ISOLEMENT DE L'AMBASSADEUR A TURIN
■ qu'une famille où l'oa sait touL. M. l'ambassadeur est bien reçu > partout où il va; mais eu vérité, pour le bien du service du Roi
• même, sans compter pour rien mon humeur, que j'avoue pouvoir
• être en cela particulière et bizarre. J'estime qu'il vaut mieux
• (Continuer de vivre ainsi qu'autrement, et non seulement i^ontinua ce prince, « vous me ferez plaisir de faire bonnement
• entendre la simplicité de mes sentiments à M. l'ambassadeur, mais
• encore en éclaircir le Roi. qui pourroil croire que, dans celle
■ conduite, il y auroit uulre chose que ce qui est, c'est-à-dire une
• volonté que Sa Majesté soit contente, el je vous répète qu'il est
■ mieux que cela soit ainsi. J'ai conté tout cela naïvement à voire
• ambassadeur qui prend patience, et suit l'esprit convenable à » votre service et aux caprices du Prince auquel il a aiTaire '. »
Les instructions du comte de Briord portent la dale du !3 mars 169T. A celle époque, le marquis de Torcy était ministre des Affaires Etrangères.
VtMOIRE DC BOt POtJH SERVIR II INSTRDCTlOn AU SIEUB COMTE DS BRIORD NOHUfi PAK SA MAJESTÉ A L*AMBASSA0E DE TtlBIH
AC Èix., Cqit. Turin, Vol. XCIX, fol. S. el CU. l HT Sardaigne, toI. XII, fol. 91.
^^ Mïrlj, la 23 man ie97.
La paix que Sa Majesté a rendue aux élats du duc de Savoie a été coDËrmiîe par une alliance si honorable à ce prince, qu'on doit vraisemblablement s'assurer que sa conduite marquera désormais sa juste reconnuissancc des grands avantages que le retour des bonnes grâces de Sa Majesté lui a procurés. Elle a pacifié l'Italie en obligeant par ses bienfaits le duc de Savoie à reprendre les seules liaisons qui puissent convenir aux intérêts de ce prince, et comme elle a sacrifié au désir de rendre la première tranquillité à cette partie de l'Europe, tes avantages qu'elle pouvoit justement se promettre des traités conclus après l'ouverture de fa campagne dernière, Sa Majesté veut
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conduire d'une manière qui fasse connoître au roi de plus en plus que ce prince regarde ses intérêts comme inséparables de ceux de Sa Majesté.
Il est certain qu'il s'efforcera de persuader par ses discours que ces sentiments sont les seuls qu'il puisse présentement avoir. Ses démarches le justitieroni, mais il sera difficile de les pénétrer. Il a déjà fait connoître en dîlTérentes occasions à ceux qui l'approcheat, qu'un commerce fréquentavec l'ambassadeur de Sa Majesté lui seroit suspect; ainsi, elle remet à la prudence du comte de Briord et h la connoissance que le comte de Tessé lui donnera de la cour de Savoie, de se servir, pour ôlre informé de ce qui s'y passera, des voies secrètes qu'il jugera le plus assurées et qui pourront donner le moins de soupçon au duc de Savoie.
Il paroit nécessaire, pour cet effet, que le sieur de Briord, au commencement de son ambassade, témoigne extérieurement peu d'empressement d'être informé de ce qui se passera, qu'il règle son assiduité auprès du duc de Savoie de la manière qu'il ven'a bîentdE qui conviendra le plus à ce prince, qu'il se fasse désirer plutôt que de le voir trop souvent; enfin qu'il travaille |iar sa conduite à établir, dans l'esprit du duc de Savoie, l'opinion que l'ambassadeur de Sa Majesté n'est pas envoyé auprès Je lui pour le contraindre.
Mais elle veut, en même temps, qu'il emploie tous les moyens i(ii'il pourra mettre en usage pour ne rien ignorer des démarches de ce prince, qu'il se serve de ceux que le comte de Tessélui donneraavant son départ, etquil tiîche d'en acquérir encore de nouveaux par lui-même.
L'éioignement que leduc de Savoie a toujours témoigné pour la duchesse sa mère, paroit ùter à cette princesse tout le crédit que sa régence lui avoit acquis : il reste cependant assez de reconnoissance de ses bienfaits pour lui conserver encore des gens qui l'avertissent de ce qui se passe de plus secret, son zèle pour le service du Roi la porte à donner à l'ambassadeur de Sa Majesté tous les avis qu'elle pourra recevoir; mais, comme le moindre soupçon de celte intelligence achèveroit de la perdre dans l'esprit de son fils. Sa Majesté veut que le comte de
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19i LE CONTE DE BRIORD, 1097-1119».
Briord prenne avec elle les mesures les plus assurées pour proGlcr de ses bonnes intentioDS el pour empêcher que l'effet n'en puisse nuire à cette princesse.
Sa Majesté l'a toujours honorée des manfues les plus sensibles de son amitié : elle conserve encore les m^mes sentiments, et elle veut même que son ambassadeur les fas^ connottre si les occasions s'en présentent. Deux conjonctures peuvent l'obliger h recourir à la protection du Roi : l'une seroit si le duc de Savoie la vouloit contraindre à sortir de Turin et à se retirer dans quelque autre ville ; l'autre seroit si ce prince BVoît dessein de lui retrancher une partie de son apanage. Sa Majesté veut, en ces deux cas, que le comte de Briord parle en son nom au duc de Savoie, de la manit^re que cette princesse le désirera.
L'usage qu'il doit faire des avis qu'il recevra d'elle ou de ceux qui s'engageront à lui être donnés sera premièrement d'en informer Sa Majesté et. en attendant ses ordres particuliers sur les différents événements qui arriveront pendant le cours de son ambassade, le Roi vent qu'il regarde comme principe général qui doit régler sa conduite, le désir que Sa Majesté a de maintenir la pais qu'elle a rendue & l'Italie, et, comme toutes les entreprises que le duc de Savoie pourroit former pour la troubler seroient également contraire à ses intentions et à son service, le sieur de Briord se servira de toutes les voies qu'il croira le plus convenables pour inspirer h ce prince des sentiments tranquilles ; en sorte que son inquiétude ne puisse altérer le repos que, selon toutes les apparences, Sa Majesté va bientôt rendre à toute l'Europe.
Les anciennes prétentions des ducs de Savoie sur le Montferral, leurs vues sur plusieurs places et sur une grande partie de l'Etat de Gênes, sont les deux objets qui pourroienl présentement frapper le duc de Savoie. Il se flattera peut-être de l'espérance de réussir à des entreprises inutilement formées par ses prédécesseurs. L'un et l'autre de ces desseins ne peut convenir au service du Roi. Le duc de Manloue a mérité sa protection par l'observation constante des engagements qu'il avoit pris avec Sa Majesté, et par sa fermeté à les maintenir malgré