DE MONSIEUR LE CARDINAL DE PELVÉ
Monsieur le lieutenant vous m'excuserez, si pour contenter ceste docte assemblée , et garder le décorum et la dignité du rang que je tiens en l'Eglise par la providence de vous et des vostres, je fay quelque discours en langage latin, auquel vous sçavez qu'il y a long temps que j'estudie, et en sçay presque autant que mon grand père ^ qui fut un bon gendarme et un bon fermier quant et quant soubs le roy Charles huictiesme : mais quand j'en auray dit trois mots, je reviendray à vous et à vos affaires : je m'adresseray donc à vous , hommes illustres, « atque ex tota Galliarum colluvie elec- « tissimi , ut vobis intelligere faciam multa quae « gallica lingua satis non possunt exprimari , est « enim operse pretium , ut nos praecipuè qui stu-
' Cette harangue est de Florent Chrestien, précepteur de Henri IV.
^ Thomas de Pelvé, premier du nom, et bisaïeul du cardinal. Il étoit écuyer, et vicomte de Valognes dans le Cotentin, en Normandie.
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«duinius in celeberrima academia Parisius', et « sapimus niagis quàni facx populi , habeamus « aliquid secreti quod mulieres non intelligant. " Volo igitur vos scire (et hœcdicantur tantùni piis « auiibus) quôd exivit edictuni', sive mavultis « rescriptuni per brève à domino nostio papa, « per quod nobis perniittitur eli^ere, crcare, sa- « crare , et ungere i egeni novum , taleni qualem « vobis placuerit, modo sit de stirpe vel Aus- « triaca vel Guysiaca , habetis igitur ad providen- " dum ex utra gente mavultis principem. Nam «de istis Borboniis non sunt loquelse neque ser- " mones, quanto minus de isto liœretico relapso, « quem idem dominus noster papa, per idem res- « criptum adfirmat esse jam damnatum apud in- 'cferos, et animam ejus propediem, servituram « Lucifero pro merenda pomeridiana^. Sane ego « sum Gallus^^, nec renegabo meam patriam : sed
Leçon conforme aux pi^emières éditions, qui ont fait parler cet ignorant cardinal comme on parloit dans la basse latinité.
^ C'est la prétendue bulle du pape Clément VIII, en date du 1 5 avril iSga. Elle paroissoit adressée au cardinal légat de Plaisance, et fut vérifiée au parlement de la ligue à Paris, le 27 octobre suivant.
' Pour le goûter de Lucifer.
^ Cette équivoque entre le nom décor/ et celui de fmnçois est si naturelle, qu'on ne doit pas s'étonner de la trouver souvent dans les écrivains de cette époque, qui jouoient volontiers sur les mots.
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si ista electio vaderet ad libitum nieuni, profectè pro bono iiieo et meoruni, atque etiam vestro libenter vos precarem , ut daretis vestras voces alicui ex familia Lotharena, quani scitis tam benè fecisse in republica catbolica, et Ecclesia romana : fortasse verô Dominus Legatus habet aliud intentuni, ad placendum Hispanis; sed non dicit oninia quse habet in scrinio pectoris : vos interea hoc tenete firmuni : nullo modo esse loquendum aut audiendum de pace facienda cum istis danmatis politicis, quin potiùs arniate et parate vos ad patiendum omnes extremitates , vel etiani mortem , fameni , ignem et ruinani totius urbis vel regni : nihil enini potestis facere gratins et acceptabilius Deo , et régi nostro Philippo catliolicissinio. Non ignoro Luxeniburguni ' et cardinaleniGondiuni etniarchionem Pisanuni Roniani profectos, ut préparent animuni Doinini nostri Papae, ad audiendam legationem Biarnezi , tractaturani de
< conversione sua : sed quantum tuta est luna a ( lupis , tantùm aversum est cor Domini nostri à
talibus negotiis : estote fortes et securi sicut et « ego : modo sim intra muros Parisius. Sanè pa-
< raveram aliquid boni ad dicendum vobis de
' Le duc (le Luxembourg étoit à Rome en qualité d'ambassadeur extraordinaire, et Pisani en qualilc d'ambassadeur ordinaire.
io6 SATYRE MENIPPÉE.
