X INTRODUCTION
c'est que dans l'âme du Lamartine de cette époque la révolte était aussi plus active que la résignation. Le bonheur, la fortune, les caresses empressées de la gloire endormiront pour un temps cette âme dévorante ; elle se réveillera pour jeter le poète dans la vie publique^ puis dans la plus folle spéculation et ne plus lui laisser de repos jusqu'à la mort. Saùl nous aide à rejeter bien loin l'image du tendre joueur de guitare où l'on a voulu nous faire reconnaître le poète des Méditations. Il découvre bien, sous les tendresses et les mélancolies, l'énergie singulière de cette nature.
Dans sa tragédie, le candidat diplomate ne s'est pas borné à exprimer ses sentiments, mais aussi quelques-unes de ses idées politiques d'alors. Il est possible que les salons royalistes, qui accueillirent cette oeuvre avec tant de faveur, y aient aperçu quelques allégories, quelques traits fugitifs de ressemblance entre le retour de David, roi consacré par l'huile sainte, qui renverse l'usurpateur, et la restauration du roi très chrétien. Les paroles de David, saluant après l'exil les tentes d'Israël, éveillaient peut-être quelque écho dans les coeurs des émigrés :
Enfin je vous revois, lieux chers à ma mémoire, Lieux autrefois remplis de bonheur et de gloire... Après un si long temps d'exil et de malheurs... Je rentre en fugitif au milieu de mes frères.
Sai'd contient mieux que ces vagues allusions, de véritables déclarations de principes. A M^e de Canonge ou à Virieu qui l'interrogent sur les affaires du temps, il confesse une sorte de fatalisme mystique : « Je suis plus convaincu que jamais que la liberté est une condition qui n'est pas de notre nature, que les droits de l'homme sont les droits d'une chimère qu'ils appellent homme, que le seul bien de la société, c'est la force et la seule source de la force le courage et Dieu » {Coït., f, cxLVi). Même idée, sous une expression plus nette : « Je n'ai