‹ Sauvons le genre humainChapitre 13 sur 27 · IDÉES JUSTES · texte numérisé non relu

IDÉES JUSTES

Pour ne parler que du choix des mots, c*est avec un grand bonheur dexpression que Fourier a donné aux quatre affectives ces épilhètes caractéristiques : L'amitié, affection unisexuelle; l'ambilion, affection cor^ poralive; l'amour, hisexuelle^ et ce terme exclut justement de Tamour toutes ces débauches contre nature, nées de la brulaUlé primitive de l'espèce humaine et destinées à seffacer absolument de la terre. Enfin la famille est qualifiée d'affection consanguine, parce

que la commimauté du sang la caractérise et coBscrre an Ken indissoluble entre ses membres, leftus à ées devoirs réciproques, alors même que la natare n annal mis entre eorx ancane sympatbie.

En fait d'idées la théorie de Fotrrier a été de ki plas grande justesse en décrivant le tan, rmtrainementy la critique, dans les groupes formés sons rinfloence des différentes affectives, comme en ce qiri touche te dédoublement de chacune de c^es passioffô en deux r^sorts, l'un matériel, Tautre spirituel; nous devons confirmer tous ces points de vue.

Ton.

Le ton de Famitié, c'est la confusion, h iiivt^fement, loubli momentané des distinctions socmtes^ en nn mot, V égalité;

Celui de Tamour^ la déférence de Thomme posr la femme.

Le groupe formé sous l'influence de Tambition, c'est-à-dire de la hiérarchie, a pour ton la subordination de Tinférieur à Tégard du supérieur. Autant il serait inconvenant pour le monarque ou le cardinal de garder les prérogatives de leur rang dans un épancbement d'amitié avec un confident^ un intime tel que Sully pour Henri IV, le père Joseph surnommé rËntinence grise pour Richelieu, la fameuseÉminence ronge, autant il messied au camarade, à Tami d'enfance qui se trouve lieutenant dans le régiment où son ami est colonel, avocat devant le tribunal présidé par nn convive de la veille, d'afficher dans les rapports professionnels le ton de la familiarité. Tout groupe a sapas-

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sioB iomqifte, destinée à en régîf les mmfesWions extérieures ; le groupe est harmonique si la tonique est en même teisps la dominante véritable, ou du moins peut s'accorder avec la passion qui est dans les cœurs; le groupe est/on^ si Ton y lail parade, dans les attitudes et dans le langage, d'une passion contraire à l'obj^ véritable de la réunion, c'est*-à-dire si la dominante est incompatible avec la tonique.

Le groupe est faux quand, sous le masque de l'amitié, se cachent des coalitions intéressées, quand on joue l'amour exalté près de la personne pour qui Ton n'éprouve qu'une amitié banale, qus^d on improvise un élan de tendresse pour un parent dédaigné parce qu'il est électeur ou possesseur d un héritage.

Le groupe le plus faux de tous est la liaison d'amour a^arentei dont le ressort véritable est l'espoir pour rhomme d'arriver aux honneurs par la femme, l'espoir pour la femme d'arriver par l'homme à l'argent.

Le ton de la famille est la condescendance des plus âgés pour les plus jeunes, du père et de la mère pour leur enfant, à plus forte raison delà grand'mère et du grand-père pour leur postérité.

Entrainement

Ce que Fourier nomme entratnement n'est quç le ton naturel h chaque groupe, manifesté par l'impulsion qui lui est donnée en cas d'émotion vive. Un plaisir estil à chercher, un danger subit à fuir ?

Les amis s'entraînent en confusion, et cepéle-mèle prend à peu près la forme du cercle.

La femme attirant par le bras rhommeqai résiste ou qui ne marche pas assez vite à son gré, donne à l'ensemble du couple la figure de lellipse.

