COMPLÉMENT NÉCESSAIRE
â la psychologie de Pourier.
Fourier traitait la morale avec insulte et la philosophie en masse avec ironie.
Les moralistes en particulier, les philosophes ei général, donnent large matière à la critique; mais ils n'en représentent pas moins la manifestation la pins élevée de rinlelligence humaine livrée à elle-même, el cherchant le vrai sans inspiration de Dieu. Ce rôle a sa grandeur, et les efforts tentés dans cette voie, secondés par la révélation indirecte offerte à tout observateur par le tahleau de la nature, ont produit des résultats qui méritaient plus de respect.
La philosophie compte peu de résultats en ce sens qu'elle n*a pas recueilli, dans la même proportion (pie les sciences physiques, des faits précis, démontrés, admis universellement comme vérités; mais ses tendances sont bonnes. Elle combat pour la liberté de la pensée, et, si laliberté delà presse politique doit subir les inconvénients des luttes politiques provoquées par elle, le savant qui cherche le vrai avecTesprit impartial de la science doit être inviolable, non-seulement dans sa pensée elle-même, mais dans les manifestations extérieures de sa pensée.
Laphilosophieaeuses martyrs, doublement héroïques, en ce que la force humaine de la conviction les soutenait seule et que le rayon d en haut ne les électrisait pas. Si Fourier les a méprisés, c'est qu'une faculté manquait à son âme ; il ne les a jamais compris y il r avoue en plus d'un passage. A défaut d'aveu, son petit traité sur le libre arbitre ferait preuve complète d'inaptitude aux questions de métaphysique élevée.
La philosophie ne réduit pas les facultés de l'âme à la passion. Elle dit vrai.
La philosophie, en général, reconnaît à l'homme plus de douze passions. Elle dit vrai.
Mais Fourier, ébloui, enivré par l'inspiration que son âme avait peine k contenir, s'en est tenu à sa psychologie incomplète, par la raison qu'elle se composait d'éléments sûrs quoique insuffisants, que les douze passions radicales lui apparaissaient ce qu'elles sont , les ressorts principaux de la sensibilité humaine, et que ces ressorts lui suffisaient parfaitement pour construire son édifice social.
Il a très-bien observé que la sensibilité tout entière n était pas là; mais, l'inspiration ne le guidant plus, il s'est perdu, pour expliquer la complication des phénomènes moraux et la diversité des caractères, dans des affirmations obscures , formulées en chifi^res auxquels nul de ses disciples n'a jamais rien compris, et qui nous représentent le teneur de livres, la tête farcie de calculs, écrivant encore quand la Providence ne dicte plus.
L'unitéisme est la passion du dévouement, le mobile supérieur des âmes épurées.
Dans ce ressort qui résume les autres, en les raffi-
sant» OB peut distinguer par TaBalyse une tendance i rharmonie entre rhommeet la nature physique— (« sont les cinq passions sensitives — une tendance k rharmonie entre les hommes par les affections — une tesdance h rharmonie entre les œuvres de Thomme et celles de Dieu, par la satisfaction donnée aux distiibtttives.
Mais Tobservation de TheAime le plus illettré e4)istate beaucoup d'autres mobiles. Qu'est-ce que riidépcndance, la confiance en soi*mâme, Tamour des iouanges, l'amour du pouvoir? Est-ce l'ambition telle que Foarier l'a décrite? Ce sont des passions d'ordie secondaire, inégalement développées suivanl lesiadi vidus et dont la réunion forme le groupe désigné en masse par Fourier sous le nom d'amhitioA, quand il envisage le côté spirituel de cette passion, car il Ui attribue avec raison un c6té matériel ^^\ Qsl Vamqur des ricbesses.
Cette indication suffira quant à présent, e^ puisque nous sommes loin de dédaigner les travaux de^ philosopl^es, nous ne leur disputerons pas U mis^ou de compléter le cadre des passions auxiliaires qui s^eraicBi de quatrième degré^ si l'oi^ veut comparer l'uuitéisiae k ui^e souche et considérer les autres subdivisions de la seusibiiité retracées plus haut comme les second et troilième degrés de ramification dans V arbre passiorm^ Cette expression phalanstérienne a sa valeur.
