SUCCESSION D'ESPAGNE. LXI
FMiDaîIre subitement le traité, et profita du premier moment d'étoDoemont, pour faire accepter une trJ^ve aux alliés. En Eiéme temps, il oéguciait avec eux un projet de neutralité pour l'Italie. Profondément irrités par suite de la défection du duc ie Savoie, les Paissaoces de la Ligue repoussèrent d'abord ses propositions. Deux jours après l'expiration de la trOve. le i'i septembre, le duc Victor joignit sans aucun scrupule ses forces h celles de Cutinat, et mît le siège devant Valence, Déconcertés par l'attitude du prince piémonlais, trop faibles d'ailleurs pour défendre le Milanais contre les armées réunies Je Louis XIV et de Victor-Amédée, l'Empereur et le roi d'Espace s'engagèrent par le traité de Vigevano (7 octobre 1696) iévacuer l'Italie et à respecter la neutralité de la Péninsule. La défection di> Victor-Amédée fut bientôt suivie de conférencea qui aboutirent il une pais générale. Le traité de Ryswick confirma l'accord conclu à Turin, le29aoûtl696, entre laFrance et la Savoie.
Le comte de Briord fut chargé de renouer, en qualité d'amliassadcur, les relations diplomatiques de la France avec la roor de Turin. Ses instructions portent la date du 23 mars 1697. It avait pour principale mission de veiller au maintien de l'alliance entre- ta France et la Savoie, et de dissuader Victor- Amédèe de poursuivre de nouvelles conquêtes. Le souvenir de la faute commise par Louvoîs en 1690 étiiit resté vivant à la Mur, et devait d'ailleurs s'y perpétuer longtemps encore, a 11
• ne faut point trop de menaces, » écrivait un demi-siècle plus lard Voltaire au marquis d'Argenson; n M, de Louvois irritait " par ses paroles : il faut adoucir les esprits pjir ia douceur et
• Uft soumettre par les armes', •> Il t'ul spécialement recorantHndé au comte de Briord de ménager l'humeur de VictorikOéiée. <■ il sera toujours à propos, » écrivait le Roi au nouvel
ideur, (' d'insinuer au duc do Savoie ce qui peut con- ESr & ses intérêts dans les occasions qui s'en présenteront brellement, et en lui faisant connutlre combien il doit
iger mon amitié. .Mais il est de votre prudence de le
1792. II, p. a.
LXfi INTRODUCTION.
« faire de manière que ce que vous dires ne puisse être pris « pour des menaces, quoique vos discours doivent être soute- « nus avec toute la fermeté qui convient lorsqu^on parle en « mon nom *. » Au début, la mission du comte de Briord M surtout une mission de surveillance discrète. Mais bientôt Tévcntualité prochaine de l'ouverture de la succession d'Espagne s'imposa à l'attention des cours. Les tentatives faites par elles en vue de régler pacifiquement cette inquiétante question, aboutirent à un premier traité de partage signé à la Haye, le 11 octobre 1698, entre la France, l'Angleterre et les Provinces-Unies. Victor-Amédée ne négligea rien pour être admis à faire partie de l'aréopage des Puissances ; mais ses « trahi- (( sons » pendant la précédente campagne, avaient laissé de fâcheux souvenirs dans les chancelleries. A son grand déplaisir, il fut tenu en dehors des négociations. En vue de calmer sans doute ses susceptibilités, la cour de France crut devoir cependant lui donner à entendre qu'elle était disposée à se préoccuper des intérêts de sa maison. Au mois d'avril 1698, Louis XIV fit faire des ouvertures secrètes à Victor-Amédée en vue d'une conquête éventuelle du duché de Milan *. Ce n'était point ce que demandait le prince piémontais qui entendait obtenir le Milanais en vertu du traité même de partage. Il demeura sourd aux suggestions du Roi. « Plus on le presse, plus il recule, » écrivait le comte de Briord \ Impénétrable, attendant, suivant son habitude, qu'on lui fît de nouvelles propositions, le duc Victor parut se résigner à observer simplement les événements. Mais en même temps, il renforçait ses troupes. C'était un indice peu équivoque de ses calculs et de ses désirs. Après la mort du prince électoral de Bavière (8 février 1699), deux nouveaux traités de partage furent signés entre les Puissances. En dépit de ses démarches pressantes à Paris, à Londres et à Vienne, Victor-Amédée fut, cette fois encore, tenu à l'écart des pourparlers.
1. Le Roi au comte de Briord, 16 mars 1698. Aff. Étr. Corr. Turin, toI. XCIX, fol. 328.