ACTE II
Trydo — c'est vrai. — Tu regrettes Trydo?
Pauvre Gygès I Assieds-toi près de moi.
Réponds-moi. — Tu Faimais !
Gygès se taît toujours.
Gygès ! n'auraîs-tu pour moi Qu'une amitié sans confiance I
— Oh! mon ami Gygès... réponds-moi; parle-moi. Tu l'aimais? —dis?...
GYGÈS, se prend la tête dans les mains et sanglote.
Les nuits d'hiver elle était chaude dans mon lit... Je lui disais : Trydo; elle répondait : Maître. — Moi, je croyais qu'elle m'aimait ; j'étais heureux.
Pauvre Gygès 1
Gandaule, gêné, s'est levé ; soucieux, il marche à grands pas dans le fond de la salle ; à demi voix:
Que me proposes-tu, — inquiète pensée?...
Il ëteint résolument quelques-uns des flambeaux, puis, debout toujours, il se tourne yers Gygès :
Gygès, — sais-tu pourquoi j'avais commencé de t'aimer?
— Toi seul avais compris la beauté de la reine... Pauvre Gygès 1 avant de l'avoir vue,
Tu pouvais croire que ta femme était belle... Mais je t'ai vu soudain qui voyais Nyssia, Et aussitôt Trydo ne t'a plus paru belle.
11 se rapproche de Gygès.
Gygès c'est pour cela que tu l'as tuée, n'est-ce pas?
LE ROI CAlfDAULB
GYGÈS
roil comment peux-tu penser cela?
HeinI suîs-jc pas habile à te saisir ?
GYGÈS
Aussi vrai que je crois en Dieu, cela n^est pas.
LE ROI CANDAULE, se remettant à marcher.
Tu crois à Dieu ?
GYGÈS
Ouï, certes.
Moi pas beaucoup. — Simple toi-même.
Tu n^imagines que des choses simples, Mais moi...
A demi toîz.
Plus hautl parle plus haut, ma plus jeune pensée I Où veux-tu me mener ? admirable Candaule !...
Il marche et éteint encore un flambeau, puis, tourné vers Gygès :
Alors vraiment, c'est parce que...
Cela te gênait donc beaucoup de savoir
Que ta femme ne t'appartenait pas à toi tout seul ?
GYGÈS
C'est pour cela que je Tai tuée —
Et parce que je ne pouvais tuer Tautre.
Noble Gygèsl... C'est curieux...
Faut-il donc posséder si peu de choses.
Pour désirer les posséder si seul ?
... Mais — si l'autre eût été ton ami ?
GYGÈS
roi 1 Comment un ami songeraît-ii à me tromper?
Ouï.,, maïs, s'il eût fait cela sans te tromper?
GYGÈS
Je ne te comprends plus, roi Candaule,
N'importe... Alors tu n'as pas vu la reine ?
GYGÈS
Un peu, si; mais je ne Tai pas regardée.
Alors c'est que tu ne Ta pas vue...
On ne peut pas ne pas la regarder, quand on la voit.
Plus bas, à Gygès.
Elle le sait ; elle ne veut plus qu'on la voie. — Elle
m'a dit :
Cette première fois que j'ai paru soit la dernière.
Il se rapproche de Gygès et plus bas encore .
Gygès... Tu voudrais- voir la reine ?
GYGÈS, comme excédé, se lève ; il feint de n'avoir pas entendu.
A présent, je suis fatigué, laisse-moi. —
LE ROI CANDAULE, le retenant par son yétement.
Gygès... désires-tu voir la reine?
GYGÈS, se dégageant.
Non.
Pourquoi? —
Gygès, — je veux te montrer Nyssia.
iqS le roi gandaule
GYGÈS, violemment, tourné contre Gandaule.
Je ne la veux point voir, moi.
LE ROI GANDAULE, à demi voix.
Ah! situ Tavais vue !...
GYGÈS
Tu ne Taimes donc pas ?
LE ROI GANDAULE
Oh ! mais plus que moi-même !
Aussi ne faudrait-il pas qu'elle sache. • .
Et elle m'aime tant!...
Ceci te dira sa beauté —
Mais, sache-le tout bas :
Il se penche à Toreille de Gygès.
Jamais, jamais, je n'ai désiré d'autres femmes. Son visage n'est rien... Si tu savais, Gygès! — Et sa tendresse! — Et si tu l'entendais alors... Je souffre quand j'entends louer une autre femme Et me dis: c'est parce qu'ils ne la connaissent pas.
— Gygès... veux-tu connaître Nyssia? —
GYGÈS
Quoi! ? Tu veux m'éprouver? — Je ne te comprends pas.
LE ROI GANDAULE
Tant pis. . . Laissons cela...
Ce collier que j'ai mis à ton cou Tous mes serviteurs le connaissent ; Chacun d'eux obéit à celui qui le porte ; C'est le collier du roi; je te le donne.
— De mon amitié tu doutes encore ?