VIII INTRODUCTION
d'assimilation, il fixe en quelques mois les éléments, qui ne varieront guère^ de son style poétique. La langue et la prosodie des Méditations différent peu de celles de Saûî.
Est-il vrai qu'il n'y ait eu dans cette première œuvre sérieuse de Lamartine qu'un « froid pastiche de Racine et d'Alfîeri », comme il l'a écrit dédaigneusement plus tard ? L'influence de Racine est sensible d'un bout à l'autre dans le style, et il est évident que Lamartine a emprunté à Alfieri une grande partie de son intrigue. Cependant l'imitation n'est point servile. Peutêtre le premier ^a/i/, conçu en 1812, dont le texte, sans doute incomplet, a pu servir à Lamartine lorsqu'il a récrit toute la pièce en 18 17, était-il entièrement calqué sur la tragédie d' Alfieri. Mais, pour celui que nous avons^ il diffère sensiblement de la pièce italienne : si le lieu de la scène est identique, le nombre des personnages varie, Lamartine ayant ajouté le confident Esdras, et la Pythonisse d'Endor. Dans son premier acte, où il resserre deux actes d' Alfieri, le poète français suit d'assez près son modèle. Mais l'acte III est presque entièrement de l'invention de Lamartine. Il est rempli dans Alfieri par une intrigue de rivalité entre Abner et David que la pièce française laisse entièrement de côté, remplissant ce vide par la scène entre Saùl et la Pythonisse et par l'apparition de l'ombre de Samuel. A l'acte IV, le parallélisme reprend, pour s'interrompre de nouveau à l'acte V. En somme, 3 actes sur 5 doivent quelque chose — et beaucoup — à Alfieri. Le Ille est en en partie original, en partie inspiré du Saiil de du Ryer '.
Si Lamartine, pendant cette période agitée de sa vie, s'est si fort intéressé à cette oeuvre qu'elle lui fit oublier la douleur de son deuil amoureux, les souffrances physiques, les soucis de carrière, les contrariétés familiales et les troubles sans cesse renaissants d'un cœur orageux, c'est qu'il trouvait à y épancher tous les sentiments qui l'étouffaient. L'épigraphe qu'il a choisie dans Mrne (le Staël marque bien son dessein profond : « On
I. Ou, plus exactement, d'une note de Petitot sur du Ryer (cf. la note du commentaire sous le vers 616).