Dans les groupes d'ambition, le supérieur entraîne les inférieurs. Nous ne pouvons guère observer ce genre d'entraînement que dans 1 armée^ quand le capitaine marche en tèle de sa compagnie, le bras levé, tendu vers l'ennemi, décrivant l'hyperbole avec la pointe de son sabre, et quand son peloton le suit en faisant ventre vers le centre. Cette expression militaire exprime trè's-bien l'ardeur qui tend à faire prendre an groupe d'ambition sa figure naturelle^ en dépit de la tactique rectiligne et de ses théories.

Dans la réunion consacrée au familisme, les enfants entraînent les parents, qui les suivent vers le plaisir, ou qui protègent leur retraite en s'interposant entre eux et le péril. Depuis les ailes de la poule s'oavrant pour abriter sa couvée, jusqu'aux bras étendus du père et de la mère de famille, ce geste de protection dessine uneparabole, ainsi que le groupe tout entier.

Critique.

Le ton général d'une passion se reflète nécessairement dans les observations critiques faites sous son empire.

Les hommes sont rapprochés pour qu'ils s'améliorent par des conseils, des encouragements, des réprimandes. La providence le voulait en créant les groupes, mais la critique n*est à son aise que dans les groupes d'ambition.

Le supérieur critique gravement linférieur.

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L'ami ne saurait jouer un pareil rôle; il est de plainpied avec celui qu'il voudrait avertir d'un défaut ou d'un écart. Où prendrait-il le droit de reproche? Il doit s'en tenir au simple conseil. Un groupe damis a plus de force; lascendant que donne l'autorité régulière lui manque, et il est réduit à plaisanter, mais il ose le faire en masse ; il raille, il absorbe^ comme on dit à TËcole polytechnique, il brime, suivant le lan« gage de Saint-Cyr, le camarade qui n'est pas encore formé.

Tout cela, dans une société encore grossière^ offre des inconvénients, dont les charges appelées d'atelier nous présentent le type excessif; mais réduit à ses proportions légitimes, le contrôle facétieux exercé par le groupe d'amis sur tous ses membres peut et doit être utilisé.

La masse critique facétieusement l'individu. L'amour et la famille ne critiquent pas; tous deux sont aveugles. L'amour ne juge qu'en se contenant et en prenant le ton de l'amitié; il le fait avec douceur, et s'il risque la raillerie de camarade à camarade, il est obligé d'émousser la pointe de ses traits par une dose de câlinerie. La famille, pour juger l'enfant qu'elle idolâtre et dont elle admirerait volontiers jusqu'aux défauts^ est obligée d'emprunter le ton de l'ambition, ^n faisant appel pour cet effort au sentiment de son devoir. L'effort est pénible, il est obligatoire aujourd'hui. Il le sera tant que l'éducation organisée suivant les vues de la nature ne se sera pas chargée de corriger l'enfant, garantissant ainsi au père et à la mère ce droit d'idolâtrer manifestement et sans scrupule, qui n'appartient guère dans ce moment-ci qu'aux aïeules.

En constatant raveuglement naturel à Tamour, qous avons rappelé à la mémoire de bien des lecteurs les vers d!È\idLnitàains\e Misanthrope. Si connus qu ils soient, nous les citerons; c'est un hommage que nous voulons rendre. Molière est un génie qui, par ses écrits voués k la cause de la justice et de la vérité» se serait placé bien haut dans le ciel, si les désordres de sa vie n'avaient arrêté Fessor de son âme à la seconde région aromale. On sentira cependant que sa part est belle, quand on connaîtra mieux la constitution du monde supérieur.

Le misanthrope soutient que Tamour « éclate à ne rien pardonner » et qu'un amant doit avoir grand soin (}e reprocher à sa belle tous les défauts qu'elle peut avoir. Ëliante répond :

L^amour, pour l*ordinaîre, est peu fait à ces lois,

£t Von vpU les amante vanter toujours leur choix.

