VIE OOLLEGTIVE DE L'HUMANITÉ
Une âme humaine est un principe de vie complet, aux yeux de cbux qui ne pomèdent pas la notion de la vie générale et qui, voyant chaque individu dans le tmn d'une seule existeiiee terrestre, ignorent les liens qui le rattadient h un organisme plus général. Les religions enseignent bien que notre destinée ne se borne pas k la carrière parcourue ici-bas, chacun le repète machinalement; mais le Chinois voit dans soi empire céleste du milieu \e monde presque entier; l'Européen, se croyant plus sage, se plaît à penser que la petite Terre est seule habitée dans l'Univers , ei tout homme se persuade que son être actuel, avec ses pèftthaiits> sea /souvenirs, ses affections, son sexe, forme un élément complet, invariable, éternel.
L'immortalité de Tâine est une vérité, mais non pas dans ces conditions étroites. Toute âme est liée au monde des âmes : plus spécialement, tout élément de
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fauiiMuiUé terrei^tre appiurtiei\t à cette humanité, est solidaire de ses progrès» de ^s souffrances, et a joué les rôles, beaucoup plus différents entre eux qu on ne le (oppose, dans le développement successif du genre lomam.
i,'h«naanUé fornae ^^ être collectif appelé, como^e 'âme individuelle dans chacune de ses incarnations, i fournir sur le globe une carrière, où l'on retrouve les [>hases âuivwtes, conformes à la loi de la série.
Apogée
maturité
Aile ascendante Aile descendante
jeunesse du-lin
Aileron ascendant Aileron descendant
enfance caducité
Transition antérieure Tri^isitioii postérieure
naissanee mort
L'humanité n*est pas sortie de Tenfance; elle n'a pas encore défriché, peuplé tout son globe, n'a pas fondu ses divers dialectes en une seule langue, comprise d'un bout de la terre à l'autre; et, bien loin d'être parvenue à réunir tous les peuples sous une administration unique et centrale, condition sans laquelle son activité ne peut s'exercer avec ordre, économie, avec le caractère de raison propre à l'âge mûr, elle n'est pas bien s&re, et tant s'en faut, d'avoir aboli la guerre dans le continent européen et d'y avoir posé les bases d'une entente un peu durable entre les nations.
Suivant Fourier, que nous reprenons ici pour guide, parce qu'il est guidé lui-même ici par la nature et la vérité, l'enfance de l'huiaanité offre elle-même des phases diverses, des périodes soumises à der formas
d'organisation sociale différentes, et dont les unes ap^ partiennent au passé, les antres an présent, les dernières à Tavenir, si bien qu'il est donné à l'esprit noï pas de les décrire comme réalisées^ mais de les pressentir, de les prévoir, comme résultat naturel du développement acquis à l'humanité pendant les période antérieures.
Edeniame Haimoiiie ébancb&
Etat sauTage Garantisme
État patriarchal Ciyilisation
Barbarie
Telles sont les sept formes de société qui se devinent dans la carrière de Thumanité encore enfant. L'ordre matériel dans lequel nous plaçons leurs noms a pour objet de rappeler qu'il y a décadence de TËdénisme à l'État barbare, en fait de bonheur et de liberté, progrès au contraire^ sous ces deux rapports, de ia Barbarie à l'Harmonie, destinée du genre humain, dont l'enfance de l'humanité renferme l'ébauche, comme transition de l'enfance à la jeunesse.
Nous allons esquisser le tableau de ces différentes formes sociales, en suivant de près Fourier, en le complétant le mieux que nous pourrons par des exemples historiques, et en osant le rectifier autant de fois que la vérité l'exigera.
Un des grand services rendus par Fourier, dans sa description parfaitement juste du développement des !
