SÉRIE
DÉFIIVITIOX OK I.A SKRIE^
Le priQcipe élémentaire sur lequel repose la loi scriaire, c'est que tout, dans l'univers» est classé par divisions et subdivisions, par divisions générales et peu nombreuses d'abord, mais dont chacune contient plusieurs compartiments; ces compartiments eux-mêmes en renferment d'autres, si bien que de l'unité collective, de Dieu, on arrive par une gradation hiérarchique aux êtres les plus nombreux et tes plus minimes. Du centre de l'univers, la vie se répand d'abord par des artères ou canaux en petit nombre, mais très-larges; ces canaux se bifurquent, se ramifient^ en diminuant de volume jusqu'à devenir capillaires, si bien que l'organisation du monde pourrait être figurée par une rosace arborisée.
Les naturalistes ont très-bien reconnu que tout» dans l'univers, est classé par divisions et subdivisioBs; eux-mêmes ont porté ce plan dans leur» méthodes et divisent aujourd'hui la nature en règnes; ceux-ci en embranchements, puis en classes, en ordres, en familles, en tribus, genres, sous-genres, espèces, vsHiétés, individus.
Suivant cette gradation, ils distinguent dans l'ani-^ vers deux règnes, l'organique et l'inorganique ; dans le règne organique, la zoologie consacrée aux animaux, et la botanique étude des plantes.
Dans la zoologie se forment qtiatre embranchements :
les vertébrés^ lesarticolés, les mollusques, les rayonnes.
Dans les vertébrés quatre classes : les mammifères, les oiseaux, les reptiles et les poissons.
Dans les mammifères, dix ordres : les bimanes, les quadrumanes, les carnassiers, rongeurs^ édentés, marsupiaux, pachydermes, solipèdes« ruminants et cétacés, etc.
Le plan reconnu par les naturalistes dans T univers, Fourier le constate aussi ; tout, à se^ yeux, est classé par divisions et subdivisions; il appelle la division générale Série; la subdivision ou division particulière, il h nomme groupe.
La série, le groupe, l'individu, voilà trois termes compris les uns dans les autres avec une gradation régulière; la hiérarchie peut avoir plus d'étages; souvent la classification comprend plus de trois termes. Aussi Fourier distingue-t-iï, parmi les séries ou collections de groupes, des séries de classes comprenant des séries d'ordres, de genres, d'espèces, de variétés, de ténuités, de minimités. Ces termes difi'èrent en quelques points de ceux des naturalistes, mais le principe est identiquement le même, et la différence des nomenclatures serait facilement conciliée.
La division et la subdivision se trouvent à tous les degrés de la série^ jusque dans le groupe qui se partage en individus. L'individu lui-même subit la loi générale : il est composé de parties, et, bien que ces parties ne puissent pas se séparer les unes des autres sans périr, la division et la subdivision sont nettement indiquées dans la forme intérieure et extérieure de tous les êtres.
La distribution de la nature> sous quelque rapport
it gsnrb Buiiàm. SS
qu on la considère, nous a présenté l'aspect de plusieurs branches partant d'un centre commun, puis sedivisant en rameaux qui aboutissent à des houppes déliées. L'ensemble est une rosace qui se ramifie k l'infini. L'élément radical de cette figure, la forme suivant laquelle se répand la vie, est un tronc qui se partage, c'est la bifurcation, la foarche, l'y grec.
Tout être que l'on envisage isolément ^ que Ton extrait du réseau de l'arborisation universelle, présente lui-même la fourche, l'T, pour type générateur de son corps. Si l'être est complexe, richement organiséy la tige qui forme le pivot, l'élément principal de la figure, se bifurque à ses deux extrémités, et les rameaux principaux se partagent eux-mêmes en plusieurs parties. De la bifurcation simple, on arrive à la ramification dans plusieurs sens, à larborisation complète.
