COMPENSATIONS EN ÉCHANGE DU MILANAIS
Le comte de Tessé verra sur la carie que le roi lui faîi remellre une ligne tirée depuis celle rivière jusqu'à Saluces. et tle Saluées à Goni. Sa Majesté veut qu'il demande aussi oes deux places avec la partie du marquisat de Saluces et celles du paya compris en deçà de cette ligne par rapport à lu France; le comté de Tende, celui de Nice comprenant toutes ses di^pendances , savoir le comté de Beuil, toutes les vallées comprises sous le nom du Vicariat de Bai'celounetle, la ville et le chAteau de Nice, et celle de Villefranche ; en sorte que Sa Majesté entre en possession de tous les pays et passages voisinsde cette frontière de son royaume qui peuvent y donner des entrées faciles- Cette proposition sera la première que le comte de Tessé fera au duc de Savoie. Il est certain que ce prince, oITrant pré- •'l'nlement la Savoie seule, s'éloignera d'abord d'accorder les paya et les places qui lui seront demandés de plus. Mais le comte de Tesaé répondra seulement qu'il dépend de lui de considérer quel parti lui sera le plus avantageux, ou d'acqui^rir le Uilunois ou de conserver celte partie de ses Étals; que le roi ne prétend point le contraindre ; que Sa Majesté est conlïnte du traité et du partage destiné à Monseigneur le Dau- PHq; que si Elle a bien voulu écouter les changements qui lui ont été proposés, elle ne l'a fait que par pure considération pour le roi d'Angleterre et pour le duc de Savoie. Qu'il sait avec quelles instances il a demandé le Milanois; que si cet lilal ne lui convient pas aux conditions que Sa Majesté lui propose, il est inutile de suivre davantage cette négociation; qu'elle est persuadée que, quand même elle sera rompue, ce l^ince se souviendra des assurances qu'il a fait donner à ^ Majesté de n'embrasser jamais d'autres intérêts que les siens.
En même temps que le comte de Tessé lui répondra de cette manière, il pourra lui faire entendre que les choses vont bien- Wt changer de face, et, sans le presser de se déterminer, il **ra bon de lui faire connoitre que Sa Majesté est persuadée (|Uf l'Empereur ne sera pas longtemps encore sans accepter le Imité; que s'il prévient le duc de Savoie, ce Prince perd le
RECDEIL DBS ISSTB. DIPLOM. \IV, — 1G
Ui LE COMTE DE TESSÊ, i700.
Milanois sans ressource cl pour loujours. Que c'est à lui i' miner s'il veut profiler dune conjoncture aussi favorable, sacrifier des Etats peu cousidi^rablcs pour une acquisition aussi avantageuse, ou demeurer pour toujours dans les boraes terres que ses ancêtres lui eut laissées; que le choix ne p&roiti pas douteux pour un Priuce dont l'esprit et le courage sont aussi élevés; mais enfin, que le Roi lui laisse une entière liberté^ et qu'après lui avoir explique les intentions de Sa Majesté^ c'est à lui seul à décider du parti qu'il prendra.
S'il est peu frappé de la crainte que l'Empereur ne le prévienne en souscrivant au traitai, il le sera vraisemblablemei de celle que lui auront di^jà donnée les nouvelles écrites de totl cfttés de la disposition qu'on prétend que le Roi d'Espagne faite par son testament en faveur d'un des princes, ftls de Moi seigneur le Dauphin. Ainsi, tout concourt à le presser de s' 81 pliquer et rien au contraire n'oblige le Roi à se relâcher di conditions que Sa Majesté croit à propos de demander.
Le duc de Savoie pourra dire que, lorsqu'on a parlé à sa ambassadeur, lorsque le sieur Phélipeaux lui a rendu répoai & tui-mOmc, il a dû croire que Sa Majesté se contenterait ds duché de Savoie, et des vallées comprises sous le nom du Vii riat de Barcelonnetle.
Le comte de Tessé n'pondra que, quand il s'agit do Irailert cen'est pas une première réponse verbale qui règle les article^ qu'on la rend ordinairement sans avoir examiné le détail d ce qu'on doit demander etpromettre de part et d'autre ; qu'un pareille réponse est proprement une assurance générale dt consentement qu'on donne à traiter; qu'on vient ensuite à 1| discussion des conditions, et que c'est véritablement ce qu'ai met par écrit qui établit celle du traité. Que c'est après aviHi bien examiné de quelle manière elles doivent être dresséei que le Roi lui a donné ses ordres; qu'enfin, c'est sur ca mêmes ordres qu'il doit faire savoir & Sa Majesté les intentiOB du duc de Savoie.
