‹ SaülChapitre 28 sur 110 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Vois en pitié ce Roi que poursuit ta colère ; A ce peuple abattu rends ta gloire, Seigneur, Rends ta force à Saûl, et David à mon cœur !

Elle se relève.

duoi ? le ciel aurait-il écouté ma prière ?

Ma prière a rendu ma douleur moins amère ;

Il semble qu'en mon cœur une invisible main

Verse un baume inconnu qui rafraîchit mon sein ! j ...

,j Quel pouvoir assoupit le feu qui me dévore ?

j Est-ce un premier regard de ce Dieu que j'implore ?

Est-ce un rayon d'espoir qui descend dans mon cœur ?

Mais, pour moi, l'espérance, hélas! n'est qu'une erreur.

Avec plus d'abattement.

O David ! que fais-tu ? Dans quel climat barbare Gémis-tu, loin de moi, du sort qui nous sépare? Q.uels monts ou quels rochers cachent tes tristes jours? Dans quel désert languit l'objet de mes amours ? Seul, au fond des forêts, peut-être, à la même heure, Il lève au ciel ses mains, il m'appelle, il me pleure ? Il pleure, et nos soupirs, autrefois confondus. Emportés par les vents ne se répondent plus ! ^ Ah ! pour moi, jusqu'au jour où la main de mon père î Aura fermé mes yeux lassés de la lumière, t Redemandant David, et lui tendant les bras, Mes yeux de le pleurer ne se lasseront pas !

JONATHAS s'avançant vers Micol.

Epouse de David, que le Dieu de nos pères

\^ous comble dans ce jour de ses bontés prospères !

115. rends la vie, ô Seigneur, L. — 116. Rends la force L. — 118. Je sens que ma tristesse en devient moins amère; L.

l6 SAÛL

MICOL

Pourquoi me parlez-vous des bontés du Seigneur ? 140 Je n*ai, depuis longtems, connu que sa rigueur.

JONATHAS

Le Seigneur est sévère et n'est pas inflexible ; Aux cris de l'innocent il se montre sensible , Il abat, il relève, il console, il punit ; Tel aujourd'hui l'accuse, et demain le bénit.

MICOL

145 J'adore sa justice et ne puis la comprendre.

La voix d'un cœur brisé n'a pu s'en faire entendre ; Il m'a ravi ma joie, et la tombe, aujourd'hui, Est le dernier bienfait que j'attende de lui.

JONATHAS

Mais si ce Dieu, ma sœur, lassé de sa colère, i)0 Jetait sur Israël un regard moins sévère ?

S'il désarmait son bras, s'il ramenait à nous Le vengeur de Juda, mon espoir, votre époux? Si David...

MICOL

Ah ! cruel, quel est donc ce langage ? Pourquoi d'un tel bonheur me rappeler l'image ? 1)5 Arraché de mes bras depuis un si long tems David est-il encore au nombre des vivants ?

142. innocence R et L. — 145. et n'ose la comprendre. 41. — 146. d'un cœur soumis 41. — 147. la joie, L. — 148. que j'implore de lui. 41. — 154. Pourquoi me présenter cette enivrante image ? 41. — 155. Arraché de mon sein 41.

145. Cf. Prem. Mcd., II, UHoiinne : J'ai vu partout un Dieu sans jamais le comprendre.

Page 1