SUCCESSION D'ESPAGNE
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éloienl assez puissants pour la déterminer à consentir à cette proposition lorsqu'elln lui seroit faite par le duc de Savoie que, si le roi de la Grande-Bretagne et les Etats généraux en désiroîeni le succès, il éloit nécessaire que te pensionnaire en fît l'ouverture au comte de la Tour, que ce dernier demandât les ordres de son maître, et que, s'il les recevoit, Sa Majest(5 seroit bien aise de contribuer par son consentement à la satisfaction du roi d'Angleterre.
Cette r(^ponse faite, le pensionnaire laissa passer bien du temps sans parler au comie de la Tour. Le duc de Savoie gardoil aussi le silence et confirmoit par sa conduite les avis donnés à Sa Majesté, que le dessein de ce prince étoit d'attendre tranquillement IVvènement de la mort du roi d'Espagne et de profiter alors de l'envie qu'il espéroit que le roi et l'empereur aurotenl également de traiter avec lui.
Il s'étoit plaint, et par son ambassadeur et par le comte de la Tour, d'avoir été oublié dans le traité. On avoit fait connoître à tous deux par ordre du roi que, si leur maître y voutoit avoir part, il devoil faire ses demandes à Sa Majesté, et proposer !ui-mi?me ce qu'il croyoit lui convenir, le Milanois étant destiné. Il ne s'expliquoit point et, attendant l'occasion qu'il avoit en vue, il prétendoif faire passer son silence pour un effet de son respect.
Au milieu de ces Incertitudes, la nouvelle étant arrivée de l'extrémité du roi d'Espagne, le roi a fait dire à M. le duc de Savoie, qu'il étoit temps de déclarer le parti qu'il vouloit prendre dans cette conjoncture, que Sa Majesté vouloit savoir s'il seroit son allié, s'il se joindroit à ses ennemis ou s'il prétendoil dcmeurerneutre. Le temps ne permottoit plusde se taire. M. le duc de Savoie n'avoit aucune alliance avec l'Erapereur. Aussi, sa réponse a été qu'il éloit incapable de s'attacher jamais à d'autres intérêts qu'à ceux du roi ; qu'à la vérité, il avoit espéré que Sa Majesté se souviendroit de lui dans le traité; que, cependant, quelque peine qu'il cftt de voir passer te Milanois en d'autres mains que dans les siennes, quoiqu'il regrettât l'heureus temps du siège de Valence où cet Etat lui Éloit promis si le roi d'Espagne étoif mort alors, ces raisons
M$ LE COMTi: DE TESSÉ, 1700.
ne l'empëcheroient point de se mettre à la tète des armées da Sa Majesté si elle le vouloit, et d'installer le duc de Lorraine dans la possession du Mîlanois ; que le respect l'avoit emp£ch6 jusqu'à présent de s'expliquer sur les demandes qu'il pouvoir faire, que puisque Sa Majesté lui ordonnoil de parler, il feroît savoir à son ambassadeur auprès d'elle ce qu'il pouvoit di^sirer présentement dans le puitage de la succession d'Espagne.
Les ordres que le comte de Vernon a reçus ont été de demander au roi pour M. te duc de Savoie, le Montferrat et te marquisat de Final. Le consentement du duc de Mantoue et du dua de Lorraine étant nécessaire pour le premier, de l'un comme possesseur et de l'autre comme se prétendant héritier dtt Montferrat, l'ambassadeur de Savoie a supposé que tous deux le donneroient ; que le duc de Lorraine recevoil par la cession du Milanois une si grande récompense de ses Etat», qu'il pouvoit bien abandonner encore ses prétentions sur le Montferrat, qu'en même temps on pouvait aussi l'obliger à céder Crémone ef le Crémonois au duc de Mantoue seulement pendant sa vie; que, moyenrmnt celte cession, le duc de Mantoue s'engageroil à laisser dès k présent la jouissance du Montferrat au duc de Savoie ; que Sa Majesté y joignant encore le marquisat de Final, ce prince trouveroit dans le traité les avantages qu'elle vouloit bien lui procurer. Qu'à la vérité, rien ne* le toucherait plus sensiblement que l'acquistlion du Milanois ; que la connoissance trop certaine qu'il avoitdes intentions da Sa Majesté ne pouvoit l'cmpécher de parler encore de ses inté-; rets sur cet article, de représenter que, devenant duc de Milan, son alliance en scroit plus utile aux intérôts du roi. et l'exécution du traité plus facile, qu'il céderoit à Sa Majesté le duchi de Savoie pour celui de Milan el que, si elle vouloit aban* donner au duc de Lorraine, le royaume de Naples, se réservanl la Sicile, ce prince auroitun juste sujet de trouver sa conditioil' infiniment meilleure que celle du duc de Milan.
