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INTRODUCTION XIX

été beaucoup bourdonné de Saïd aux oreilles... chez Ouvrard le banquier « ; il y a eu deux entrevues, l'une peut-être à Paris, où Lamartine n'a rien lu, l'autre à la campagne, où Lamartine lut sa pièce. Dans le Cours Familier, Talma écoute la lecture dans une immobilité absolue. — La Correspondance dit : « à mesure que

; j'allais, il s'agitait dans son fauteuil et disait : Il y a une tragédie

: Icà-dedans ». Dans le Cours Familier, Talma est éloquent, préromantique, prophétique : il tient au Jeune poète le discours que l'on devait tenir au futur auteur des Mèditaticiis. — Dans la

\ Correspondance, il n'est que poli. 11 ne pleure pas d'attendris-

t sèment et il n'invite pas l'auteur à. déjeuner ; encore moins lui

! apprend-il le nom de Shakespeare que Lamartine connaissait fort bien. Et Duchesnois ne fait pas à la fin une entrée dra-

( matique pour maudire les Bourbons devant le garde-du-corps

j rougissant.

' Ce qui ne varie pas de l'un à l'autre récit, c'est la conclusion. Talma refusa de présenter la pièce au comité et assura qu'elle

I ne passerait pas. Il donna au poète des louanges méritées et lui promit tout son appui... pour une autre occasion. Et Lamartine

j s'enfuit à Milly où il reprend et parachève VOde au Malheur.

:j Faute de mieux, il songe à imprimer Saïd sous le titre de mélotragédie (imité des « tramélogédies » d'Alfieri). Puis, il

î pense à en tirer un opéra. En 1820, après le triomphe des Méditations, il n'a pas encore condamné Saïû à l'oubli. Un journa-

i liste, qui l'a interrogé sur ses projets littéraires, note dans les

! Tablettes universelles : « M. de la Martine a en portefeuille un

\ Oreste et un Said. M, Soumet traite les mêmes sujets. M. Briffant

,i s'occupe aussi d'un Said. »

I De temps à autre, le poète tire de sa tragédie enfouie dans ses tiroirs quelque fragment pour grossir un recueil trop mince. Enfin, viennent les embarras d'argent; dès 1843, négociant un traité pour ses œuvres complètes avec Gosselin par l'entremise de Dargaud, il propose « un volume de tragédies ». Il finit par publier Saïd lui-même dans ses œuvres complètes de l'Edition des Souscripteurs, bien qu'il fût déjà vendu à Michel Lév}^ qui le publia après la mort de Lamartine comme inédit.

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