« beato Paulo cujus conversio heri celebrabatur : « quia sperabani ' quôd heri in ordine meo me « contingebat loqui. Sed me fefellit longa nimis « oratio Domini de Mania : et ideô cogor remittere « in vaginam gladium latinitatis meae, quem vo- « lebam stringere in conversionem istam , de qua " politici nonnulli nescio quid seminant in vul- "gum, quam tamen neque credo nequecupio: « quoniam beatus Paulus multùm distabat ab isto « Navarra : erat enim nobilis , et civis Romanus : « et quod nobilis fuerit, et stirpe nobili editus, « apparet ex eo quod Romae fuit illi amjDutatum « caput : iste verô est infamis propter haeresim , et « tota familia Borboniorum descendit de becario , « sive inavultis de lanio , qui carnem vendebat «in laniena Parisina, ut asserit quidam poëta"* « valdè amicus santœ Sedis apostolicae, et ideô « qui noluisset mentiri. Paulus etiam conversus « est cum miraculo : iste non, nisi forte dicat, ob-
' Le cardinal de Pelvé, qui comptoit parler la veille, jour de la conversion de saint Paul , avoit préparé quelque chose sur cette matière ; mais l'ouverture des Etats ayant été remise au lendemain , jour de saint Polycarpe, ce qu'il avoit préparé ne pouvoit plus lui servir. Il voulut adapter à la hâte son discours au sujet qui se présentoit; et n'en étant point capable, il apprêta à rire à toute l'assemblée.
" Le Dante avoit écrit que Hugues Capet étoit fils d'un boucher. Du Puy appelle ce jugement m^e pure fadaise.
sidione se cinxisse hanc urbem menses circiter quatuor cum sex millibus hominum , dùm intùs esseiît plus quani ceutuni niillia : et hoc esse niiraculuni, et cepisse tôt urbes et arces fortissinias, sine niuioruni subversione, sed per invia foramina , et arctos cavos vix uni soli niiliti penetrandos : addite , quod Paulus timuit , et magno terrore est affectus ex fulgure cœli : at iste est iniperterritus , nec tiniet quidquani, nec fuhiien, nec fulgura, nec inibres, nec byenieni et glaciem, autsestuni, iniô nec acies nostras et exercitus nostros tam benè instructos . quos cuni pauca manu audet expectare et ante venire, et debellare aut fugare. Pereat nialè diabolus iste velox et insoninis% qui nos tam laboriosè fatigat, et impedit dormire ad nostrum libitum. Sed hactenus de Paulo, ne Polycarpus cujus hodiè festum agitur foi tasse invideat , quem tamen praetermittam , quia de eo nihil prsevidi , aut praemeditavi. Memini quidem cùm essem Romae in tempore Gregorii Papse, me proposuisse in Gonsistorio quinque protesta, sive problemata disputanda% quae tota respiciebant sanctissimam istam congregationem de eligendo
' Velox et insomnis sont de bien belles épithètes pour Henri IV. La poésie n'aui'oit pas mieux dit.
2 Les dernières éditions portent : ve [protestation es in futurum.
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" rege Francise : nam ab eo tempoie quo me Hen- « ricus defunctus iste fautor haereticoruni spo- <> lia vit meo episcopatu Senonensi ' , et in sua manu « posuit meos i editus et bénéficia quae habebam in « suo regno, semper babui animam et intentio- « nem me vindicandi , et feci omnia quœ potui , et «faciam in œternum, quando deberem animam « meam tradere diabolo ut ista insignis injuria ca- « dat in caput Gallorum omnium qui passi sunt , « nec se opposuerunt opprobrio meo. Quod cum « essem saepius pretestatus, tandem effeci: et vos « sciretis benè quid dicere. Sed aliô me vocant prin- « cipes isti , et istae totius orbis insignes uniones et « gemmae mirabiles, quos etquas alloqui nunc res "postulat, caeteramque turbam deputatorum, et « deputantium , quorum interest ut intelligant " me disserentem lingua gallica, quam penè de- « didici loqiii , adeô patriam meam sum oblitus. » Je retourneray donc avons, monsieur le lieutenant , et vous diray que si j'eusse trouvé en France les affaires avoir réussi selon les pratiques et intelligences que j'ay menées depuis vingt cinq ans" avec les Espagnols à Rome, je verrois
' L'an 1 586 , Henri IH fit saisir les revenus du cardinal de Pelvé , pour le punir des mauvais services qu'il lui avoit rendus à Rome.
