XIV INTRODUCTION
Au reste, en dehors de ce mérite indirect, elle en a d'autres qui lui appartiennent en propre. Parmi tous les ouvrages de transition composés à cette époque pour renouveler la scène française, elle est assurément l'un des plus remarquables. Elle forme un très beau spectacle et le mélange du lyrique et du dramatique qui constitue sa principale originalité n'est pas sans charme ni sans adresse. Le rôle entier de Saûl a de l'accent, du mouvement, et les scènes les plus dramatiques ne sont pas les pires. Quand le sujet emporte Lamartine, les vers éloquents, pathétiques se pressent : il faiblit dans les scènes de psychologie, où il faut faire œuvre de bon ouvrier : le « métier )> de poète dramatique le rebute vite, comme le « métier » de poète lyrique le « dégoûtera ». L'admiration de tant d'amis et de protecteurs ne nous paraît donc pas si déraisonnable, ni l'enthousiasme que ressentit, dès la première lecture, le sceptique Virieu. Et Talma n'avait pas tort d'affirmer à l'auteur de Saûl que ses vers étaient « les plus beaux qu'on lui eût lus » et « qu'il était poète, et peut-être le seul ».
Composition de SAÛL. Refus de la pièce par Talma.
Lamartine ne connaissait sans doute Alfieri que sur sa renommée lorsqu'en juin 1809 il lut dans le Mercure des articles de C.-B. Petitot qui le ravirent. Alfieri devint son modèle: il voulut l'imiter en tout et projeta même, à son exemple, dans le premier feu d'enthousiasme, d'apprendre le grec. Déjà, quelques mois plus tôt, il avait résolu d'apprendre l'italien et il emportait à la campagne VOrlando furioso. Mais ce n'est qu'au retour d'Italie, le 31 octobre 1812, qu'il conçoit un sujet de Saïd : « Alfieri m'en a donné l'idée, mais le mien aura une marche qui me