‹ Savoie-Sardaigne et Mantoue (volume 2)Chapitre 108 sur 223 · REMISE DE LA PRINCESSE MARIE-ADÉLAÎDE · texte numérisé non relu

REMISE DE LA PRINCESSE MARIE-ADÉLAÎDE

Turin, qui auront été chaînés de la conduite de la princesse^ du gré que Sa Majesté leur sait du soin qu'ils en ont pris ; et, s'ils lui demandent pour leur décharge un acte contenant que cette princesse a été remise par eux entre ses mains, il le donnera sans difficulté, selon le pouvoir que Sa Majesté fait joindre à cette instruction. \

Il présentera aussi à cette princesse les présents destinés par Sa Majesté pour les officiers de Savoie qui l'auront accompagnée ; il les distribuera suivant ses ordres, aussi bien que la somme réglée par Sa Majesté pour les officiers qui l'auront servie.

Et, quant à ce qui regarde les honneurs qui lui seront rendus par les troupes de Sa Majesté qui pourront se trouver sur sa route. Sa Majesté ordonne à ceux qui les commandent de se conformer à ce que le comte de Brionne leur fera savoir.

Fait à Versailles, le 10 septembre 1696.

Une des premières questions qui se posèrent, après le rétablisse- 'inent de la paix, fut le choix d'un ambassadeur pour représenter le Roi à Turin. De tout temps, le poste avait été difficile. Les Envoyés étrangers y étaient tenus en état de suspicion et n'arrivaient qu'à ^and'peîne à se renseigner et à gagner quelque influence. La question était encore plus embarrassante depuis les incidents qui avaient marqué l'année 1690 et avec un Prince d'un caractère aussi dirfïcile et aussi soupçonneux que Victor-Amédée. L'abbé d'Estrades, d'Arcy, Rébenac s'étaient & son gré trop immiscés dans ses affaires. D'autre part, il ne voulait plus d'un ecclésiastique '. Il s'expliqua très neltemeut à ce sujet au comte de Tessé au moment de l'échange des ratifications: < Au moins >, avait-il dit, a suppliez le Roi de me donner .* un ambassadeur qui nous laisse en repos avec nos moutons, nos

• femmes, nos mères, nos maîtresses et nos domestiques ; le cUar-

• bonnier doit être le patron dans sa cassine ; et depuis le jour que

• j'ai eu l'usage de raison, jusqu'au jour que j'ai eu le malheur

< d'entrer dans cette malheureuse guerre, il ne s'est quasi pas passé

• une semaine que l'on n'ait exigé de moi dix choses où, lorsque je

< n'en ai accordé que neuf, l'on m'a menacé. Vous entendez bien, '0U5 en dire davantage, ce que cela signifie *. >

k Cf. Mémoiru tU Sainl-Simon, édition Boiilùle, (, tV, p. 31, note 5. \k Tmé au Roi, !•' juillet 1696. DépAt de k guerre, lolmne 1372.

)9Û LE COMTE DE BRIOBD, 16i)7-IC99.

Le comte de Briord ', premier écuver de M. le Prince, fui désigné pour remplir ces délicates Tonctions. • Le sujet était bon ; Briord € était sage, honnête homme et n'était pas incapable'. » Le nouvel ambassadeur devait avoir pour principale occupation de travailler au maintien de ta paix en Italie, et de dissuader le Duc de Savoie de tout projet de nature & troubler le statu quo.

Dans ses rapports avec Victor-Amédée, il devait user de préférence des moyens de douceur, procéder par voie d'insinuation, assurer le Prince du désir qu'avait le Roi de procurer ses avantages et, en même temps, chercher à gagner saconBance- Les efforts de l'Envoyé de Louis XIV semblent avoir produit d'heureux résultats si l'on en juge par les passages suivants de lettres écrites de Turin, les 30 et !i4 jnin 1699, par le comte de Tessë au marquis de Torcy et au Itoi :

• Il est certain que la patience, la sagesse, et la manière convenable H que M. le comte de Briord a prises ici, ont ramené le Prince auquel c il a affaire, non pas encore à ce qui seroit désirable, mais au moins

> & une façon d'agir tolérable *. > — • Quant à votre ambassadeur, « Votre Majesté ne pouvoit certainement choisir un plus sage

• ministre, ni plus convenable dans un beu où, pour ptïu que l'on « fût susceptible d'humeur, votre service en p&tirait. J'ai mandv à « Votre Majesté que j'avois entretenu Son Altesse, sur l'opposition

• qu'il a au commerce que ses courtisans pourroient avoir avec lui,

• et sur le mauvais effet de celte contrainte; à quoi ce prince me

< répondit assez lentement : — Monsieur, je n'ai jamais dit que je « voutois qu'on s'abstint d'aller chez H. l'ambassadeur, et j'ai laissé

< stir cela le doute que j'ai cru qui convenoit dans un pare où nous

• ne sommeii qu'une poignée de gens : tout se sait ; nos Piémontaia 1 n'ont guère d'esprit, nos Piémontaises en ont encore moins, les

> uns ni les autres ne savent quasi pas la signification ni l'intelli- ( gence des paroles ; l'on n'aura pas été dix fois de suite dîner cbei

> U. l'ambassadeur, qu'il en naitra une source de dits et de redits

• qui ne sont que trop ordinaires dans les petites cours. Celle de I France est une mer où l'on observe moins; celle-ci n'est quasi

1. Gïbrisl comte da Briord. fils de Claude seiglieiir de la Serra, de la Craa et d* la VtleUe el de Jeanne de la Balnie, comelte de la compagnie de son pEre ta 1830> gentilhomme ordinaire de U. le Duc en 16*3, pui» «on premier éeujer, eDvajA pu lui prêt du roi Jacquu U en 1685, comte de Briord par Ullrei palenlei de >ep- Umbra 18M>, dijiulé de U nobleiss dei Etals d* Bourgogne en 1592, charge d'an* mîsrion pour l'appraTisionnemenl de IVmée d'Allemagne en IS93 et 1834. ambu- Mdeor i TtiriQ le S ferrier 1S97, ambattadeur i La Haje en 1700, conteiller d'Etat i'ipia en 1701. mourut à Versailles la 25 décembre 1703. Cf. Mémoira de Saint- Simon. Mition BoiiUslo et, pour la généalogie de cette lamille, miiloirr de Brtut tt du Bugrji, pu Ouicliéiion.

S. liimoWt* dt Saint-Simon, aon&a 1097.

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