^ Il avoit témoigne sa mauvaise volonté contre la Fi-ancc, dès l'an ifîôB, an concile de Trente.
maintenant feu monsieur vostre frère en ce throsne royal , et aurions occasion de chanter avec ce bon patriarche : Nunc climiLlis : mais , puisque ce n'a pas esté la volonté de Dieu qu'ainsi fust, patience; assez va qui fortune passe. Si vous diray je en passant, que, fide mea, il vous faict fort bon veoir, [ouy, monsieur le lieutenant, il vous faict fort bon veoir ' ] assis là où vous estes, et avez fort bonne mine , et remplissez bien vostre place, et ne vous advient point mal " à faire le roy : vous n'avez faute que d'une bonne cheville pour vous y bien tenir: vous avez toute pareille façon, sauf l'honneur que je dois à l'Eglise, qu'un Sainct- Nicolas de village, àfè cleDio, il me semble que nous célébrons icy la feste des Innocents , ou le jour des Roys. Si vous aviez maintenant un plein verre de bon vin, et qu'il pleust à la majesté de vostre lieutenance boire à la compagnie , nous crierions tous le Roy boit, aussi bien n'y a il gueres que les Roys sont passez : ou nous empeschasmes bien qu'on ne fist de Roy de la febve, de peur d'inconvénient et de mauvais présage : mais si vous estes icy à ceste my-Garesme prochaine , nous chevaucherons tous avec vous par les
' Ceci manque dans les premières éditions. " Vous ne vous y prenez pas mal.
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rues , et ferons la my-Garesme à cheval', si nous pouvons retenir jusques alors toute ceste catholique assemblée, à laquelle je veux maintenant adresser mon projDOs en gênerai, et que tout le monde m'entende. Messieurs , ne me tenez pas pour homme de bien et bon catholique , si la maîadie de France (je n'entends j)firler del maie Francioso) je veux dire vos misères et pauvretez, ne m'ont faict venir par deçà, ou je me suis comporté en vray hypocrite, je vouloy dire Hij)0crate^, mais la langue m'a fourché. Ce grand médecin, voyant son pays affligé d'une maladie cpidemique et peste cruelle , qui exterminoit tout
' Cette expression marquoit déjà quelque chose de ridicule du vivant de Rabelais , qui dit qu'étant au pays de Satin , il y avoit vu la my-caresme a cheval, et que la my-aoust et la my-mars lui servoient d'escorte. La montre ridicule que firent en 1590 les prêtres et les moines, à la veille du siège de Paris, avoit été appelée en termes encore plus méprisants une my-caresme à pied, parceque chacun d'eux y avoit assisté à pied. Ici les dévots de la ligue se proposent, comme dit le proverbe, de remonter sur leur bête, et de paroître à cheval à leur première procession , tant parcequ'ils espèrent que leurs affaires seront bientôt sur un bon pied , que pour ne plus donner sujet de railler aux royalistes et aux politiques, qui les avoient vus précédemment en si pauvre équipage.
2 Plaisanterie commune dans nos auteurs facétieux, et qui n'est pas sans rapport avec les antistrophes ou contrepetteries de Tabourot. On en trouve quelques exemples, mais bien plus rarement, dans les littératures étrangères. Le pédant de la Trinuzia de Firenziiola dit à un homme qui l'impatiente : Tu faresti invergiliar
SATYRE MENIPPÉE. m
le peuple, s'advisa de faire allumer force feux par toutes les contrées pour purger et chasser le mauvais air : et moy tout de mesme pour venir à bout de mes desseins catlioligues , et pour antidote à nostre saincte Union qui est frappée de peste, j'ay esté un des principaux autheurs (je le dy sans vanterie) de tous ces feux et embrasements qui bruslent et ardent maintenant toute laFrance, et qui ont tantost mis et consommé en cendres le plus beau qui y fust de reste des Goths et Visigoths : si le feu Cardinal de Lorraine mon bon maistre vivoit, il vous en rendroit bon tesmoignage : car m'ayant tiré de la marmite des capettes de Montagu', puis mis en la Cour de Parlement^, ou je descouvry bien Teschole, quand il me feit evesque, puis archevesque, et enfin cardinal, ce fut tous] ours à condition expresse d'acheminer ceste affaire à sa perfection et obliger ma vie et
Pazzilio , phrase qui donne quelquefois de l'embarras aux lecteurs. Il veut dire: Tu rendrais Virgile fou ^ et la précipitation de son débit lui fait intervertir l'ordre des syllabes.
