NOTICE SUR LAMARTINE. XIII
» Et qu'en diversion à mes vastes désirs, » Empruntant du hasard l'or qu'on jette aux plaisirs, « Je m'agitais au port, navigateur sans monde, » Mais aimant, espérant, âme ouverte et féconde ! » Oh! que ces dons tardifs où se heurtent mes yeux » Devaient m'échoir alors, et que je valais mieux ! »
Et le discours bientôt sur quelque autre pensée Échappa, comme une onde au caprice laissée; Mais ce qu'ainsi ta bouche aux vents avait jeté, Mon souvenir profond l'a depuis médité.
Il a raison, pen=ais-je, il dit vrai, le poète !
La jeunesse emportée et d'humeur indiscrète
Est la meilleure encor ; sous un souffle jaloux
Elle aime à rassembler tout ce qui flotte en nous
De vif et d'immortel ; dans l'ombre ou la tempête
Elle attise, en marchant, son brasier sur sa tête :
L'encens monte et jaillit ! Elle a foi dans son vœu ;
Elle ose la première à l'avenir en feu,
Quand, chassant le vieux Siècle, un nouveau s'initie,
Lire ce que l'éclair lance de prophétie.
Oui la jeunesse est bonne ; elle est seule à sentir
Ce qui, passé trente ans, meurt, ou ne peut sortir,