PAR PIERRE GORNEJO, LIGUEUR
Il est venu si peu de profîct à la louable prétention et ardent zèle des catholiques de ce royaume, et tant de dommage en la ville de Paris et celles qui luy sont voisines , de la victoire obtenue, contre tout droict et justice, par les hérétiques de France, et ceux qui les deffendent, en la bataille d'Ivry, du quatorziesme mars de ceste année , que nous pouvons dire justement ceste journée estre un miroir et comme un tableau auquel les princes et conducteurs d'armée voyent clairement, et leur est représenté le poids avec lequel ils doivent balancer telles journées, combien de choses ils se doivent mettre devant les yeux auparavant que de jouer à un coup de dez, et mettre au hazard d'un douteux et périlleux succez de combat, ce que le plus souvent ne se
c DISCOURS
peut jamais recouvrer; car combien que la justice de la cause se doive autant estimer, comme la moitié de la victoire , et qu'il se dit ordinairement qu'un procez bien fondé est à demi gaigné ; toutesfois Dieu permet le plus souvent, ou par les pecliez de son peuple, ou pour expérimenter et faire que les esleuz soyent connuz, ou pour autres considérations de sa providence, que les siens soyent affligez et tourmentez, comme il se lit en plusieurs endroits de la Bible , et se cognent trop vray en la susdite journée, en laquelle les catholiques n'ayants pour but que la conservation de la foy, et estants en plus grand nombre avec autant de valeur que l'ennemy, pour le moins , Dieu rabaissa tellement en un instant leur espérance , qu'en un quart d'heure ils furent quasy maistres du champ , et en demi quart d'heure depuis mis en route et vaincuz. Doncques , la nouvelle de ceste malheureuse perte sceue en ceste fameuse et célèbre ville de Paris, la plus grande et plus peuplée de l'Europe , elle commença à ouvrir les yeux, et considérer le misérable estât auquel elle estoit reduicte pour lors ; elle se voyoit la première et le chef de ce royaume , et celle qui avoit commencé la guerre qui s'estoit espandue par tous les endroits d'iceluy ; elle se voyoit sans pierres ny murailles vives qui la peussent deffendre ,