' Capettes étoit le nom des boursiers du collège de Montaigu. On les appeloit ainsi parcequ'ils portoient de petits manteaux nommés anciennement capes ou capeis.
"" Le cardinal de Pelvé fut d'abord conseiller au parlement , puis évêque, ensuite archevêque de Sens, et enfin archevêque de Rheims. Il mourut de rage lorsqu'il apprit l'entrée de Henri IV dans Paris.
mon aiîïc à ravanccment de la grandeur de Lorraine , et détriment de la maison des Valois et des Bourbons : a quoy je n'ay pas failly en tout ce qui possible m'a esté, et que ma cervelle s est peu estendre : et en ces jours derniers les présidents Vêtus, et Janin ' m'ont assisté de mémoires et pratiques , et ont quasi empiété mon crédit, et devant eux encore mes collègues David % et Piles ^ n'eussent pas fait grand chose sans nioy, ny moy sans eux. Le pauvre Salcede^^ sçavoit bien un tantinet du secret , mais non pas tout : et n'eut pas bon bec : car il descouvrit le pot aux roses , dont il faillit à nous perdre avec luy : toutesfois nous avons bien eu la raison de tous ces Valesiens; et l'aurons, Dieu aydant, de ces Bourbonistes, si chacun de vous y veut faire di galante uomo: quant à moy, messieurs, me voicy à vostre commandement à
1 Membres du conseil des quarante, et créatures de la maison de Lorraine.
^ Mauvais avocat au parlement, mais en revanche ligueur des plus ardents , et auteur de mémoires incendiaires dont le but étoit le renversement de la famille royale au profit de la maison de Lorraine.
^ Nicolas Piles, abbé d'Orbais, chanoine de Notre-Dame de Paris, et secrétaire de la chambre du clergé aux États de la ligue. Il étoit aussi zélé que David, et aussi dévoué que lui aux princes lorrains.
^ Ligueur qui n'étoit par rapport aux précédents, qu'un personnage secondaire.
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vendre et despendre, pouryeu que comme bons catholiques zèles , vous vous soubmetiez aux archicatholiques princes lorrains, et supercatholiques espagnols; qui ayment tant la France, et qui désirent tant le salut de vos âmes qu'ils en perdent la leur par charité catholique, dont c'est grand pitié, et vous prie d'y adviser de bonne heure de peur que ce Biarnois ne nous joue quelque tour de son mestier : car s'il alloyt se convertir et ouyr une meschante messe seulement [cancaro)^ nous serions affolez', et aurions f)erdu tout à un coup nos doublons et nos peines. Mais encore que ces bonnes gens de Luxembourg ^ et Pisani le promettent à nostre Sainct Père, il n'en sera peut estre rien. C'est pourquoy, in dubio, vous vous devez haster de vous mettre entre les mains des médecins ces bons chrestiens de Castille, qui sçavent vostre maladie et en cognoissent la cause, et par conséquent sont plus propres à la guarir si les voulez crpire : car ceux qui disent que les Espagnols sont dangereux empiriques, et font
' Terme emprunté de la marine. On dit que l'aiguille d'une boussole est affolée^ lorsqu'elle est lente à prendre sa direction, ou qu'elle a un mouvement d'oscillation.
^ François de Luxembourg, duc de Piney, avoit reconnu des premiers Henri IV, et lui avoit déclaré que la noblesse de son royaume desiroit qu'il embrassât la religion catholique ; ce qui fut cause qu'il promit de se faii'e instruire.
