‹ SaülChapitre 11 sur 110 · C'est le ms. 40 de la Bib. Nat · texte numérisé non relu

C'est le ms. 40 de la Bib. Nat

2. Talma pouvait se souvenir d'avoir joué avec grand succès un Saiil chez M'"' de Genlis en janvier 1810.

INTRODUCTION XVll

Mâcon, « pleure d'un bout à l'autre >>. Le poète élabore une seconde dédicace de sa pièce dans laquelle il associe le nom de son ami au souvenir de M"ie Charles. « Je la composai, dit-il, pour toi et pour cette seconde moitié de moi-même ». Ce qui est, en somme, exact pour cette nouvelle version, si tant est que le premier Saiïl, conçu bien avant l'entrée en scène de M"'^ Charles et dédié jadis au seul Virieu, ait jamais été écrit.

Donc A^irieu soumet la pièce à des « connaisseurs en parterre » qui la jugent avec sévérité. Mais l'auteur, intrépide au fond de sa solitude, ne s'en laisse pas ébranler. Il attend l'épreuve de la représentation, la seule qu'il accepte, dont il espère beaucoup de bien et surtout « beaucoup de bruit, fût-ce même en mal et c'est là précisément ce qu'il lui faut pour un début dans la carrière ». On blâme surtout le choix d'un sujet tiré de la Bible, mais Lamartine proteste que ses vers n'ont rien « qui sente la capucinade ». D'ailleurs, que les critiques « regardent la Bible comme une fable, comme une histoire ou comme la Bible, il lui semble que le spectacle est le même à leurs yeux : celui d'un homme poursuivi par un Dieu, par un rival adroit et des prêtres puissants. Il a écrit à peu près pour les trois hvpothèses et c'est ce qui fait dire à quelques-uns que David est trop ou trop peu brillant dans la pièce, à ceux-ci que David a trop l'air dominé par les prêtres, à ceux-là que les prêtres n'ont pas l'air assez dépouillés d'intérêt personnel dans la chose. L'effet général dans la Bible est précisément cela... » (Corr., I, cxlyiii). Tous les changements que Talma ou Virieu demanderont, il est tout prêt à les faire, la grande question est de savoir « si on le croit poète ou non ». Et si on ne le croit pas, il y renoncera et tâchera « de planter uniquement des choux dans son jardin, bien qu'il sente le contraire ».

Bientôt, il ne se tient plus de tenter lui-même la fortune et il écrit, de Milly, non de Paris, comme il l'a raconté plus tard, à Talma « la meilleure lettre qu'il ait écrite de sa vie ». Il annonce d'ailleurs son projet d'aller à Paris, sitôt sa moisson laite, pour s'offrir lui-même « tel qu'il est, sans assurances » à la famille d'une jeune héritière à marier. Entre temps, il s'occu-

Page 1