En m^me temps que l'ambassadeur de Savoie instruit pari son maître faisoit ces propositions, le Pensionnaire de Hollande pressé par les nouvelles de l'extrémité du roi d'Espagne avoil enfin demandé aux ambassadeurs du roi l'état de leurs négo-
otattons avec le comte de la Tour, Ils avoîenl réponiiu qu'ils n'avoient rien négocié avec ce rainislre, que le roi, content du pai-tag:e de Monseigneur le Dauphin ne demandoit nul changement au traité ; que s'il avoit consenti h l'échange des Etats du duc de Savoie avec les royaumes de Naples et de Sicile. Sa Majesté ne s'y étoil portée que dan?; la vue de faire plaisir au roi d'Angleterre et aux Etats généraux et d'assurer encore davantage le maintien du repos public; qu'ainsi la négociation, s'il y en avoit une à faire, étoit entre tes mains du roi d'Angleterre et des Etats généraux.
Immédialement après cette réponse, le Pensionnaire avoit parlé au comte de lu Tour. Il lui avoit proposé l'échange du royaume de Naples et de Sicile avec les Etats du duc de Savoie. Mais la Tour assurant qu'il n'avoit aucune instruction de son maître avoit répondu que cet échange ne lui pouvoit convenir, qu'ilabandonneroitunËtat certain, des peuples accoutumés à lui obéir depuis sa naissance pour en gouverner d'autres qu'il ne connoissoit pas, d'un caractère changeant et difficile à se soumettre à l'aulorilé de leur souverain. Il esta remarquer que le comte de Vernon avoit à peu près parlé dans les mômes termes sur les bi-nits répandus de cet échange. Le comte de la Tour avoit ajouté comme de lui-nn?me et sans ordre que rien ne convenoit davantage à son maître que l'échange du Milanois avec le duché do Savoie, qu'on pourroit dédommager le duc de Lorraine en lui donnant le royaume de Naples, réservant la Sicile pour Sa Majesté. Il sembloit qu'il eut persuadé le Pensionnaire de l'utilité de celte proposition et pour l'exécution du traité et pour le maintien du repos public.
Ces choses se sont passées en même temps sous les yeux du roi et en Hollande : ainsi, Sa Majesté ne pouvoit être informée des dernières démarches du Pensionnaire lorsqu'elle a reçu la réponse du duc de Savoie. Mais, jugeant que l'alliance de ce prince faciliteroit l'exécution de ses desseins, que l'état du duc lie Lon-aine seroit plus heureux roi de Naples que duc de Milan, elle auroilfait rendre une réponse précise à l'ambassa- Jeur de Savoie si de tels changements dans un traité pouvoieut 5c faire dans le concert de ses alliés. Depuis les engagements
fU LE COMTE DE TESSE, 1700.
qu'elle a pris avec eux, elle a toujours observé soigneusemi de leur communiquer toutes les di^marches qu'elle a cru devoir' faire pour l'accomplissement de l'ulUaiic» et pour le maiotiâB-l de la paix. Celte dernière était trop importantE> pour décidatsans leur participation. Elle s'est donc contentée de faire dinl au comte de Vemon qu'elle donnerait part au roi d'Angl»^ terre et aux Elals généraux des propositions du duc deSavoia^l que, quoique leMilanois fut destiné au duc de Lorraine par IM traité. Sa Majesté consentiroit & rendre sa condition meilleurM en lui cédant le royaume de Naples pour procurer le Milanoifl au duc de Savoie, si ses alliés consentoicnt à ce changemeot; que, s'ils le refusoient, ce prince vcrroît uu moins qu'il n'a paâ dépendu d'Ëlle de lui faire trouver d^s les commencemenll dans la disposition du Irailé ce qu'il pouvoit désirer de pM conforme à ses inlérCls. i
On dit en mùme temps au comte de Vornon que la cessï<H| de lu Savoie pour le duché de Milan éloit une compensatiM trop faible, qu'apparemment M. le duc de Savoie en était pePi suadé lui-même et que, lorsqu'il serait question de traiter, 9 jugeroil bien qu'il faut un équivalent beaucoup plus consîdéi rable pour le royaume de Naples, que Sa Majesté c^de «■ eonsenlant à ce nouveau changement dans le traité. Que, i elle demandoit alors lu comté de Nice et les vallées comprisw sous le nom du Vicariat de Barcelonnelle avec le duché A Savoie, il y avoitlieu de croire que ce prince se tiendroit hMri reux de donner cette portion de ses Etuts pour acquérir le Hifal nois, mais qu'avant que de traiter, il falloit attendre ses réponse et celles de Hollande. Que, cependant toutes les appareaoi étoient que, trouvant une conjoncture aussi heureuse, il flj voudroit pas la perdre en négociant sur les conditions juslt et raisonnables que le roi pourra lui proposer. Le sieur PU! lipeaux doit avoir parlé dans le même sens à ce prince, fl| dans peu de jours, Sa Majesté sera éclaircie de la msjiîèti dont il aura reçu la réponse qu'elle a fait rendre au comte d| Veruon. Elle saura positivement les sentiments du roi d'Ad glelerre et ceux des Etals généraux sur la proposition de qi changement aux conditions du Iruité de partage.