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comme le loup qui promettoit à la brebis de la guarir de sa toux, cela est faux: ce sont tous hérétiques qui le disent: et tout bon catholique doit croire sur peine d'excommunication et de censure ecclésiastique, que le preux' roy d'Espagne voudroit avoir perdu ses royaumes de Naples, Portugal et Navarre, voire son duché de Milan, et le comté de Roussillon , et tous les droits qu'il a aux Pays bas , que les Estats luy gardent , et que tous les François fussent bons catholiques, et voulussent volontairement et de hait recevoir ses garnisons avec la saincte Inquisition, qui est la vraye et unique touche, pour cognoistre les bons chrestiens et catholiques zelez, enfants d'humilité et obéissance. Ne croyez donc pas que ce bon roy vous envoyé tant d'ambassadeurs, et vous fasse envoyer ces bons personnages légats du sainct Père à autre intention que pour vous faire croire qu'il vous aime fort catholiquement ^ : penseriez vous
' Ironie ou jeu de mots. ♦
' Quelques éditions portent sur toutes riens. Ce dernier mot, dérivé du latin res, est employé au féminin, dans les anciens auteurs François comme synonyme de choses; ainsi sur toutes riens revient à sur toutes choses. Jean de Mehun, dans son Roman de la Rose., introduit une jeune dame se laissant instruire par une fausse vieille, qui lui dit:
Sur toutes i-iens gardez ces points ; A donner ayez les clos poings,
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que luy qui est seigneur de tant de royaumes qu'il ne les peut compter par les lettres de l'alphabet, [comme Gharles-Magne faisoit ses monastères ' ], et si riche qu'il ne sçait que faire de ses trésors, voulust se mettre seulement en peine de souhaiter si petite chose que la seigneurie de France? Toute l'Europe, par manière de dire, ne luy est pas une contrée de ces nouvelles isles conquises sur les sauvages : quand il sue, ce sont des diadesmes : quand il se mousche , ce sont des couronnes "" : quand il rote , ce sont des sceptres : quand il va à ses affaires , ce ne sont que comtez et duchez qui luy sortent du corps , tant il en est farcy et remply, [non eripit mortalia, qui régna dat cœlestia^]. Ce seroit donc bien à jDropos de soup-
Et à prendre les mains ouvertes.
Dans l'édition de 1 696 , on lit : qu'il vous aime sur toutes gens.
' Ces paroles ne se lisent point dans les premières éditions. Le conte auquel elles font allusion est de Martinus Polonus, qui dit que l'empereur Charlemagne envoya une lettre d'or du poids de cent livres , à chacun des vingt-trois monastères qu'il avoit fondés.
2 On lit dans l'édition de iSgg, cjuand il se mousche ce sont des sceptres , etl'on n'y trouve point le membre de phrase suivant. Tout cela est imité au reste de la grotesque description de Quaresmeprenant, chap. Sa, liv. iv de Rabelais. « S'il mouchoyt, c'estoyent « anguillettes sallees; s'il suoyt, c'estoyent moulues au beurre frais ; « s'il rottoyt, c'estoyent huytres en escalle, etc. »
^ Ces paroles , tirées de l'hymne Hostis Herodes, manquent dans la plupart des anciennes éditions.
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çonner qu'il voulust estre roy de France : ma de si. Je ne dy pas que pour guarir des escrouelles , dont les pays méridionaux sont fort infectez, il ne fist quelque chose à la prière des dévots habitans de sa bonne ville de Paris, qui l'ont supplié par lettres expresses ' signées de leurs mains de les recevoir comme ses bons subjects et serviteurs, et d'accepter le pesant fardeau de la couronne de France : ou si son dos estoit si courbé et chargé d'autres couronnes plus précieuses, que celle de France n'y peust trouver place, pour le moins il en recompensast quelqu'un de ses hidalgos % qui luy en feroyt foy, hommage, et révérence: mais autrement, je vous prie pour l'honneur de Dieu, ne pensez pas qu'il y pense: ses comportements aux Pays Bas , et aux terres neufves , vous doivent asseurer qu'il ne pense à nul mal, non plus qu'un vieil singe : et quand ainsi seroit qu'il vous auroit tous faict entretuer, et périr par feu, fer^, et famine, ne seriez vous pas bien-heureux d'estre assis là haut en Paradis au dessus des confesseurs
' Ces lettres, en date du 2 novembre iSga, étoient portées en Espagne par le jésuite Claude Matthieu, lorsque le sieur de Chazeron , gouverneur du Bourbonnois , les surprit et les envoya au roi.
