SCENE III
Les Précédents; MICHOL, dans l'obscurité
MICHOL, sans voir Jonathas.
L'astre des nuits à peine a fini sa carrière,
Et déjà le sommeil a fui de ma paupière !
0 nuit, ô doux sommeil, tout ressent vos bienfaits,
Hélas! et mes yeux seuls ne les goûtent jamais.
Elle tombe à genoux près de l'arche.
Toi que j'invoque en vain, toi dont la main puissante A semé de ces feux la voûte éblouissante,
Toi, de qui la parole a formé les humains Pour servir de spectacle à tes regards divins, 0 Dieul si de ce trône ardent, inaccessible, Où se cache à nos yeux ta majesté terrible, Tu daignes abaisser tes regards jusqu'à nous, Yois une amante en pleurs tombant à tes genoux, Vois ce cœur déchiré qui saigne et qui t'implore Au pied du tabernacle où tu veux qu'on t'adore, T'offrir, sans se lasser de tes cruels refus, Des vœux toujours soumis et jamais entendus, Vois en pitié ce peuple accablé de misère, Vois en pitié ce roi que poursuit ta colère ! A ce peuple abattu rends la vie, ô Seigneur, Rends ta force à Saùl, et David à mon cœur.
Elle se relève.
Quoi! le ciel aurait-il écouté ma prière? Je sens que ma tristesse en devient moins amère : Il semble qu'en mon cœur une invisible main Verse un baume inconnu qui rafraîchit mon sein ! Quel pouvoir assoupit le feu qui me dévore? Est-ce un premier regard de ce Dieu que j'implore?