SUCCESSION D'ESPAGNE. 2J
qoc c'est plutôt pour ses intérêts que pour ceux de Sa Majesliï qu'ElIe l'envoie auprès de lui; qu'ElIc trouve d'aussi grands avantages à maintenir le traitt^ tel qu'il est, qu'à donner son approbation à de nouveaux changements. Par conséquent que c'est à ce Prince à bien examiner s'il désire assez l'acquisition du Milanois pour consentir aux conditions qui peuvent le rendre maître d'un élut aussi considi^rable.
Il y a beaucoup d'apparence qu'examinant plusieurs partis dilTérenls avec le comte de Tessé, il demandera que le Roi veuille bien laisser Final et le marquisat de ce nom uni au duché de Milan. L'intention de Sa Majesté n'est pas d'accorder au due de Savoie une place aussi imporlanle, et de donner aux Génois un aussi juste sujet de craindre les desseins de ce Prince : ainsi le comte de Tessé lui ri5pondra, s'il f<tit cette proposition, que Sa Majest<5 veut conserver Final. Il (5coutera cependant les propositions que le duc de Savoie pourra faire pour un échange et si, après avoir refusé de donner ou Pignerol ou le marquisat de Saluées el Coni, ce Prince y consentoit pour avoir Final, Sa Majesté, instruite de cette offre par le comte de Tessé, lui feroit savoir ses intentions sur une pareille proposition. Mais il atlendroit ses ordres avant que de rien conclure.
Enfin, si le duc de Savoie refuse de traiter aux conditions marquées par cette instruction, le comie tic Tessé pourm lui parler de l'autre alternative qu'il a proposée lui-même au roi, savoir l'acquisition du Monlferrat et du marquisat de Final. Mais il faut qu'il dise ce qu'il veut donner en échange à Sa Majesté. Et comme il seroit nécessaire de dédommager le duc de Mautoue et ceux qui ont droit à celle succession, tels que M. le Prince ou M. le duc de Lorraine, il ne seroit pas juste que le floi fût chargé de ce dédommagement dans le temps même que le partage de Monseigneur seroit diminué par la cession du marquisat de Final.
Le comle de Tessé peut aussi parler de l'échange des royaumes de Naples et de Sicile avec tous les Etats du duc de Savoie. Mais comme les sentiments do ce Prince sur l'une et i de ces allernatives sont assez connus, la véritable
négociation doit se réduire aux engagements qu'il prendra pour acquérir le Miianois : et les autres propositions ne peuvent Hn bonnes que pour l'obliger à s'expliquer et pour lui faire coanoîti-e qu'il dépend de lui d'obtenir dans cette conjoncture ce que ses pères ont souhaitt^ le plus ardemment, et que, s'il y met lui-même des obstacles, il aura lieu do se repentir toute sa vie de n'avoir pas profité des marques que Sa Majesté veut bien lui donner de son amitié.
Comme le sieur comie de Tessé informera régulièrement la Roi des dispositions où il aura trouvé M. le duc de Savoie, des sentiments de ce Prince et de ses propositions. Sa Majesté Ini fera savoir ses intentions sur les différents incidents dé la négociation qu'il seroil difficile de prévoir tous dans ' mémoire.
Les protestations de la Cour de Vienne, lorsqu'elle apprit que l duc d'Anjou accepuit la succession d'Espagne el la nouvelle que doj troupes allemandes se mettaient eu marche pour la LombsrdÎBi mirent Louis XIV dans la nécessité de prendre d'urgence des dispositions militaires du cOtë de l'Italie. D'importants corps de troupi françaises s'avaDCërent en Dauphiné, Provence et Franche-Comt4| pour former une armée qui devait se Joindre aux garnisons espi gnôles du Milanais. Tessé Tut désigné pour la commaniler sous IM ordres du duc de Savoie et du maréchal Catinat. La saison ne pet mettait pas d'entrer encore en campagne. Le Roi envoya le comte d Tessé à Turin et à Milan en vue d'arrêter les dispositions relatives ti passage des troupes françaises par les États du duc de Savoie, elle mesures nécessaires pour leur entrée dans le Milanais.
L>es instructions suivantes furent, ù. cette occasion, remises a comte de Tessé, Colbert de Torcy étant ministre des Affaires Êtraa géras.