Elle a cependant examiné les demandes qu'elle pouvoit faire au duc de Savoie. 11 est certain qu'elle pounoit porter ses priitentions bien loin ai elle vouloit, d'uncôtt^, les proportionner à j'iniporluncc du royaume de Naples qu'elle abandonne pour assurer à ce prince l'état de Milan, et, de l'autre, si elle mesuroit ses demandes à la considération lie ce duché désiré de tous les temps par les ducs dt* Savoie et dont la possession va rendre ce prince le plus puissant et, pour ainsi dire, le maître de l'Italie. Il n'ignore aucun des avantages de cet état : il est plus capable que pei-sonne de les faire valoir. Il acquiert avec le plus beau pays du monde un revenu beaucoup plus grand que celui dont iljouit présentement, des villes considérables, des places bien fortifiées : quand il cédcroit tous ses États pour d'aussi grands avantages, il seroil encore heureux que le roi consentit & l'échange. Mais la môme modération que le roi fait paroitrc dans le traité de partage, oblige encore Sa Majesté à se contenter d'un équivalent qui, étendant la frontière de son royaume, en ferme à jamais l'entrée par les places qu'elle veut demander pour eq assurer les passages.
Comme elle connoit le caractère de M. le duc de Savoie, Elle est persuadée que, quelque passion qu'il ait d'acquérir le Mila- Dois. il se rendra dîlTicile sur toutes les propositions qui lui seront faites et qu'il se flattera de tirer des avantages considérables en négociant. Mais, comme il ne convient, ni au service du roi ni par rapport aux conjonctures présentes de commencer et de suivre une longue négociation, Sa Majesté a jugé que personne ne seroit plus capable de savoir bientôt les dernières intentions du duc de Savoie et même de le détermi- JBM que le sieur comte de Tessé, chevalier de ses ordres, lieu- ■Sant général de ses armées, etc., etc.
''Il a paru dans le dei-nier traité de paix qu'il a fuit à la satisfaction de Sa Majesté, dans celui du mariage de Madame la duchesse de Bourgogne que ce prince prenoit une conGance particulière en lui. Il lui en a donné de nouvelles marques lorsqu'il est retourné h Turin h l'occasion de la naissance du prince de Piémont. Et, comme Sa Majesté con.Qoit en même WQps sa fidélité, son zMe pour son service, sa capacité dans les
affaires dont il a duaoé des manjoes dans ceiles qui ODltf cMnmises à ses soins; toutes ces raisons, joiates ensembll ODi bit prendre à Sa Majesté la résolution de l'envoyer dêâ la ooDJonctare présente anprfs du doc de Savoie, et de h dooDer les pooroirsnécessaires pour conclare avec ce princs | traité le plus avantageux qu'aucun de ses prédéci^ssears d jamais signé.
Comme il a fait tes premières avances en ordonnant à flfl ambassadeur de faire connuitre ce qu'il croyoil pouvoir attend! de la bonté et de l'affeetioa de Sa Majesté pour lui. Elle a c>| pouvoir aussi faire la démarche d'envoyer présentement 1 comte de Tessé sans donner lieu à ce prince de tirer avantl^ de la résolution que Sa Majesté veut bien prendre de traill avec lui. Le sieur comte de Tessé le counoîl asseï pour sarfl| combien il est important de lui ûler toute opinion qu'on ] recherche et que son alliance est nécessaire et, dans la véril^ s'il ne profile des favorables dispositions de Sa Majesté, B^ acquîerra. par l'exécution du traité, des Etats plus gruidsi plus considi'rables que ceux dont Elle se contente en trall avec le duc de Savoie.
Il reste présentement à les marquer en détail au sïeur coi de Tessé.
M. le duc de Savoie offre au ruî le duché de Savoie. Il al inutile de répéter combien celte offre est peu proportionna au royaume de Naples que le roi abandonne pour procura à ce prince l'Élst de Milan, et le peu de comparaison qu'il j^ des revenus et de la considération de ce dernier duché à ci de Savoie. Mais il est à remarquer que ce prince en le ci et ne parlant ni du marquisat de Suse ni de Pignerol. vallées de Piémont voisines de celles de Pragelas, se réseï toutes les entrées libres dans le pays qu'il abandonne au
Ainsi l'intention de Sa Majesté est que lé duc de Savoie, acquérant le duché de I^lilan, lui donne le duché de Savoie, marquisat de Suse en entier, Pignerol et ses dépend; les vallées de Luzerne, de Saint-Martin et d'Angrogne avec fort de Mirebouc et généralement tout ce qui est compris daal ces vallées jusqu'il la rivière Jo Cliison, qui servira de bomat
El