Le comte de Tessé demeurera dans ces termes sans propOM aucun adoucissement. Il attendra que le duc de Savoie la fasse de lui-même quelques ouvertures pour diminuer l'équî
COMPENSATIONS EN ECHANGE DU MILANAIS. 2i3 valent demandi^ par Sa Majesté. Et, comme Elle veut instmiri; le comte de Tessé génëralemenl de tout ce qu'elle pense sur cette matière, Elle veut bien lui confier qu'Elle concluroit encore le traité avec le duc de Savoie aux conditions suivantes, savoir : le duché de Savoie, Suse et la partie ilu marquisat de ce nom où cette ville est située, celle de Giavenne, les cols de la Rouâse, de Sablon, de Loursièvre et de la Ffnôtre. laissant au duc de Savoie Veillane et le reste du marquisat de Suse qui joint le Piémont. Elle laisseroit aussi à ce prince la ville de Pignerol, aux conditions portées par le dernier Iraité, réservant pour Elle, la Pérouze et sa vallée, celles de Saint-Martin, d'Angrogne et de Luzerne avec leurs dépendances, le reste comme il est porté dans la première proposition.
Enfin, à toute extrémité. Elle se déslsteroil encore, outre ce nui vient d'être exprimé, de la ville de Saluces et de la partie du marquisat demandée par la première proposition, conservant toujours les trois valléesde Saint-Martin, d'Angrogneet de Luzerne, et la petite partie du marquisat de Saluces qui joint le Dauphiné à ces vallées marquée sur la carte par une ligne. Elle abandonneroil aussi, à l'extrémité, la prétention de la ville de Cooi ; mais il n'y faudroit consentir que lorsque le comte de Tessé verroit certainement qu'il n'y a plus d'autre moyen de conclure le traité ; et encore il faudroîl alors que cette condescendance de Sa Majesté servit à faire passer les conditions qui seront marquées dans la suite de ce mémoire.
Au reste, Elle ne veul point se relâcher sur le comté de Tende, celui de Nice et ses dépendances, savoir : le comté de Beuil, les vallées comprises sous le nom du Vicariat de fiarcelonaetle, la ville et le château de Nice, celle de Villefrancho, cl généralement tout ce que le duc de Savoie possède ou sur la mer ou sur ses côtes à raison de ce comté.
Si le sieur de Tessé est obligé de se relftcher à cette dernière partie des ordres du Roi, il ne le doit faire qu'à la condition suivante. Avant que de l'expliquer, il faut premièrement supposer que l'Empereur persiste dans le refus qu'il a fait vHuscrire au traité : aussitôt qu'il apprendra que le duc de
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Savoie est engagé avec le Roi. il n'y a pas lieu de doutf>r qo'il n'emploie toutes sortes de moyens pour avoir dos allit^s Ilulie. Les plus utiles seront les Vt^nitiens. La République unie avec l'Empereur lui ouvrira les passages pour faire entrer ses troupes dans le Milanois et certainement il y a lieu de croir que jalouse de la puissance du duc do Savoie, elle aimeiï mieux se joindre aux Allemands ijue do souffrir que ce Prince devienne encore duc de Milan, 11 scroît donc ni^cessaire d'intéresser aussi la République à l'exécutîou du traité, de rcprendrO les anciennes propositions si souvent réptUées, de joindre à son Etat de terre ferme la ville de Crémone et le Crémonois.
C'est cette proposition que le comte de Tessé doit faire au duc de Savoie, et la stipuler dans le traité s'il est obligé di réduire au dernier article de son inslruclion. Il paroîL qu'elle asâureroit encore davantage l'exécution du traité. Toutefois, si le duc de Savoie consent h. l'une des deux premières propositions, le Roi peut le secourir si puissamment, que les efTortt des Vénitiens seroient inutiles, quand m^mc ils seroient nssex mal conseillés pour s'allier à l'Empereur.
Su Majesté fait remeltre au sieur comte do Tessé la copi» du traité d'action qu'il conclut lui-ni^me avec le duc de Savoitf en 4696. Elle veut bien s'engager encore présentomont aux mf^mes secours de troupes et d'artillerie, portés par les articles 10 et 16 de ce traité, s'il est nécessaire d'entrer en guerre pour assurer au duc de Savoie la possession du Milanois. Mais comme cette guerre sera faite uniquement pour les avantages de ce Prince, il ne seroit pas juste d'engager Sa Majesté & lui donner aucun subside et s'il les demandoit conformémeRl h. raritcle huitième qui porloit qu'ils seroient de six cent mtll* écus par an, le comle de Tessé lui fera voir facilement ditférence des conjonclures présentes et de celles où ce traité' fut conclu.
Au reste, Sa Majesté s'assure que. connaissant parfaitement l'espril et le caractère du duc de Savoie, il saura lui parler de la manière la plus convenable pour le conduire aux choses que Sa Majesté peut désirer. Cependant, elle lui réptto encore qu'il doit prîncipatement s'ntlacher h faire connottre à ce Prince,