Cette forme plus ou moins développée est imprimée partout. La terre nous présente, à la vérité, la figure sphérique, mais elle n'est qu'une molécule de l'ensemble sidéral, elle fait partie d'un monde divisé, subdivisé. Si nous tirons des lignes du soleil, pivot de notre univers y aux planètes, de celles-ci à leurs satellites, nous obtiendrons la figure indiquée plus haut dune rosace arborisée. Ces lignes existent réellement^ ce sont les courants d'attraction matérielle qui unissent les astres, et les cordons aromaux qui sont entre les âmes sidérales des organes de relations supérieures. Dans l'intérieur de notre globe, habitation et non corps de Tàme de la terre, les éléments d'organisation vitale sont rudimentaires et très-inférieurs à la végétation. Toutefois, on y remarque déjà l'empreinte de
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«lie ifttelligeiae créairice qai divise h malière en y péftétrftDi po«r la façonner. C'est à Tétat de ramificalion ^e se présentent les os de la terre, les couches de rockers, les filons de métaux, et le sang de la tem, les sources. Le rocher, la source conservent cette disposition quand ils «irgissent k la surface du sol. La chaîne de monta§;nes est un tronc qui se ranaifie. Ainsi les Alpes ^voient des branches appelées chaînons, dans la Suisse^ l'Italie et la France. La forme, tracée en relief par les sommets des chaises et chatnoBs, s'imprine ea creux dans les vallées et sera forcément reproduite par les fleuves, qui suivent les niveaux les plus bas ; k Teau courante le terrain sert de naoale. Vers le lit du fleuve, qu'on pourrait peur analogie appeler tronc, convergent des affluents; de ce lit divergent plusieurs embouchures.
Dans les végétaux, la vie circule d'après les mêmes lois« La ramification affectée par les canaux qui répan* dent la sève est aussi reproduite par la forme extérieure de la plante, et, pour c<msidérer la végétation dans sa manifestation la plus vigoureuse, par la forme de Tarbre. Son tronc se divise et se subdivise aux deux extrémités, d'une part en racines, de Tautre en branches.
La forme génératrice de l'arbre et Temploi de ce type dans Téconomie universelle ont été bien sentis, Ûen exprimés par M. Victor Hugo» dans son ouvrage sur le Rhin. Nous rapportons ce passage pour ajouter an prestige d une idée vraie celui d'un nom célèbre et d'un beau style :
« Rien ne se ressemble moins, en apparence, qu'an « arbre et un fleuve; au fond pourtant Tarbre et le 4 fleuve ont la même ligne génératrice. Examines Thi-
LE GSNilE fflllMÂlN. il
« ver ua arbre dépeniilé de ses feniltes, et eonehee-le « en esprit à plat sur fe^el» vous aurez Taspeci i'nn « fleave, va par un §éaat à vol 4*oiseau. Le trwe de « Tarbre, ee sera le fleuve ; les grosses branches, ot « sont les rivières ; les rameaux et les ra'BiiESCiiIes, /eâ « sont les torrents, les ruisseuix et lessourees; Téiar- « gissema^t de la raeine, ee sera remboochure. Tou» « les fleuves, vus sur une carte géo^aphique, sont « des arbres qiti portent des villes, taatèi à Hexiré^ « mité des rameaux, oonnne des fruits ; tantôt dans « Tentre-Kleux des branches, comme des nids ; et lears < confluents et leurs affluents innombrables imitent, ce suivant l'inclinaison dee v^r^mts et la nâ(ture dee (X terrains^ les embrs^cbemeats variés des difier^tes <t espèces végétales, qui toutes, comme en sait, tience nent leurs jets pjus ou moins écartés de la tige, « selon la force spéciale de leur séveet la densité 4e « leur bois. Il est remarquable que, si Ton considère le a Rhin de cette façon, Tidée royale qui semble attaa chée II ee robuste fleuve ne Tabandonne pas. L'Y de « pr^ne tous les affluents du Rhin, de la Mnrg, du « Neckar, du Meia, de la Nahe, de laLaba, d^ la « Moselle et de FAar , a une ouverture d'environ « 90 degrés. Bingen, Niederlafanstein, Cobientz sont a dans des angles droits. Si Ton redresse par la p^- (( sée, debout sur le sol, l'immense silhouette géemé-* « traie du fleuve^ le Rhin apparaît portant toutes ses a rivières à brae t^du, et prend la figure d'un chêne. « Les innombrables ruisseaux dans lesquels il se divise « avant d'arriver à l'Oeéan sont ses racines mises « à nu. »
Dans cette comparaison nous ne reprendrons qu'un
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poiat : Tauteur a sacrifié à la ressemblance matérielle Tanalogie véritable ; ce sont les sources et les affluents du fleuve qui font pour lui fonction de racines en alimentant la vie, et cette vie se répand, s*épanoaitaa debors par les embouchures qui sont des branches.