Il ne suffis p^s de compléter l'arbre passionnel. La passion n'est pas tout dans l'âme. L'âme est une flamme qui a sa choeur dans la sensibilité^ sa lumière dans l'intelligence. Par le sentiment, Thomim jouit on souffre; pa^ rint«llig«pce il CQnwit^ «t U r^isom la
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moinn cultivée M confondra pas ces deux phénomfenfes. Noits savons très^bien que, voir un objet» apprendra une nouvelle, sont des faits semblables pour tous irs hommes, et que rémotion agréable où pénible, occasionnée t^r la vue de Tobjet, par la connaissance de l'événement, constitae un autre fait dont le caractère variera suivant les dispositions morales de chacun. €ft n'est pas dépeindre Tâme que laiéser entièrement dMin lombre sa faculté de connaître considérée en général, c'est^à'*dire son inteilifeme^
L'intelligence est indécomposable ; on ne pourrail la diviser sans lui retirer la vie, et si quelques-unes des facttUés que nous allons désigner, la mémoire, par exemple, paraissent éteintes cfaes 1^ vieillards ou che3 les fous, tandis que les autres facultés se perpétuent^ c'est un effet uniquement produit par le mauvais état des organes matériels sans lesquels Tintelligence ne peut agir en ce monde. — Elle est une, mais ses élé*ments, qni né peuvent étne séparés en faii^ peuvent être distingués par Tobservateur. Les voici :
i ^ Ptrcefitmi txiériture. Elle met l'âme en rapport avec ia nature physique, par Tint^médiaire des cinq sens dont <^cun, indépendamment des sensations de plaisir ou de soufiranoe qu'il nous procure, donne à l'esprit certaines notions, bases dès sciences physlqliesv
An nioyen du tact» considéré comme organe de Tin*telligence et non plus comme élément de sensibilité, nous percevons des étendues plus ou moins nom* breuses , pins ou moins grandes^Hdes résisian^en plue ou moins intenses — une température plus ou moins élevée— des formes, dcmt la comparaison nous suggère ridée de la position relative et du mouvement.
La yae, à Texception de la iempératore, dont elle ne donne pas l'équivalent» fournit des notions parfaitement correspondantes dans le monde visible.
Nous devons à l'ouïe la notion du son, diversifiée par les caractères de durée, intensité» tonalité, articolation» timbre, et ces phénomènes en se combinant donnent naissance aux effets matériels de la versification ainsi qu'à ceux de la musique, où la mesure et k rhythme sont complétés par la mélodie et Tharmoflie.
L'odorat et le goût nous donnent des perceptions peu étudiées par les psychologues, qui ont trouvé sans doute les perceptions de l'odorat trop subtiles et celles du goût trop méprisables pour les analyser avec soin Cette analyse doit être faite, car l'homme, en se raffinant, attachera plus d'importance aux émanations dont se charge l'atmosphère et que le roi de la création est loin de percevoir aujourd'hui avec autant de finesse que le chien. Quant au goût, il a trop de valeur, non pas comme satisfaction individuelle égoïste, mais comme contrôleur de la production agricole et comme entremetteur de liens sociaux, pour que l'étude en doive être négligée. L'odorat et le goût reçoivent de perceptions de saveurs et de parfums graduées comme les tons de la musique et capables, par conséquent» de produire quelques effets d'harmonie. Sans préciseriâ les tons de la gamme, soit des parfums, soit des saveurs, nous dirons que l'odorat et le goût joignent aux notions de durée et d'intensité un élément correspondant à la tonalité. La liaison de ces deux sens est, an surplus, si étroite, que sentir, flairer des mets, c'est véritablement les goûter en petite dose.
2^ Perception intérieure ou sens intime. C'est l'iril
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que rame ouvre sur elle-même, la faculté d'observer et de suivre, non plus les phénomènes du monde physique, étranger à nous, mais nos idées, nos sentiments, nos résolutions, dont nous avons parfaitement conscience, alors surtout que nous augmentons la lucidité du sens intime par VaUenliony qui n'est pas une faculté, mais un acte, une intervention de la volonté dans Tordre des faits intellectuels.
