‹ Saül (volume 2)Chapitre 20 sur 58 · XXII NOTICE SUR LAMARTINE · texte numérisé non relu

XXII NOTICE SUR LAMARTINE

stant même plusieurs secrets que sa négligence avait ignorés jusque-là. Quand le Cygne vit l'Aigle, comme lui dans les cieux y dessiner mille cercles sacrés, inconnus à l'augure, il n'eut qu'à vouloir, et, sans rien imiter de l'Aigle, il se mit à l'étonner à son tour par les courbures redoublées de son essor.

Un des caractères les plus propres à la manière de Lamartine, c'est une facilité dans l'abondance, une sorte de fraîcheur dans l'extase, et avec tant de souffle l'absence d'échauffement. S'il était possible d'assigner aux vrais poètes des heures naturelles d'inspiration et de chant, comme cela existe dans l'ordre delà création pour certains oiseaux harmonieux, nous dirions, sans trop de crainte de nous tromper, que Lamartine chante au matin, au réveil, à l'aurore (et réellement la plupart de ses pièces, celles même où il célèbre la nuit, sont écloses à ces premiers moments du jour; il ébauche d'ordinaire en une matinée, il achève dans la matinée suivante). Il est presque évident, au contraire, qu'à part ce que la volonté impose à l'habitude, les heures instinctives où la voix éclate chez Victor Hugo doivent être celles du milieu du jour, du soleil embrasé, du couchant poudreux, ou encore de l'ombre fantastique et profonde. On devinerait, également, ce me semble, que de Vigny ne réveille l'écho de son sanctuaire embaumé qu'après l'heure dis-

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