Du système sidéral, de la montagne» du fleuve, passons à rhomme : son corps est engendré par le même principe , division , subdivision i et par les mêmes lignes; on les trouve dans les éléments ostéologiques, nerveux et vasculeui de son anatomie.
Gomme le végétal reproduit, dans sa forme extérieure et dans son ensemble, le caractère de ses parties intérieures, la figure générale de l'homme semble modelée sur celle d un tronçon de nerfs ou de vaisseaux. Le corps de Thomme est un tronc qui a pour branches les bras et les jambes^ pour rameaux les doigts des pieds et des mains.
De l'identité de la figure élémentaire qui forme tous les décors d'un paysage, montagnes, rivières, végétation et toutes les parties intérieures ou extérieures de rhomme, il doit résulter que la campagne offre des aspects analogues à ceux de l'organisation vitale. Rien n*est plus vrai; vue du haut d'une montagne, mieux encore d'un aérostat ou sur Téchelle minime des cartes topographiques, la nature entière imite une section de corps vivant : les collines, la terre végétale sont des masses musculaires que les rochers soutiennent comme des os ; les rivières circulent, se croisent, comme des veines et des artères. Les routes blanchâtres, également ramifiées, sont des nerfs, et l'analogie n'est pas seulement dans la figure, elle est aussi dans la fonction : comme l'artère, le fleuve porte et ranime la vie ; comme
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le nerf 9 la grande route, avec les voyageurs et les dépèches, transmet la pensée et le signal du mouvement.
Une fois en possession de la forme humaine, il suffit de placer ce type dans diverses positions et de le modifier légèrement pour obtenir le moule de tous les animaux. Il est horizontal au lieu d'être vertical chez la plupart des mammifères, chez les lézards ; la bifurcation se montre chez la tortue, les crustacés, notamment Técrevisse.
Le même système, apparent chez les insectes, se dé^ ploie chez les oiseaux, est comprimé chez les poissons. Les espèces dont la figure intérieure ou extérieure ne présente pas la trace évidente de la ramification , rhuttrepar exemple, correspondent aux plus bas degrés de la vie. L'organisation sériaire, étrangère à la matière, est Tœuvre de Tesprit qui s'y introduit et la divise, en y faisant entrer comme des rayons.
Il est déjà reconnu instinctivement que le classement par divisions et subdivisions est adopté par la nature, par Dieu. Aussi les hommes Tappliquent-ils à leurs œuvres, quand ils veulent y porter Tordre. C'est la base de la logique; c*est d'après cette loi que le rbétoricien distribue les parties du discours.
Si Fourier s'était contenté de proclamer ce principe, en remplaçant, le mot division par celui de sértej le mot subdivision par celui de groupe^ la loi Sériaire ne serait nullement une découverte.
Mais Fourier, dans toute collection d'êtres, a signalé deux faits généraux, fertiles en conséquences : h pivot 9 la transition. Nous allons expliquer ces termes.
Se borner, pour classer les êtres, à diviser, à subdiviser, c'est laisser croire que les objets rangés dans
une case, dans une subdmsioa» éans nu ^oupe, sont tout à fait semblables entre eux et loat à foit dépourvas de points de contaet avee les ebjets placés dans ane antre case. €es denx idées ne sont pas justes. Dam tout groupe d'individus ou dans toute série de gr^spes, on distingue facilement un éH*e oaradérisé pks fortement que les autres; il résume complètement, énergiquement, toutes les propriétés du groupe ou de la série. Tel est, sauf meilleur exemple, laigle parmi les oiseaax rapaceSy le coq parmi les gallinacés , le chêne au sein des quercinées. Ce groupe^ si nous opérons sur dfs groupes, est le pivot de la série» il doit être placé aa centre ; les autres groupes, placés sur deux ailes» dégénèrent par degrés et s*écartent du type commun , en suivant une progression ascendante et descendante, dont les tuyaux d'orgue sont la plus juste image. Trois groupes ainsi classés nous donnent une série élémentaire^ ayant un centre ou pivot entre deux ailes> Tune ascendante, Vautre descendante. Si les termes de la série sont plus nombreux, les deux extrémités pourront se partager en ailes et en ailerons.