ATTITUDE DU PRINCE DE VAUDEMONT. Si7
MÉMOIRE POUR SERVIR D^mSTRUCnOM AU SIEUR COMTE DE TESSÉ, UEUTENAHT GÉNÉRAL DES ARMÉES DU ROI, CHEVALIER DE SES ORDRES, ETC., ALLANT A MILAN.
Aff. Btr., Gorr. Milan, Vol. VI, fol. 149.
A Versailles, le 16 décembre 1700*.
Le Prihce de Vaudemont * représente si vivement le peu de forces qu'il a pour la défense du Milanois, la nécessité de recevoir de prompts secours du Roi et Talarme des peuples de cet Etat, si Sa Majesté les abandonne à rapproche des troupes de l'Empereur, qu'elle a jugé nécessaire de faire avancer les siennes dans les Provinces de son Royaume les plus voisines de l'Italie et de faire assurer en même temps le Prince de Vaudemont qu'elles seront prêtes à passer aussitôt qu'il les demandera pour s'opposer aux entreprises des Allemands.
Elle a cru que personne ne seroit plus propre à lui donner ces assurances que le sieur comte de Tessé qu'elle a destiné à commander ses troupes, si la marche de celles de l'Empereur oblige Sa Majesté à les faire passer dans le Milanois. Elle veut donc qu'il se rende incessamment à Milan. Mais, avant que de Tinformer de ce qu'il doit dire au Prince de Vaudemont et des mesures qu'il doit prendre avec lui, il est nécessaire de l'instruire de la conduite que ce dernier a tenue depuis qu'il a su que Sa Majesté avoit accepté le testament du feu Roi Catholique et depuis les avis de la résolution prise par l'Empereur de faire marcher des troupes en Italie.
A peine la nouvelle de l'acceptation commençoit-elle à se répandre à Milan que, sur les premiers bruits, le Prince de Vaudemont écrivit à l'Ambassadeur d'Espagne auprès du Roi pour le prier d'assurer le Roi son maître de sa fidélité. 11
1. Dans ses Mémoires, le comte de Tessé donne le 15 décembre comme date de ces instructions.
2. Charles-Henri de Lorraine, prince de Vandemont (1649-1723), fils du dac Charles IV et de Béatrix de Casance, gouyemeor du Milanais, cheralier de la Toison d'Or.
donna de plus grandes marques de sa joie et de son attachement, lorsque, peu de jours aprds, le sieur Phélipeaux, Ambassadeur de Sa Majesté à Turin, lui fit savoir que celte importante nouvelle étoit véritable.
Le Prince de Vaudemonl lui envoya dès l'instant mfme le secrétaire de guerre de l'Etal de Milan pour l'informer du détail de toutes ses troupes.
11 lui communiqua les nouvelles qu'il recevoit de Vienne et de Venise au sujet des desseins de l'Empereur el des sentiments de la République. 11 le pria de faire savoîV au Roi toutes les particularités dont il lui rendoit compte et de faire connoître à Sa Majesté que l'Etat de Milan ne pouvoit attendre que d'elle seule les secours dont il avoit besoin pour sa défense. D'abord il dcmandoit seulement de la cavalerie et qu'elle fût en Francbe-Gomté prête à marcher au premier ordre. Il a su depuis que l'Empereur préparoit un plus grand corps de troupes, que les ordres donnés faisoient croire qu'elles marcheroicnl avec beaucoup de diligence; on prétend mf^me, qnoiqu'avec peu d'apparence, qu'elles arriveront sur les frontières d'Italie uu commencement du mois de janvier.
Ces derniers avis ont obligé le Prince de Vaudemont de faire encore de plus pressantes instances et de demander au Roi un corps plus considérable et d'infanterie et de cavalerie. II a représenté l'alarme des peuples et la foiblesse des Princes voisins du Milanois, et comme Sa Majesté n'a pas moins à cœur la défense des Etals du Roi son petit-fils, que celle des siens propres, qu'elle est persuadée de la nécessité de conserver la paix en Italie et que le maintien de la tranquillité générale en dépend beaucoup, Elle a déjà donné ses ordres pour faire avancer incessamment ses troupes en Franche-Comté, en Dauphinâ et en Provence. Ils seront exécutés avec tant de diligence qu'i la fin du mois de jnnvier il y aura quarante bataillons et soixante escadrons prêts k marcher en Italie. Son intention est que le comte de Tessé en ait le commandement; et, comme ces troupes ne sont qu'auxiliaires, elles doivent obéir aux ordres du Gouverneur de Milan ou de celui qui commandera en sa place.