ACTE II
ABNER
Ah ! prince, nos destins ne sont faits que par nous ; C'est en les prévoyant qu'on peut parer leurs coups.
Et comment les prévoir, quand, par tant de miracles? Le ciel ferme partout la bouche à ses oracles ? Pour arracher de lui l'obscure vérité Que n'ai-je point offert ? que n'ai-je point tenté ? Mais les autels sont sourds, l'arche même est muette, Et, dans tout Israël, il n'est pas un prophète !
ABNER
Oui, dans l'esprit menteur des prêtres corrompus, L'Esprit du Dieu vivant. Seigneur, ne descend plus. Mais chez le peuple saint, il est, il est encore Des cœurs simples et purs que son zèle dévore, Et qui, lisant ce livre à nos yeux efface, Racontent l'avenir ainsi que le passé.
Et dans quelle tribu ? Depuis quand ? Quel silence M'en a jusqu'à ce jour dérobé l'existence ? Parle, quel est le nom de cet homme pieux Qu'un mystère coupable a soustrait à mes yeux?
491. ne sont pas faits par nous ; S. — 492. qVi'on en pare les coups. L.
494 sqq. I Reg. XVIII, 6 : Consuluitque Dominum et non respondit ei, neque per somnia, neque per sacerdotes, neque per prophetas.
501, Abner expose ici la théorie de la révélation directe de Dieu au cœur de l'homme qui restera toujours chère à Lamartine.
38 SALL !
ABNER
C'est une simple femme ; Endor est sa patrie,
510 L'obscurité longtems enveloppa sa vie,
Mais, depuis que l'Esprit en elle est descendu, Tout à coup dans Juda son nom s'est répandu. On dit que l'avenir pour elle est sans mystères, Qu'elle a prophétisé sur le sort de ses frères,
515 Sur David et sur vous...
Sur David et sur moi !...
Qu'on la cherche à l'instant, qu'on l'amène à son Roi !
ABNER
Elle-même^ Seigneur, demande cette grâce. C'est en vain qu'on l'insulte, en vain qu'on la menace : Seule, assise en silence aux portes de ces lieux, "î^o Elle attend que Saûl...
Qu'on l'amène à mes yeux !
Toi, garde cette enceinte, et que nul téméraire Pendant cet entretien n'en trouble le mystère.
51 5-) 21. Sur David et sur vous, qu'elle a lu dans les cieux De sinistres secrets..,. Saïjl. Qii'on l'amène à mes j^eux ! Toi, garde cette enceinte, S et L.
509 et suiv. L'épisode de la Pythonisse d'Endor est conté tout au long dans I Rcg. XXVIII, 7 sqq.
5"i7. Bien improbable. Quand Saiïl va trouver la Pythonisse, dans la Bible, elle craint qu'il ne la veuille mettre à mort pour ses maléfices, cf. IRi'g. XXVIII, 9.