3*" Mémoire. Faculté qui permet à Tintelligence de renouveler ses perceptions antérieures, espèce de bibliothèque^ rangée dans le cerveau, suivant un ordre correspondant k la date d'acquisition de chaque idée. Toutes les notions enregistrées par la mémoire ne sont pas inscrites dans Tintelligence elle-même ; le cerveau en conserve une bonne partie, et, quand il cesse d'être propre à ce service, les acquisitions primitives, celles qui remplissent les premiers rayons de la bibliothèque, n'en demeurent pas moins parfaitement intactes. On peut l'observer chez beaucoup de vieillards, dont le cerveau trop plein et trop usé pour garder longtemps les impressions de date récente, retient les souvenirs profondément enfouis de l'enfaDce et de la jeunesse avec autant de fidélité que le sarcophage de la momie égyptienne garde, prêtes à germer encore, les graines qui lui ont été confiées.
Le cerveau conserve des sensations devenues souvenirs, et rame peut les consulter sans en demeurer constamment chargée. En quittant le corps elle y abandonne une partie de ce bagage. Elle a, dans l'autre monde où nous arriverons, le souvenir de sa vie terrestre, des principaux événements qui l'y ont frappée, des affections qu elle y a inspirées ou ressenties ;
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maiSt en entrant dans «ne spbère d'acliviié bien «upèrienre à la n6tre» inondée de perceptioas naayelles et de aeniiinenti nouveaux, elle serait inutilement embarraiiée de mille notions terrestres» exclusivement relatives aux petites fonetisas qu'elle a pn exercer dans ce bas «onde.
i"" Induction. La perception) extérieure ou intérieure, constate des faits. Ce sont des fiiits primitive^ ment observés que la némoire oonserve> avec plus on moins de fidélité, de ténacité, suivant les organisations intellectuelles et physiques. L'induction, préciesi instrument de découverte, introduit dans nos connaissances nn élément nouveau : elle conclut par analogie du connu k Tinconnu. Si vous assistez à la guérison d'une maladie par certains remèdes, vous navez d'abord que la perception de la maladie et des remèdes employés ; plus tard les mêmes notions, plus ou moiss affaiblies, resteront dans votre esprit comme souvenir. Une faculté nouvelle intervient dès le moment où vous induisez du succès d'un remède observé par vous, qae le mémo remède, employé dans une malacUe semblable, en déterminera la guérison. Notre intelligence est organisée pour présumer, pour conjecturer, pour conclure de ce qu'elle sait à ce qu'elle devine ; il est dans sa nature d'admettre que des faits perçus par elle, à l'état de connexité entre eux, seront liés toujours, et cette tendance est une intuition vague de l'organisation unitaire de l'Univers.
Inutile d'ajouter que nous pouvons induire à faux, et que l'induction, tant qu*elle n'est pas confirmée par des expériences directes, est en état de suspicion devant les savants qui la nomment alors hypothèse. Cette
iculêé tie doftBC fMtr elle^éme Aacuiie oMitude; lais ses résttltate, si dotttevx qu'ils soieDC, oui qd atractèreinfiaine&t plus brillani que les constataiioits e la perceptioa extérieure ou intérieure. C'est l'is'*oction qui s'appelle génie chez les esprits trauscea** aats, à bien organisés pour comprendre la natvre et our y saisir les véritables analogies, qu'ils décou^ rent, sur de amples indices, des lois générales incon- .aes à Ions, et dont l'eiaetitnde résiste ensuite à épreuve de tontes les expériences.
L'indaction puisant dans l«s souvenirs, pour les 3ndre, les amalgamer, et pressentir Teffet dramatique tt pittOTosque résultant de ces combinaisons, vieilles ans leurs éléments, neuves dans leur forme, est neia^ née imagination par le langage usuel.
