‹ Satyre Menippée de la vertu du catholicon d'Espagne et de la tenue des Estats de Paris;Chapitre 25 sur 47 · SUR LE SUJET PRECEDENT · texte numérisé non relu

SUR LE SUJET PRECEDENT

Le duc de Mayenne sestant sauvé de vitesse dedans Mantes , après la deffaicte de son armée à Ivry, partit incontinent de là pour venir à Sainct- Denys consulter avec ses principaux associez sur ce qui estoit à faire. Luy et la dame de Montpensier, sa sœur, firent semer un bruit dans Paris que le Biarnois, ainsy appelloyent ils le roy, estoit ou mort ou tellement blessé qu'il n'en pouvoit eschapper. Mais ce mort estant au bout de quinze jours aprocbé de Paris pour essayer d'amollir la dureté de ce peuj)le , nul ne s'en donna gueres plus de peur que le duc de Mayenne, qui, soubs couleur de vouloir ramasser ses forces, et faire venir le duc de Parme, vers lequel le commandeur More s'en estoit fuy, il ne cessa de courir jusques à ce qu'il fut en Flandre, ou il fit, aux despens de Paris, des conventions honteuses avec les Espagnols pour les amener en France : ce qui ruyna du tout sa réputation ; car, paravant la ligue, se vantoit avoir assez de moyens pour bastonner le roy et trois fois autant de forces qu'il

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avoit. Et combien que les ligueurs eussent tousjours esté battuz, si gronmielloyent ils sans cesse, jusques lors que leur caquet se soumit à l'arrogance espagnole; tellement que ce grand et gros lieutenant ou maistre de l'Estat et couronne de France s'en alla rendre valet et esclave de la plus insolente nation du monde; s'assujettissant à l'homme le plus fier et ambitieux qu'il eust sceu choisir. Ce qu'il sentit tost après ; en ce que le duc de Parme le faisoit nacquetter et attendre à sa porte, avant que luy faire response es moindres affaires; dont quelques gentils -hommes de sa suitte furent extresmement despitez ; mais le lieutenant n'avoit honte de se prostituer, deshonorant la France et le nom de Lorraine , tant il estoit transporté d'appétit de vengeance et d'ambition.

Pendant ces indignitez et deshonnestes soubmissions , le roy ferma aux Parisiens la rivière de Seine, en haut et en bas, par la prise de Mantes, Poissy, Gorbeil, Meleun, et Montereau , puis leur osta la plaine de l'Isle de France par la prise de Sainct-Denys. Paris estant assiégé, le duc de Mayenne s'avançoit au petit pas; et, sur les rapports que les plus zelez ligueurs luy faisoyent que la famine contraindroit ceste grande ville de tendre bientost les mains , il respondoit que la prise en

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seroit plus préjudiciable au roy, lequel dissiperoit son armée en telle conqueste , tellement qu'on en auroit meilleur marché. Mais l'intention du roy n'estoit de prendre Paris ny par surprise ny autrement; car outre ce qu'il ne pouvoit ayant trop peu de gens, il ne vouloit pas veoir, moins encore procurer la ruyne de sa ville capitale ; encore que plusieurs de ceux qui y estoyent notamment les chefs, méritassent d'estre exterminez. Il avoit pitié de tant de gens mal conseillez ; pourtant esperoit il que l'affliction leur donneroit intelligence. Si, des le lendemain de leur siège, ils fussent entrez en composition c'estoit honneur et prolîct pour eux. C'eust esté faire grand gain en leur perte. Mais ils aymerent mieux brusler à petit feu, dont s'ensuyvit une désolation extrême. Ils mangèrent leurs meubles et leur argent ; l'alliance des soldats et la survenue des marrans espagnols acheva d'y corrompre les mœurs et la pudicité. Leurs reliques furent troussées , les anciens joyaux de la couronne des rois furent fonduz; les fauxbourgs ruynez, déserts et abattuz; la ville devint pauvre et solitaire , les rentes de l'hostel de ville furent amorties, les terres d'alentour en désolation. Cent mille personnes y moururent en l'espace de trois mois , de faim , d'ennuy, de pauvreté, par les rues et dans les hospitaux,

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sans miséricorde et sans secours. L'université fut convertie en désert , ou servit de retraite aux paysans , et les classes des collèges se virent remplies de vaches et de veaux. Au palais ne se trouvèrent plus que ligueurs et fourbisseurs de nouvelles ; l'herbe crut à l'ayse par les rues , les boutiques pour la plus-part demourerent fermées; au lieu de charettes et de coches ne paroissoyent qu'horreur et solitude ; les assiégez ne jDOUvants tirer vivres qu'à la mercy des garnisons mises par le roy dans Sainct-Denys , au fort de Gournay, Ghevreuse, et Gorbeil. La plus-part de la tempeste tomba sur le menu peuple, et sur quelques familles assez aysees avant la guerre. Les ecclésiastiques munitionnez ne parloyent que de patience. Roze, Lincestre, feu ardent, Pighenat, Gommolet, Pelletier, Boucher, Garin, Ghristin, et autres prédicateurs séditieux foudroyoyent sans cesse contre le roy et les siens , ne passoyent sermon sans faire mention du secours d'Espagne. Les seize d'un costé, les quarante de l'autre, puis les fauteurs du parlement poussoyent à la roue. Les chefs, entre autres le duc de Nemours, qui machinoit de grandes choses, ayants commodité de vivres pour eux, se soucioyent du peuple autant qu'ils estimoyent nécessaire pour empescher qu'on se mutinast. L'or d'Espagne estoit le ciment

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de ceste misère, attendant la venue du duc de Panne. S'il se trouvoit quelques curez, comme entre autres Benoist et Morenne , curez de Sainct- Eustache et de Sainct-Merry, qui exhortassent le peuple à modération , on les chassoit. Nul n estoit catholique zélé , s'il ne transmuoit le feu roy et le vivant en sorcier, diable , et hérétique damné. Tout estoit plein de factions en ceste misérable ville , lesquelles toutes vomissoyent un feu perpétuel de haine capitale contre Je roy. S'il se monstroit gracieux, ils l'appelloyent lièvre et renard , si severe, tous les tyrans du monde avoyent esté gens de bien au prix de luy. Et plus leur nécessité croissoit plus despiteusement mordoyent ils la pierre qui leurestoit jettee d'en-haut; comme ils témoignèrent en tout ce premier siège , puis , en ce qui suyvit la retraicte des Espagnols , brief comme en un corps maleficié , tandis que les humeurs peccantes y séjournent, il n'y a espérance de santé, ainsy tandis que les chefs de la ligue, à sçavoir ceux de Guyse, le légat du pape, l'ambassadeur et les agents d'Espagne , les seize , les prédicateurs séditieux furent dedans Paris, et gouvernèrent le peuple , ce corps demoura en estât misérable. Mais à mesure que ces humeurs s'evacuerent , la santé revint à ceux qui fussent enfin péris totalement, si les principaux de la ligue

cLxxviii TRAITÉ DES MISERES DE PARIS, eussent eu encore tant soit peu demouré dedans Paris.

Or d'autant qu'il a esté parlé es deux traitez précédents de la conférence de l'evesque de Paris et de l'archevesque de Lyon avec le roy, nous la représentons icy.

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