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fermes sodaleg ea ce inonde^ a été Ae combattre cette idée, produite il la fin du xviii siècle, et d'après laquelle rhumanité suivrait une ligne progressive contiiiue, semblable à la ligne droite. On s'est pin ^ croire, à cause du progrès dont on était spectateur, et du tableau de la civilisation, se perfectionnant à vue d'œil en détruisant Tordre féodal, que la même marche avait toujours été suivie et que le commencement du monde correspondait à l'état de brutalité le plas grossier. Cela n*est pas vrai; Thumanité, comme toos les êtres vivants, offre, dans les phases de sa carrière, une gradation beaucoup plus rapprochée, si Ton veut employer les comparaisons géométriques, de la ligne courbe que de la ligne droite. L'humanité aurait débuté par le degré le plus bas de l'ignorance, de l'abrutissement et de la misère, si l'humanité était seule dans l'univers; mais elle est fille de Dieu, qui a dû soigner le berceau de son enfant. Le père ne dit pas ikson enfant: tu es faible, tu ignores tout et tes organes nepeurent pas encore servir ton âme. Eh bien! je t'abandonne à tes forces qui n'existent pas ; tâche de te défendre contre tous les dangers et de gagner ta vie si tu peux. — Yoilà pourtant ce que le Dieu des partisans du progrès indéfini et continu de l'humanité aurait dû dire, et la nature en est révoltée. Il faut être athée pour ne pas comprendre que le premier groupe humain a été préservé des maux contre lesquels il ne pouvait pas lutter encore. La tradition s'accorde ici avec le bons sens. LesGrecs et les Romains admettaient comme un dogme de leur poésie, si ce n'est de leur religion même, que l'humanité était descendue d'un état de bonheur primitif» appelé âge d'or, aux âges
d'argent, d'airain, de fer. Le christianisme est infiniment plas précis dans ses affirmations, et, à la condition de les interpréter, on les trouve exactemeat vraies. L'homme a été placé dans un jardin, c'est-àdire dans une région tempérée, arrosée par de grands fleuves, abondante en végétation naturelle. L'homme n'y travaillait pas, attendu que les productions spontanées de la terre suffisaient à sa subsistance, et qoe ses sens peu développés ne connaissaient que des besoins extrêmement restreints. L'homme y vivait en bon accord avec tous les animaux ; cela signifie que, dans cette région, éloignée des pôles et qui n'est pas non plus sous l'équateur, les bêtes féroces ne se rencontraient pas plus que les intempéries excessives et les plantes vénéneuses, productions des climats excentriques. On vivait librement des fruits abondants du sol, sans avoir besoin d'en régler le partage. Il n'y avait donc ni pauvres ni riches. Les hommes vivaient en paix, non pas en vertu d'un développement intellectuel et affectif, réservé aux générations qui ne sont pas encore nées aujourd'hui, mais parce que leurs intérêts ne pouvaient jamais se heurter. L'idée de verser le sang, même le sang des animaux, ne leur était pas venue. Ce sont les besoins de la chasse qui ont suggéré l'invention des premières armes, et dans l'ordre social, ébauché seulement, que Fourier nomme très-ingénieusement édenismef on ne chassait ni les bêles féroces, parce qu'on n'en rencontrait pas, ni le gibier, parce que les végétaux se présentaient partout à la main de l'homme. .
L'humanité n'étant pas encore arrivée, même aujourd'hui, il l'état d'unité administrative! qui corres^
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pond, chez elle, aa plein développement de Torgani- ;alion physique et morale dansTindividuJes difTérentes aatîons n'ont pas traversé jusqu'à présent toutes les phases sociales avec ensemble. Il y a eu des traînards attardés dans Tétat sauvage, patriarcal ou barbare, pendant que la tête de colonne du genre humain entrait en civilisation, pi us ou moins avancée. L*édenisme s'est perpétué lui-même, en se dénaturant et en se mélangeant avec plusieurs caractères de la sauvagerie. C'est ainsi que les navigateurs modernes en ont trouvé nn dernier vestige à Otahiti, où l'abondance matérielle, résultant de la multiplication de larbre à pain, prévenait la férocité des mœurs, développée dans les autres parties de la mer du Sud.
Nous faisons cette observation, après Fourier, afin de rappeler aux moralistes que la morale ne suffit pas à tout, et que si nous avons protesté contre la foi exclusive des phalanstériens dans le jeu de ce qu'ils appellent mécanisme social, ce n*est point pour que les directeurs du peuple se croient dispensés de faciliter Texercice de la vertu par l'abondance universelle.
On a tiré de la parole du Christ des conséquences d'une austérité exagérée, aboutissant dans leur appli* cation à de grandes hypocrisies. On a tiré de la science sociale de Fourier la destruction de toute idée d'obligation, de devoir, de sacrifice. La justice veut que ces deux enseignements se concilient, lisseront conciliés, quand les fouriéristes renonceront à sauver de la destruction tout le système de Fourier, et quand les chré-tiens auront plus de foi dans TÉvangile que dans les altérations faites de ce livre par des interprètes sans mission.
L'édenisme ne présentait qo'nn déveioppement minime de rétre hamain, sous le rapport de rintelligeace et du cœur. II réalisait plus de bonheur et de liberté que les périodes suivantes, à cause de la protection diviiK et nullement à cause des qualités de laoEie huioaiBe encore à Tétat de germe. Les relations sexaelles n'y offraient qu'un mélange confus et n'y respectaient pas les prohibitions qui conservent lesentimeot de famiDe; mais cette promiscuité, dont la Bible a gardé rindicalion en mentionnant les mariages des premiers fils d*Adam avec leurs sxurs, ne doit jamais être présenlée comme excusable aux hommes civilisés^ plus éclairés et plus rapprochés» non plus éloignés, de la véritable nature.