INTRODUCTION' XI
jamais cru en foit de gouvernement qu'à une chose qui est la force... Quand on croit à la raison souveraine des peuples éclairés on ne les connaît pas du tout, par conséquent on n'est pas fait pour les gouverner ». Le garde du corps de 1817 ne se doutait pas qu'il s'annoncerait un jour comme envoyé de Dieu pour gouverner ies peuples par la seule raison et la seule vertu. Dans le même sens : « Je crois que tout est soumis dans l'univers physique et moral à une toute-puissante Providence que j'appelle quelquefois fatalité ; elle nous perd et elle nous sauve par des moyens que nous ne prévoyons jamais parce qu'ils sont au-dessus de notre prévo\'ance ».
Les mêmes doctrines sont professées par les héros du drame. Voici Abner expliquant à Saùl que les peuples ne se gouvernent que « par la force » et non par le sentiment, et ses vers prennent après l'événement, après la chute du héros de 48, et ses vains appels à la gratitude des peuples, quelque semblant de prophétie :
Q uoi ! vous comptez, Seigneur, sur la reconnaissance
De ce peuple tameux par sa lâche inconstance
Q.ui, des dieux étrangers stupide adorateur.
Vingt fois pour Bélial a trahi le Seigneur ?
Vous pensez qu'à son Dieu, qu'à Moïse infidèle.
Pour le sang de ses rois il aura plus de zèle ?
,.. Ah! prince, ah ! jugez mieux! Les peuples sont ingrats.
Ils ne savent aimer que ceux qu'ils peuvent craindre
Et leur servile amour, toujours prompt à s'éteindre,
Par un nouveau caprice aussitôt remplacé.
Chez nous du père au fils a rarement passé.
Saùl, — « fataliste comme moi », dit Lamartine, avouant qu'il lui a, dans quelques endroits, prêté ses propres pensées — Saùl se charge d'affirmer l'inflexible autorité d'un Dieu que la prière n'émeut pas :
JON.\THAS
Nous fléchirons le ciel.
On ne le fléchit pas.
Inexorable, au gré de son ordre suprême Il conduit les mortels, les peuples, les rois même.