‹ Saül (volume 2)Chapitre 44 sur 58 · AUL · texte numérisé non relu

AUL

JONATHAS

Et n'entendez-vous pas une autre voix vous-même Vous crier : « C'est David que j'ai choisi, que j'aime; C'est moi qui le protège et qui guide ses pas; Chacun de ses exploits ne le prouve-t-il pas? N'avez-vous pas senti vous-même, à son approche, S'évanouir le doute, expirer le reproche? Et, prêt à le frapper, ne vous ai-je pas vu, Sans courroux, devant lui reculer confondu? »

Hélas! il est trop vrai; je ne sais quel empire Exerce ce David que je crains, que j'admire! Sitôt que je le vis dans les champs de Jabès, Il plut à mes regards, mais à mon cœur jamais. Depuis ce temps, sans cesse à moi-même contraire, Je me cherche, et je suis pour moi-même un mystère, J'ai vu flotter sur lui mes vœux et mes desseins : Absent je le regrette, et présent je le crains. Il semble qu'une main invisible et bizarre Toujours vers lui m'attire et toujours m'en sépare ;

Mon cœur, quand je le hais, est près de le chérir, Mon cœur, lorsque je l'aime, est prompt à le haïr. Incroyable ascendant! répulsion funeste 1 Égarement de l'homme ou vengeance céleste ! Je ne sais ; mais du moins je vois trop clairement Que des prêtres cruels David est l'instrument, Que dès longtemps, mon fils, ces prôtres me haïssent, Qu'à l'ombre de l'autel leurs complots me trahissent, Qu'ils menacent du ciel un vieillard malheureux Qui ne voulut pas être aussi barbare qu'eux. Mais David leur est cher : David, dès sa jeunesse, Du vieillard de Rama cultiva la tendresse; Samuel, qui l'aimait, expira dans ses bras; On dit qu'il lui promit mon trône et mes États; On dit plus, oui, l'on dit que la main du prophète Versa l'huile des rois sur sa coupable tète; S'il était vrai, mon fils...!

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