ACTE V
Non, je ne veux de toi ni bienfait ni pardon !
Dieu cruel, Dieu de sang, je te brave et t'outrage !
Tout ton pouvoir ne peut avilir mon courage.
Tu triomphes, c'est vrai ; mais lorsque tu m'abats,
Je me relève encor pour insulter ton bras !
Je lie me repens pas des crimes de ma vie.
C'est toi qui les commis et qui les justifie ;
C'est toi qui de mes jours constant persécuteur,
As semé sous mes pas les pièges du malheur ;
Et si l'excès des maux a produit l'injustice.
Tu fus de mes forfaits la cause et le complice !
Tu les punis pourtant. — Tu les punis en moi,
Mais je les vois ailleurs récompensés par toi !
Ce qui fut crime en l'un, chez un autre est justice :
Ta vertu n'est qu'un nom, ta loi n'est qu'un caprice ;
Et ton pouvoir cruel n'a formé les humains
Que pour persécuter l'ouvrage de tes mains !
Eh bien ! par mon supplice exerce ta puissance !
Assouvis tes regards, jouis de ma souffrance ;
Jouis, mais hâte-toi de l'épuiser sur moi :
Le néant où je cours va m'arracher à loi !
lONATHAS, d'une voix éteinte.
O blasphème ! Epargnez, Dieu clément !... O mon père ! Que cet égarement rend ma mort plus amère ! — Ne vous souvenez pas, Seigneur, de ses discours ! Seigneur, votre justice a compté tous nos jours ;
1754. Tu l'emportes, il est vrai; H et S. — 1756-1767. Ces vers, les plus violents de toute la tirade, ont disparu du 42, copie exécutée sans doute eu vue des lectures dans les salons. — 1769. de ta vengeance ; L.
175 1. Tout ce passage est à rapprocher du Désespoir (Méd. Poét.,Yll). Le Sîàil de Soumet est moins hardi contre Dieu. Il ne maudit que David et le voue à l'anathcme qui frappe tous les rois {Saûl, V, 8).