XIV NOTICE SUR LAMARTINE
Et devient comme une âme en prison dans la nôtre;
La moitié de la vie est le tombeau de l'autre ;
Souvent tombeau blanchi, sépulcre décoré,
Qui reçoit le banquet pour l'hôte préparé.
C'est notre sort à tous ; tu l'as dit, ô grand homme 1
Eh ! n'étais-tu pas mieux celui que chacun nomme,
Celui que nous cherchons, et qui remplit nos cœurs,
Quand par delà les monts d'où fondent les vainqueurs,
Dès les jours de Wagram, tu courais l'Italie,
De Pise à Nisita promenant ta folie,
Essayant la lumière et l'onde dans ta voix,
Et chantant l'oranger pour la première fois ?
Oui, même avant la corde ajoutée à ta lyre,
Avant le Crucifix, le Lac, avant Elvire,
Lorsqu'à regret rompant tes voyages chéris,
Retombé de Pœstum aux étés de Paris,
Passant avec Jussieu ' tout un jour à Vinccnnes
A tailler en sifflets l'aubier des jeunes chênes ;
De Talma, les matins, pour Saùl, accueilli ;
Puis retournant cacher tes hivers à Milly,
Tu condamnais le sort, — oui, dans ce temps-là même
(Si tu ne l'avais dit, ce serait un blasphème),
Dans ce temps, plus d'amour enflait ce noble sein
i. M. Laurent de Jussieu, l'un des plus anciens amis de M. de Lamartine.