Jaauûs leur passion n'y voit rien de blâmable^

Ety dans Tobjet aimé, tout leur devient aimable ;

Ils comptent les défauts pour des perfections,

6t savent y donner de favorables umus.

L» pâib est, m% iaraiiffs, en l>l«ficbeur eosipafs^le ;

La noire k faire peur, une brune adoi^le ;

La maigre a de la taille et de la liberté ;

La grasse est, daus son port, pleine de majesté ;

La malpropre sur soi, de peu d'attraits chargée,

Est mise sous le nom de beauté négligée ;

La géante parait une déesse au^ yeux ;

La naine, un abrégé des jnerveiUes des deux ;

L'orgueilleuse a le cœur digne d'une couronne ;

La fourbe a de l'esprit ; la sotte est toute bonne ;

La trop grande parleuse est d'agréable humeur;

Et la muette garde une honnête pudeur.

C'est ainsi qu'un amant, dont l'ardeur est extrême.

Aime jusqu'aux défauts des personnes qu'il aime.

Double ressort des affectives.

Chacune des affectives rattache l'homme, non-seulement aa monde moraU mais aussi k la nature physique. Leur mission est d'élever notre âme, aussi leurs inspirations d'ordre spirituel sont-elles plus nobles que leurs tendances vers la matière ; mais une affective n'est complète dans son essor que si elle nous associe aux deux grands éléments de l'univers, et la passion qui se contente des plaisirs du cœur peut être accusée de duperie, si ce n'est pas en vertu du dévouement quelle accomplit ce sacrifice.

Le ressort spirituel de lamitié est l'affinité de caractère.

Son ressort matériel, la communauté de profession, capable de produire à elle seule une camaraderie qui se distingue peu d'une habitude.

Le ressort spirituel de Tamour est le sentiment inutile à décrire, bien qu'il soit rare dans la vie réelle, qui a pour désignation consacrée amour platonique. Le ressort matériel de la même passion est la sympathie des sens.

L'ambition, dans la sphère spirituelle, aspire aux applaudissements , au commandement, aux honneurs ; dans la sphère matérielle elle produit la soif des richesses.

Enfin, la famille est un sentiment dont le principe est spirituel, car il arrive à s'illusionner assez pour se contenter de Tadoption ; mais l'adoption n'est qu'une pâle image du familisme complet, unissant ^ cette affection protectrice que la différence des âges fait

souvent nattre le ressort matériel de la famille véritable, la communauté du sang.

La famille ne crée pas les âmes, Dieu les envoie ; mais l'organisation matérielle et surtout nerveuse qae le père et la mère lèguent à leurs enfants suffit pour expliquer les ressemblances héréditaires de caractère ; la qualité du cerveau, sans dénaturer les facultés animiques, influe sur leur mode de manifestation et d'exercice ; ajoutons que la sympathie des âmes est, dans les plans divins, une des conditions de formation du groupe familial. Disons enfin que, dausles sociétés incohérentes surtout, la maxime tel fère^ tel fils souffre de trop nombreuses exceptions pour qu'on l'invoque à Tappui du système athée qui ferait de notre âme le résultat fatal d'une copulation charnelle.

On le voit, si la psychologie de Fourier, réduite aux douze passions radicales ou primordiales, a besoin d*être complétée, dans ces limites restreintes, elle est conforme à la nature. Le côté faible et même désastreux pour la propagation de la théorie phalanstérienne, c'est le développement exagéré de l'amour et l'amoindrissement correspondant de la famille dans les institutions sociétaires. Nous sommes chargé de cor- i rîger ce double vice, et nous n'abandonnerons pas | l'analyse de l'attraction passionnelle, sans consacrer deux chapitres spéciaux aux deux passions mineures ; mettre à la réforme la pleine liberté d'amour, faire à la vie de famille une place respectée dans l'association, tels sont les objets les plus essentiels de la mission qni nous est donnée par le ciel.

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