‹ Satyre Menippée de la vertu du catholicon d'Espagne et de la tenue des Estats de Paris;Chapitre 7 sur 47 · AVIS DE L'IMPRIMEUR · texte numérisé non relu

AVIS DE L'IMPRIMEUR

AU LECTECB,

QUI A ÛTÉ MIS DEVANT l'ÉDITION DE LAN iSgS.

Ce discours de la tenue des Estais de Paris, et de la vertu du Catholicon d'Espagne , fut faict en langue italienne, par un gentil-homme florentin \ qui estoit à Paris pendant que les Estats s'y tenoyent, en intention , comme il est à présupposer , de le porter à son maistre le duc de Florence, pour luy représenter Testât admirable des affaires de France. Mais il advint comme il s'en retournoit en son pays et passoitpar Amiens pour aller en Flandre , que son palefrenier, Breton de nation, ne se voulant bazarder à si long voyage, et ayant recogneu que son maistre n'estoit pas autrement bon catholique, parce qu'il appelloit le Biarnois : Il Re di Francia, se sépara doucement de luy sans luy rien dire qui le fascbast, ne qui le troublast en son repos : mesme pour le soulager de la nourriture de deux cbevaux, en emmena le meilleur avec la valize en laquelle estoit l'original dudit discours.

' Ruse de l'auteur qui vouloit éviter de se faire oonnoitre.

XXIT AVIS

Mais Dieu voulut qu'il fust pris par quelques religieux du Chasteau-Verd ' et mené devant le maire de Beauvais, ou il eust esté déclaré de bonne prise, à cause de quelque sac de doublons qui se trouva dans la valize , sinon qu'il leur nionstra une once de Catholicon, réduit en pouldre, qu'il portoit en sa bourse avec sept grains benists , et une chemise de Chartres ^ qui avait demouré neuf jours et neuf nuicts aux pieds de Nostre-Dame soubs terre^^ pour enipescher les coups de canons et d artillerie'^ et d'estre pris ny en guerre ny en justice. Tellement qu'il confessa librement qu'il avoit laissé son maistre après avoir cogneu qu'il estoit hérétique en ce qu'il appeloit le Biarnois Roy de France. Or

. ' Voyez la Satyre, page 44 5 T^ote ^.

" Petites chemises dédiées à Notre-Dame de Chartres et auxquelles on attribuoit des vertus extraordinaires. On voit dans les Mémoires de Du Plessis que quelques uns faisoient servir ces chemises à un usage fort étrange : « Jean Châtel, y lit-on , fut trouvé K avoir au col une chemise de Chartres, où, au-dessus étoit écrit « Henrico quarto, des grains bénits, etun^^nus Dei, etsuv lui des « billets où étoient ces mots : Seigneur, donnez-moi la force d'exé- « cuter contre Henri de Bourbon. »

^ « A Chartres, dit Henri Etienne, il y a (au moins il y avoit) « deux N. D. , dont l'une est dans le temple, l'autre au-dessous. «Celle qui est dedans s'appelle iV. D. d'en-haut, l'autre iV. D. « d'en-bas, parcequ'elle est en quelque creux sous terre, fait en « façon de cave. »

* Artillerie se prend ici , suivant son ancienne signification , pour toutes sortes de machines et d'armes que l'art a inventées.

DE L'IMPRIMEUR. xxv

entre les hardes de la valize dont inventaire fut faicte en présence du maire et du docteur Lucain ' superintendant des prises et rançons, se trouva l'original dudit discours italien , que le maire n'entendoit pas , et pria ledit docteur Lucain de le traduire en bon François. De quoy, ledit docteur s'excusa disant qu'encore qu'il sçeust bien parler le langage de Rome , toutesfois il ne le sçavoit pas approprier à la naiveté Françoise. Si bien qu'on Fut contraint le donner à un petit moyne Romipete qui le lendemain se desroba pour la liaste qu'il avoit d'estre à Paris à la bénédiction solemnelle, et procession générale que devoit Faire le légat pourlasaincte et catholique entreprise, que Pierre Barrière d'Orléans avoit Faicte et jurée entre ses mains, d'assassiner Sa Majesté à Melun. Mais il advint que ledit moyne Fut pris par quelques gentils-hommes et trouvé chargé dudit discours, lequel leur sembla si plaisant qu'incontinent l'un d'entre eux le tourna en François , et de main en main la traduction est venue jusques à moy, qui l'ay imprimé, tant pour relever de peine les

' Guillaume Lucain , prédicateur des plus séditieux de la ligue. Il préchoit la rébellion à Paris en 1589; et dans le dessein de s'emparer de la cure de Saint-Médéric, il fit son possible pour faire chasser Morène, qui la possédoit. (De Tliou, tome IV, livre xcv, page 425. — D. Dial. duMah. etduMan.,f. 81 et i35. — R. Mélanges d'histoire de Vigneul Marville. )

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