroyent peut-estre tra^itté avec la dernière cruauté. Si faute est à pardonner, c'est celle

xxxvu. ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE qui se faict pour la deffense de la vie et la conservation d'un Estât.

Pendant que la ville de Paris se soulevé, que les Seize y font eclatterleur fureur contre l'authorité royale et contre le parlement , que la sorbonne oublie sa religion et son devoir, et que le duc de Mayenne s'y establit d'une manière violente et despotique , le roy Henry III se raccommode avec le roy de Navarre son beau-frere , et il estoit sur le point de réduire ceste ville à son obéissance, lors que, ne pouvant éviter sa destinée, il fut mal-heureusement poignardé par un religieux jacobin,

La tristesse de la mort des Guyses fut changée en joye dans presque tout le royaume, lors qu'on y aprit la mort du roy, les peuples firent à ceste occasion mille folies , et la fureur alla si loin , que l'on rendit les honneurs divins au scélérat qui avoit commis le parricide.

Le duc de Mayenne, n'osant pas se faire déclarer roy, fit proclamer le cardinal de Bourbon, à qui il ne laissa que ce vain tiltre , se conservant toute l'authorité soubs le tiltre imaginaire de lieutenant gênerai de l'Estat et couronne de France.

Le roy Henry IV estoit sans contredit, celuy de tous les princes de la maison royale qui estoit le plus proche et le plus habile à succéder à la couronne , et il auroit peut-estre esté recogneu d'abord

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pour roy, si sa religion n'y avoit mis un obstacle qu'il a depuis jugé invincible.

Les batailles qu'il gaigna, et les conquestes qu'il fist, ne changèrent point l'esprit des peuples, et il couroit risque de n'estre jamais paisible dans son royaume, si la division qui se mit entre les chefs de la ligue, qui vouloyent tous avoir la couronne pour eux ou leurs enfants, n'avoit commencé à détruire ceste hidre qui avoit pensé dévorer la France.

Les Estats imaginaires que le duc de Mayenne avoit convoquez pour eslire un roy, et cognoistre des prétentions de ceux qui briguoyent la couronne, ne furent qu'une cohue de gens mécontents, ce qui donna lieu à composer l'ingénieuse Satyre Menippee , dans laquelle on découvre les différents interests de ceux qui , soubs prétexte du bien du royaume, n'agissoyent que pour satisfaire leur ambition et leur avarice.

Ce fut environ dans ce temps que le grand seigneur Amurath III entendant parler des actions héroïques du roy Henry IV, et de la difficulté qu'il trouvoit à sestablir sur le throsne, se détermina à luy offrir du secours lors qu'il entendit prononcer le mot de ligue, lequel il haïssoit naturellement.

Cet empereur avoit raison de haïr ce mot, il

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