INTRODUCTION IX
ainic à voir comment la créature semblable à nous se débat avec la souflfrance, y succombe, en triomphe, s'abat ou se relève sous la puissance du sort ». Que voit-on d'autre dans les Mcditations} Lamartine, fidèle aux enseignements classiques, a d'abord tenté d'exprimer son âme par l'art impersonnel de la tragédie. Au lieu d'être lui-même et en son nom l'homme qui croit et l'homme qui doute, le philosophe romantique qui fait écho à lord Byron et le chrétien Mennaisien qui le réfute, le poète qui écrit Le Désespoir et le poète qui répond par La Providence à rHoniine, Lamartine a tenté d'être tour à tour Sai'il et David, le roi révolté et le roi soumis, l'impie que le sort accable sans l'agenouiller, le croyant qui s'abandonne à la volonté de son Dieu. Toutes les révoltes de l'amant à qui Elvire vient d'être arrachée, toutes les fureurs de l'homme dévoré du besoin d'agir, avide de conquérir l'hommage des foules et que le sort tient emprisonné dans une existence oisive et obscure, toutes les rages du malchanceux dont les tentatives d'évasion ont toutes échoué et qui, dans l'ardeur de son imagination qui devance le temps, voit déjà accourir la vieillesse, la mort, et la gloire lui échapper, Saùl les jette à la face du ciel. N'est-ce point le Lamartine de 1818 à 1820, dévoré de fièvre, dont la cervelle échaufte nuit et jour quelque projet nouveau de mariage, de carrière, d'affaires, quelque plan pour enlever la sous-préfecture âprement désirée, quelque martingale infaiUible pour gagner au jeu, le Lamartine qui, deux ou trois fois l'an, chargé d'espérance et d'ennui, se jette dans une voiture qui roule vers Paris comme s'il courait appeler en duel son mauvais destin, n'est-ce point lui qui parle dans ces vers :
Va, je suis las de craindre et de flotter toujours Dans ces perplexités où se perdent mes jours. La prudence me nuit, le doute m'importune Et je veux corps à corps affronter ma fortune... Au-devant de mon sort je prétends m'élancer Et, plongeant hardiment dans ces ombres funèbres, Arracher mon destin du sein de ses ténèbres !
Certes, Saùl est plus vivant, plus éloquent que David, mais