‹ SaülChapitre 7 sur 110 · INTRODUCTION XIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIII

:iîtendait, et qu'il délibéra pour savoir s'il ne mettrait pas son manuscrit dans sa poche après avoir obtenu, par l'effet de sa faveur littéraire, la place diplomatique tant quémandée. Ce qui est certain, c'est que sa nomination à Naples était accordée avant la publication des Méditùtions. C'est peut-être à ce Saùl, traité de si haut plus tard, et aux admirateurs de ce malchanceux Saïil, qu'il faut attribuer l'honneur de ce succès auprès des ministres '.

Lamartine est alors tout le premier à donner à Saïd plus d'importance qu'aux Méditations. Ce n'est pas seulement l'effet d'une tendresse naturelle aux poètes pour leurs plus faibles ouvrages. En ceci comme en beaucoup de choses Lamartine est fidèle à son éducation classique : Saïd est une tragédie, genre noble. Les Méditations ne sont que des « poésies fugitives », genre secondaire. Quand il s'étonne — et il s'en étonnera toute sa vie — de l'engouement du public, il est sincère. De ce môme préjugé procédera plus tard sa prédilection marquée pour La Chute d'un Ange, qui est une épopée, et son attrait pour l'éloquence et l'histoire qu'il tiendra systématiquement pour supérieures à la « poésie fugitive «.

Bref, de ce suprême et victorieux assaut livré par Lamartine à son « guignon » entre 1818 et 1820, pour conquérir enfin a la gloire et l'argent », Saïd fit presque tous les frais, et les Méditations recueillirent tous les fruits. N'est-ce pas un suffisant titre de gloire pour cette tragédie mort-née ?

I. La correspondance du poète prouve que, dans les salons où il votait convié, il lisait surtout Saûl, et des poésies politiques. Il ne fait pas mention du Lac qu'il récitait cependant quelquefois, puisque Ikiftaut dit l'avoir entendu. Cf. Corr., I, clxxiv, 4 mars 1819 : « Le duc d'Orléans et les princesses, ayant beaucoup entendu parler d'une de mes tragédies que j'avais laissée ici cet automne m'ont fait inviter A aller leur en faire une lecture aujourd'hui à huit heures du soir. Je m'y prépare en ce moment : je m'étudie à bien lire et à produire sur Leurs Altesses un effet qui pourrait m'ôtre fort avantageux par la suite ». Ihid., I, clxxix, 15 avril 1819 : « J'y dîne dimanche (chez le duc de Rohan) avec M. Mathieu de Montmorency, M. de Bonald, l'abbé de Lamennais, etc. ; on y lit Saiil et des odes ».

Page 1