I. Mémoirti dt Saînl-Simon
GUEBRE DE LA LIGDE D'àUGSBOLBG.
rOunQOE O CQUILIBIIE EKTHE LA FIUXCE ET L CMPIRK
Septi huil mille hommes de troupes routières et un revenu umael d'environ six millions de livres constituaient toutes les ruMorces dont disposait le duc do Savoie pour entrer en lutte tontre Louis XIV. Il se hâta de convoquer ses milices, d'enrégimenter les émigrés Vaudois qui rentraient en grand nombre ■lus leurs vallées, et d'organiser contre les Français une pierre de partisans'. « Toute cette canaille. » disait Louvois, lae tiendra point devant les troupes du Roi. i> Les premières campagnes ne furent, en effet, pas favorables à Victor-Amédée. D fat battu h StalTarde [l8'aoClt 1690] et perdit la Savoie. Suse elle comté de Nice, Cependant, il remporta ensuite quelques ivuttagcs secondaires. En 1691, îl força les Français à lever le si^ge de Coni. En 1692, il envahit le Dauphiné et s'empara d'Embrun et de Gap. Au mois de septembre 1693, il bombarda Pifcnerol. La brillante victoire de la Marsaille en Piémont 13 octobre 169-3), et les succès du maréchal de Luxembourg dus les Flandres (Fleurus, Mons, Steînkerque, Nerwinde) l'en affirmèrent pas moins, cette fois encore, la supériorité BJlitaire de Louis XIV.
Durant ces années de luttes, des négociations se poursui- *irœt presque sans interruption entre les cours de France et deStroie. Victor-Amédée dut comprendre qu'il fallait renoncer ■U brillantes conquêtes en Dauphiné et en Provence que laEspagTioIs et les Impériaux lui avaient fait espérer. Ses alliés eux-mêmes lui donnaient les plus graves sujets de plûntes. L'état d'abandon dans lequel ils le laissaient a inspira aux caricaturistes de l'époque le sujet d'une estampe. Le dessin représentait l'Empereur et le Boi d'Espagne en che-
1. CcisU de Salace). Uùloire mtlitain du Piémont, V, p. 21 et si
Lviii INTRODUCTION.
mise, et regardant piteusement leurs bardes foulées sous les > pieds de Louis XIV. Celui-ci cependant était en train de dépouiller le duc de Savoie qui s*écriait en s*efforçant de retenir sa chemise. « Empêchez donc qu'il ne me Tôte ! » A quoi les deux autres répondaient : « Patience ! nous vous la ferons « rendre quand nous aurons repris nos habits ^ » En admettant même que Victor-Amédée n'ait pas reçu de la nature un penchant inné pour les brusques évolutions politiques, il faut convenir que cette situation ne put que contribuer à lui en donner le goût. Le duc de Savoie semble avoir, dès ce moment» conçu le secret dessein de conclure un arrangement particulier qui lui permit de sortir de la ligue avec avantage.
Quelques mois après le commencement des hostilités, reprenant un ancien projet de Henri IV et de Richelieu, le Roi envoya le comte de Rébenac auprès des différents États d'Italie afin de les unir, s*il était possible, dans une ligue contre la maison d'Autriche. Cet agent devait essayer notamment de rencontrer TElecteur de Bavière et le duc de Savoie et de les détacher de Talliance allemande. Il ne réussit point dans cette seconde partie de sa mission, mais il conclut, au cours de son voyage, avec les ducs de Parme, de Modène et de Mantoue et avec le grand-duc de Toscane des conventions secrètes stipulant alliance de ces princes avec Louis XIV, dans le cas où le Roi pourrait faire passer une armée en Lombardie. De 1690 à 1692, des négociations qui n^aboutirent pas et dont il semble inutile de rappeler ici le détail ' furent poursuivies, d*après les ordres du duc de Savoie, avec le marquis d*Herleville, commandant français à Pignerol (décembre 1690), avec le comte de Rébenac (novembre-décembre 1691) et avec le marquis de Chamlay en janvier-mars 4692.
En 1693, des pourparlers reprirent entre les sieurs Perachino et Gropello, agents du duc de Savoie, et le comte de Tessé, nouvellement nommé gouverneur de Pignerol '. La négociation