ë"" Raison pure. C'est le terme le plus général»neat admis, car la philosophie n'a pas de langue ixée, pour désigner une facallé perceptive d'ordre supérieur, oorrespondant à la passion unitéisme, et ui fournissant des aliments, comme la perceptioa extérieure, servie par les organes des sens, est ea corespondance avec les cinq passions sensitives. La per* ieptioB, eitérieure ou intérieure, donne à l'âme la lotion des faits présents, la mémoire celle dés faits )assés, l'induction celle des faits k venir, autant du Qoins qu'on peut appeler fiotion de simples conjectures. La raison pure, absorbant les distinctions d« [>assé, du présent et de l'avenir» nous fournit, dans la limite bornée de notre nature, la notion de ce qui est Hernel, le wat, le beau et le bien. Elle nous rapproche de Dieu par la oonnaissance, comme l'unitétsme nous en rapproche par l'amour. La notion éternelle da
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vrai, dégagée de tontes les circonstances éphémères qui ont donné à nos facoltés la simple occasion de la concevoir, c'est la perception de Dieu, comme substance universelle, espace infini, temps éternel, cause toute-puissante. Cette perception, confase encore dans les esprits, ne donne guère qu'une idée précise, cest qu'il y a une substance, un espace, un temps sans limites, une puissance indépendante de toute autre; que ces idées sont absolument nécessaires ; que des suppositions contraires nous seraient impossibles. C'est à peu près tout ce que Tesprit humain , dans Tétat actuel de l'humanité, peut savoir.
L'idée du beauy élevée au-dessus de ses manifesta^ tions dans les créatures, n'est pas chez nous beaucoup mieui saisie. Nous savons pourtant que le vrai» le beau absolus ont la même source, qulls rayonnent da même être, que cet être est Dieu, dont la forme nous est inconnue, mais qui nous laisse admirer pourtant la mer, le ciel et les constellations, coname les plis trat^ nants de sa robe.
La raison pure nous fait connaître le bien, et siToB veut distinguer dans les éléments de cette facultésopè' rieure, on trouvera que la perception du bien, réduite aui proportions de notre conduite en cette vie, constitue ce que la langue ordinaire appelle conscience^ comme il existe dans les éléments spéciaux de la passion unitéisme, composée aussi d'amour pour la science, pour les arts, pour le merveilleux, pour la religion, nn sentiment moral proprement dit, correspondant à la faculté intellectuelle conscience, récompensant les belles actions chez leur auteur même par la satisfaction da devoir accompli, punissantlemalfaiteurpar le remords,
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décernant lestime aux gens de bien, nous indignant contre les coupables.
Le Créateur nous a donné la conscience, comme un instrument de précision^ qui peut être altéré, faussé, rendu impropre au service. Elle se perfectionne par l'usage chez Tindividu ; elle s améliore par degrés dans rhumanité intelligente. Il n'est pas de crime odieux qui n'ait été déclaré vertu chez quelque peuple, sous la pression de quelque intérêt spécial de nation, de caste, ou de parti. Mais la conscience n'en gravite pas moins, dans son développement, yers des principes sûrs. Elle enseignera plus clairement chaque jour, à mesure qu'on la consultera mieux, non les macérations et sacrifices inutiles (Dieu n'appréciant pas les efforts en vertu de la difficulté qu'on s'est créée soi-même, sans but social).
Mais le développement intégral de toutes les facultés physiques, morales et intellectuelles de chaque indi* vidu, développement harmonieux, ne détruisant aucua élément de l'homme au profit d'un autre.
Et soumis à cette double règle de subordonner les sens à Tâme, la recherche du plaisir individuel à celle du bonheur collectif.
De la volonté.
Cette faculté de l'âme, la seule spontanée, la seule vraiment active, la seule responsable, et par conséquent la seule qui, dans l'estime de Dieu et dans celle des hommes, puisse nous élever ou nous faire déchoir, n'est pas seulement omise par Fourier, comme il a
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omis Inintelligence; elle est suptiritnée. Le vice «SBentiel de son système est dans cette snppmniion. ^m n'avons pas besoin de nons engager dans une hnpv. dissertation snr la nature et les fonctions de la volooté. Chacun la sent en soi-même et distingue si clûreme&t ses décisions d*ifne peine ou d un plaisir éproam. tomme d'une idée nouvelle acquise» que nous doq< contenterons de rétablir ici la place <t le nom de cette faculté, pour aborder des questions plus neuves.