ET AVANT-PROPOS AU LECTEUR CATHOLIQUE ZÉLÉ
Parce que les Estais catholiques n'agueres tenuz à Paris , ne sont point Estats à la douzaine , ni communs et accoustumez ^ ; mais ont quelque chose
' Dans le temps de la ligue, la couronne d'Espagne tendant à la monarchie universelle, le Cathollcon , c'est-à-dire, le prétexte du zèle de la foi, lui paroissoit le moyen le plus propre à servir ses projets ; mais comme les François , qu'elle desiroit mettre, dans ses intérêts, n'étoient pas assez simples pour ne point apercevoir son véritable but, elle se vit obligée de les gagner à force de largesses. C'est ce que l'auteur de la satire Ménippée appelle ironiquement le Catholicon d'Espagne.
^ Tel est le titre de cette pièce dans une édition portant la date de iSgS, oii le charlatan espagnol est représenté jouant du luth, et que nous regardons comme l'originale; les éditions postérieures offrent seulement pour titre: la vertu du Catholicon.
^ Leçon des premières éditions , que nous croyons devoir con-
de rare et singulier par dessus tous les autres qui ayent jamais esté tenuz en France : j ay pensé faire chose agréable à tous bons catholiques zelez, et servir à l'édification de la foy, d'en mettre par escrit un sommaire , qui est comme un elixir et quinte-essence tirée et abstraicte , non seulement des harangues , mais aussi des intentions et prétentions des principaux personnages qui jouèrent sur cest eschaffaut. Or, d'autant que les provinces assignées à longs termes , et les assignations par plusieurs fois frustrées, à cause des escharjDcs blanches' qui traversoyent les chemins des députez, ne se peurent assembler à jour nommé, véritablement rassemblée ne fut pas si grande qu'on avoit espéré et désiré : toutesfois il s'y trouva de notables et signalez officiers, qui ne cedoyent rien en grandeur de barbe et de corsage aux anciens pairs de France : il y en avoit trois pour le moins de bonne cognoissance qui portoyent calottes à la catholique, et un qui portoit grand chapeau^, et rarement se defubloit: ce que les politiques^, qui sont encore plus de seize dans
server. Les éditions postérieures portent, de baie, ni de ceux quon vend à la douzaine. Ces états, convoqués à Paris par la ligue, y avoient été ouverts sur la fin de janvier iSgS.
' Les troupes qui occupoient le pays.
2 Le cardinal de Pelvé.
2 Cette division en politiques et fanatiques a été renouvelléc de
Paris, detorquoyent en mauvais sens, et disoyent que les trois calottiers estoyent tigneux , et le grand chapeau avoir la teste comme le poète iEschylus : tellement que leur commun dire estoit qu'ausdits Estats n'y avoit que trois tigneux et un pelé ' : et si l'inquisition d'Espagne eust esté de bonne heure introduite , j'en vey plus de cinq cents, que dis je cinq cents? mais cinq mille, qui ne meritoyentpar leurs blasphèmes rien moins que l'acoUade du président Brisson^. Mais le sort ne tomba sur aucun d'eux, ains sur un pauvre malotru meneur d'asne, qui pour haster son misérable baudet tout errené de coups et du fardeau , dit tout haut en voix intelligible ces mots scandaleux et blasphématoires: Allons, gros Jean, aux Estats: lesquelles paroles ayants esté prises au bond par un ou deux du nombre du cube quarré^, et déférées aux deux promoteurs de la foy, Machault^ et de
nos jours, sans qu'on s'avisât qu'elle étoit comme traditionnelle en France. Les mêmes passions produisent les mêmes résultats, et fournissent les mêmes expressions aux mêmes sentiments.
' Termes de mépris imités de Rabelais. Le pelé étoit le cardinal de Pelvé, à qui les huguenots avoient appliqué cette dénomination dès l'année i586.
'- Qui fut pendu en place de grève , par ordonnance des Seize.
3 L'auteur désigne ainsi les Seize, parceque, de quatre qu'ils étoient d'abord , ils se multiplièrent en ce nombre, et, par la suite, eu un nombre infini.
4 Conseiller en la cour, du conseil des quarante, et qui ne put
Hère ' , le blasphémateur fut sainctement et catholiquenient condamné à estre battu et fustigé nud de verges à la queue de son asne par tous les carrefours de Paris : qui fut un prognostic infaillible et avant-jeu signalé pour tesmoigner à tous les peuples assemblez pour ceste solemnelle action , que les procédures de tous les Ordres seroyent pleines dejustice et d'équité, comme le dit jugement, qui fut l'échantillon de la grande pièce de la justice des Estats futurs.
Or, pendant qu'on faisoit les préparatifs et eschaffauts au louvre , ancien temple et habitacle des roys de France , et qu'on attendoit les députez de toutes parts, qui de mois en mois se rendoyent à petit bruit sans pompe ny parade de suitte, comme on faisoit anciennement quand l'orgueil et la corruption de nos pères avoyent introduit le luxe et la superfluité vicieuse , il y avoit en la court dudit louvre deux charlatans, l'un espagnol % et l'autre lorrain^, qu'il faisoit merveilleusement bon veoir vanter leurs drogues , et j ouer de passe passe tout le long du jour devant tous ceux qui vou-
étre réintégré dans sa charge après la soumission de Paris au roi.
* Conseiller en la cour, qui eut le crédit de faire ôter son nom de cette satyre. Aussi ne se trouve-t-il que dans les premières éditions; dans les autres, il est rernplacé par celui de Boston.
* Le cardinal de Plaisance. — ^Le cardinal de Pelvé.
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loyent les aller veoir sans rien payer. Le charlatan espagnol estoit fort plaisant , et monté sur un petit eschaffaut jouant des regales', et tenant banque, comme onenveoit assez à Venise en la place Sainct- Marc. A son eschaffaut estoit attachée une grande peau de parchemin escrite en plusieurs langues, scellée de cinq ou six seaux d'or, de plomb , et de cire, avec des tiltres en lettres dor, portant ces mots :