Nous avons constaté l'existence du centre ou pivot, rinégalité graduée dans la série; il faut signaler aussi Texistence de la transition ou lien avec les groupes extérieurs. La transition n'est que l'emploi d'un fait admis par tout le monde, Texistence des exceptions.
Avant Charles Fourier, chacun tenait pour vrai, même pour proverbial, qu'il n'y a pas de règle sans exception. Fourier, tout en reproduisant cette affirmation, ne s'y est pas borné : il a évalué Texception, Ta expliquée, Ta utilisée.
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II l'a évalaée, en charekant dans quelle pr<^portid& 3Ue intervenait dans tous les ordres de faits* L'exeep» ion, sniyant ses calculs, varie du tiers au centième, nais elle est généralement du huitième.
Après avoir évalué lexception, Fourier Ta eipli* jttée : les lois de la nature ne souffrent aucune exception» en ce sens qu'elles soUicHent toujours les êtres jui leur sont soumis, de la même manière, et les attirent dans la même direction. Mais souvent deux lois concourent et veulent exercer leur influence sur un même fait ; de celte combinaison naissent des phénomènes participant de deux natures, et qu'on peut appeler ambigus, c'est-à-dire doubles. Ainsi s'explique toat fait exceptionnel, et jusqu'à la naissance des monstres.
Quel est, dans Tordre universel, remploi de l'exception, de l'ambigu? Appartenant également à deux ordres de faits, il sert à les relier ensemble, à les enchaîner. Entre le quadrupède et Toiseau, se trouve la chauve-souris; entre le poisson et l'oiseau, le poisson volant; entre le quadrupède et le poisson, les amphibies; entre le jour et la nuit, l'aube et le crépuscule; entre la France du centre et l'Allemagne, l'Alsace; entre cette France centrale et la Belgique, la Flandre. Dès lors rien de décousu, d'interrompu dans l'univers : l'exception, l'ambigu est une transition.
La distribution sériaire que nous sommes appelé à expliquer dans son essence, au début d'un prochain ouvrage, n'a été décrite à peu près complètement que par Fourier ; seul il en a fait ressortir les conséquences industrielles. Cette distribution toutefois est manifestée si clairement par les œuvres de la nature, que tons
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les grands naturalistes Tont approximée. Boffoo, daos plusieurs passages, s'étend sur le rôle des êtres ambigus, qui nouent la chatne des créations et empêchent Tuniversde présenter des lacunes. Uaffirmeque, dans une classification conforme à la nature, toute collection doit offrir un centre et des ailes graduées : < A^ « semblons, pour un instant, dit cet écrivain, tous les « animaux quadrupèdes; faisons-en un groupe, on « plutôt formons-en une troupe, dont les intervalles <c et les rangs représentent à peu près la proximité c ou Téloignement qui se trouve entre chaqoe c espèce ; plaçons au centre les genres les plas noma breuxy et sur les flancs, sur les ailes^ ceax qui k c sont le moins; resserrons-les tous dans le plus petit « espace, afin de les mieitx voir^ et nous trouverons « qu'il n'est pas possible d'arrondir cette enceinte; c que, quoique tous les animaux quadrupèdes tiennent c entre eux de plus près qu'ils ne tiennent aux autres
< êtres, il s'en trouve néanmoins un grand nombre « qui font des pointes au dehors et semblent s'élancer c pour atteindre à d'autres classes de la nature. Les
< singes tendent à s'approcher de l'homme, et s'en c approchent en effet de très-près; les chauves-soaris a sont les singes des oiseaux, qu'elles imitent par leur a vol ; les porcS'épics, les hérissons, par les tuyaux <K dont ils sont couverts , semblent nous indiquer que c les plumes pourraient apparteair à d'autres qu'aai f oiseaux ; les tatous, par leur test écailleux, s'appro- « chent de la tortue et des crustacés ; les castors, par c les écailles de leur queue, ressemblent aux poissons; c les fourmilliers, par leur espèce de bec ou de trompe « sans dents et par leur longue langue, nous rappel-
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( leût encore les oiseaax ; enfin les phoques, les morses « et les lamantins font an petit corps à part, qui « forme la pointe la plus saillante pour arriver aux c cétacés. x>
La loi siriaire^ entcevue par Buffon, décrite avec précision par Fonrier, e$i le principe suivant lequel le monde est classé par divisions hiérarchiques, dont chacune est graduée autour d^un pivot, et se lie par des TRANSITIONS aux collections extérieures.