* Titre que prennent en Espagne les nobles qui se prétendent descendus de l'ancienne race chrétienne , sans mélange de sang j uif ni maure.
^ Ce mot ne se trouve pas dans l'édition de iSgg.
et patriarches, et vous moquer des maheutres', que vous verrez dessoubs vous rostir et bouillir aux chaudières de Lucifer? Mourez quand il vous plaira , nous avons assez de Mores , Africains , Wallons et Foruscits ^ pour mettre en vostre place : tuez, massacrez, et bruslez hardiment tout: monsieur le légat pardonnera tout : monsieur le lieutenant avouera tout : monsieur d'Aumale vous adjugera tout: monsieur de Lyon scellera tout, et monsieur Marteau signera tout. Je vous serviray de père confesseur et à la France aussi, si elle a l'esprit de se laisser mourir bonne catholique, et faire les Lorrains et Espagnols ses héritiers, comme je vous en prie tous en gênerai et particulier : vous asseurant après monsieur le légat, que vos âmes ne passeront point par le feu de Purgatoire, estants assez purgées par les feux que nous avons allumez aux quatre coings et au milieu de ce royaume, pour la saincte ligue, et par la pénitence, jeusnes, et abstinence que nous vous fai-
' L'édition des Mémoiies de la ligue porte malheutres , ce qui feroit soupçonner que l'on déiivoit ce mot de malautru ( malè in~ structus) qui s'écrit aujourd'hui malotru.
" Vieux mot foi'mé de l'italien uscir fuora ( sortir dehors ) , et employé pour désigner les bandits ou fuorusciti d'Italie. Il s'agit ici des troupes napolitaines qui formoieiît, avec les Mores , Africains, et Wallons, la garnison espagnole à Paris, et qui commettoient dans cette ville toutes sortes de désordres.
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sons faire en dévotion. Quant à l'élection d'un roy, je donne ma voix au marquis des Chaussons ' : il n'est lipu ny canins^, ains bon catholique, apostolique et romain: je le vous recommande, et moy de mesme, in nomine Patrisj et Filii, et Spiritus Sancti. Amen.
Ces mots finis, tous les docteurs de Sorbonne et maistres es arts là présents fraperent en paulme , et crièrent vivat par plusieurs fois, si fort que toute la sale en retentissoit : et après que le bruit fut un peu cessé, se leva le prieur des carmes hors de sa place, et monta sur son banc, ou il prononça tout haut de fort bonne grâce ce petit quatrain , comme s'il l'eust composé sur le champ :
Son éloquence il n'a peu faire veoir, Faute d'un livre ou est tout son sçavoir : Seigneurs Estats, excusez ce bon homme : Il a laissé son calepin à Rome.
Et tout à l'instant un petit maistre es arts saillit aussi en pieds, et tournant le visage vers mondit
' Il veut dire de Chaussins ; et il entend par là François de Lorraine, marquis de Chaussins, frère du duc de Mercœur.
' L'auteur veut désigner par le premier de ces mots la famille d'Autriche, dont presque tous les membres avoient de grosses lèvres, et par le second le jeune duc de Guise, qui avoit le nez camus.
sieur le cardinal de Pelvé , répliqua de niesme en autant de cannes ' :
Les frères ignorants^ ont eu grande raison De vous faire leur chef, monsieur l'illustrissime ^ : Car ceux qui ont ouy vostre belle oraison Vous ont bien recogneu pour ignorantissime.
Tout le monde trouva ceste rime fort plaisante , et après avoir faict un second battement de mains , non toutesfois si long que le précèdent, monsieur de Lyon se leva, et fit signe de la main qu'il vouloit parler : parquoy après que tout le monde eust sonorement et theologalement toussy, craché et recraché, pour Touyr plus attentivement, à cause de la réputation de son éloquence, il discourut ainsi, ou environ.
' Jeu de mots, de cai-men.
2 II ne s'agit point ici des joannites ou frères de la charité, mais des capucins, appelés en Italie fratelli ignoranti. Le cardinal de Pelvé étoit protecteur de cet ordre.
^ Le décret du pape , par lequel il fut ordonné qu'à l'avenir les cardinaux seroient traités d'emmerece, n'est que du lo janvier i63o.
HARANGUE