ACTE III
SAÛL, égare.
Non, c'est David, c'est lui ; je reconnais la voix, La harpe dont les sons me calmaient autrefois.
A sa fàlle.
Pourquoi se cache-t-il ? Pourquoi me faire attendre Ces chants libérateurs que j'ai besoin d'entendre ?
MICOL
David venait, Seigneur, vous l'avez repoussé.
SAUL, ttonné.
J'ai repoussé David ?,.. Ah ! tout s'est effacé.. Dans la nuit du chaos mon âme est confondue ; Otez-moi ce bandeau qui me couvre la vue ! Pourquoi sitôt, pourquoi ces chants ont-ils cessé? Ah ! généreux David, pourquoi t'ai-je chassé ? Toi seul tu savais rendre à mon âme épuisée D'un espoir renaissant la céleste rosée ! Ta harpe m'apaisait, tes sublimes récits Ramenaient, éclairaient, enflammaient mes esprits ; N'entendrai-je donc plus que des accents funèbres ? D'où me viendra le jour au sein de ces ténèbres ? Qui pourra dissiper ces ombres, ces terreurs? Qui me rappellera tes chants consolateurs ?
Il retombe dans l'abattement, MICOL
Q.ue ton souffle descende au sein d'une humble femme, O Dieu ! viens éclairer, viens embraser mon âme !
987. Au-dessus du second hcinisiichc, non barre, cette leçon au crayon je t'ai donc repoussé. 40.
Rappelle à mes esprits ces sublimes accents '
Dont autrefois David entremêlait ses chants.
La musique des sacrifices se fait entendre de nouveau. Le roi s'asseoit et paraît écouter avec ravissement.
MICOL récite avec inspiration les vers suivants :
looo Je répandrai mon âme au seuil du sanctuaire,
Seigneur, dans ton nom seul je mettrai mon espoir; Mes cris t'éveilleront, et mon humble prière S'élèvera vers toi comme l'encens du soir !
Dans quel abaissement ma gloire s'est perdue ! 1005 J'erre sur la montagne ainsi qu'un passereau ; Et par tant de rigueurs mon âme confondue, Mon âme est devant toi comme un désert sans eau.
Pour mes fiers ennemis ce deuil est une fête ; Ils se montrent, entre eux, ton Christ humilié.
1009. Ils se montrent, Seigneur, i\/ et L.
999. Dans Alficri, c'est David lui-même qui chante pour apaiser Saûl.
1000. Cf. Psaume XLI, 5 : Haec recordatus sum et effudi in me animam meam — et Ps. CXLI, 3 : EfFundo in conspectu ejus orationem meam.
looi. Ps. XXXII, 21 : QjLiia in eo laetabitur cor nostrum — et in nomine sancto ejus sperabimus.
1002. L'idée se retrouve dans cinquante passages des Psaumes. Pour le dieu qui « s'éveille » cf. Ps. XLIII, 23 : Exsurge. Q.uare obdormis, Domine ?
1003. Ps. CXL, 2 : Dirigatur oratio mea sicut incensum in conspectu tuo.
1004. Peut-être inspiré de Ps. VII, 6.
1005. Ps. X, 2 : transmigra in montem sicut passer.
1007. Ps. CXLII, 6 : Anima mea sicut terra sine aqua tibi.
1008. L'expression « changer les fêtes en deuils » est fréquente dans la Bible, mais non celle-ci.
1009. Ps. II, 2 : Et principes convenerunt in unum — adversus Dominum et adversus Christum ejus. Et Ps. LXXXVIII, 52 : Q.uod exprobaverunt inimici tui, Domine — quod exprobaverunt commutationem Christi tui.