‹ Savoie-Sardaigne et Mantoue (volume 2)Chapitre 134 sur 223 · RECUEIL DES INSTR. DIPLOM. XIV. — M · texte numérisé non relu

RECUEIL DES INSTR. DIPLOM. XIV. — M

L'inlention de Sa Majeslé n'étant pas de faire rendre h cet ambsssadcur les honneurs dans les lieux de son royaume où i! passera, elle ordonne seulement au sieur de Lytioy de tenir la main à ce qu'il ne soit rien fait à son égard dont il puisse aroir lieu de se plaindre. Elle lui fait remettre avec cette ios- Iruction un ordre général, en vertu duquel il pourra avoir recours à l'autorité des gouverneurs ou autres officiers des lieux de son passage lorsqu'il le jugera nécessaire. El le sousbrigadier qui commande les mousquetaires destinés pour l'escorte du sieur comte de Vemon, agira de concert avec ie sieur de Lyboy, pour tout ce qui peut regarder la sûreté dudit sieur ambassadeur. Lorsqu'il sera arrivé à Antibes ou même & son passage à Toulon, le sieur de Lyboy le priera d'envoyer quelqu'un de sa part au duc son maître, pour l'informer du jour de son arrivée à Antibes et pour l'obliger à faire avancer pareillement le sieur de Phélipeaux jusques sur la frouti^^e du comté de Nice, pour &tre échangé soit à Saint-Laurent ou au passage du Var avec ledit sieur ambassadeur de Savoie en la manière dont le sieur de Phélipeaux sera convenu avec lui. Et, comme il pourroit arriver que le retardement que l'on apporteroit à le faire avancer sur la frontière obligerait à faire séjourner le sieur comte de Vernon à Antibes, Sa Majesté ordonne au sieur de Lyboy d'avoir pendant ce lomps-Ià une attention particulière pour empêcher que lui ni ceux de sa suite, ne puissent avoir avec le gouverneur de Nice ou avec quelqu'autre personne que ce puisse être, aucune relation qui puisse ùtre contraire au bien de son service. Le sieur de Lyboy pourra, en vertu de l'ordre général qui lui sera remis avec cette instruction, demander aux commandants des places-frontières ot des troupes de Sa Majesté telle augmentation d'escorte qu'il jugera nécessaire pour la sûreté de l'échange cl pour prévenir les insultes que les habitants du comté de Nice pourroient faire à cette occasion. Et, après que cet échange sera fait. le sieur de Lyboy viendra rendre compte au Boi de ce t aura fait en exécution de ses ordres.

CHARGÉ d'une NÉGOCIATION SECRÈTE

nos

Depuis 1703, le duc de Savoie faisait cause commune avec les ennemis du Roi. Pour le détacher de Talliance française, TEmpereur, par un traité en date du 8 novembre 1703, lui avait cédé dans le Milanais les provinces d'Alexandrie et de Valence et le district de la Lumelline. Dès qu'il crut avoir suffisamment affirmé aux yeux de la cour Impériale l'utilité de ses services, Victor-Amédée recommença à négocier, cherchant à obtenir de nouveaux avantages. C'était la tactique qu'il avait suivie avec Louis XIV avant la rupture de 1703. A partir de 1707, son attitude équivoque permettait de supposer qu'il ne serait peut-être pas impossible de le détacher d'alliés peu déférents, et d'un parti dans lequel il semblait ne plus avoir intérêt à demeurer.

Pendant les campagnes de 1707 et 1708, les armées Impériales violant le territoire de l'État ecclésiastique, firent la conquête du royaume de Naples et dominèrent l'Italie entière. Au mois de juin 1708, l'Empereur publia un décret par lequel il déclarait vouloir faire revivre les anciens droits de l'Empire sur toute la Péninsule. Cette prétention jeta l'alarme dans tous les esprits, et beaucoup de de ceux qui avaient jusque-là vu le danger du côté de la France se prirent à regretter de n'avoir pas été plus clairvoyants. La cour de Versailles espéra pouvoir tirer parti de ces dispositions, et réunir dans une ligue contre T Empereur les Princes et les Républiques d'Italie rapprochés par un même sentiment de crainte.

On agita, parait-il, assez longuement dans les conseils du lioi, la

-3Rt

- - — —m. 1 II *■! -JV- A*

•Ti.ji: ;^ j;-iit^rÂ.2âEiX£-

mnL.

I 2ixiiiir at

ÏZ" ZL: T.-

Il*

•ir. - - im •: ti>=l k.*i^zi.x*- j»i ^1.*'-

- « .Si

mk'-ml 'l^

• OPPRESSION ALLEMANDE EN ITALIE. 26i

»it être attribuée à l'éloignement de ses troupes dont le r finira ce qu'elles ont commencé avant leur départ, si les res ne sont bien prises pour s'y opposer. ar éloignement n'empêche pas que TEpipereur ne garde blement la ville de MantoueS place dont les Vénitiens lient autrefois qu'il étoit si important pour eux d'exclure lais les Allemands. La situation n'est pas changée et, de

les troupes de f Empereur sont en possession du duché de

la République [de Venise] a conservé sa splendeur on ichant constamment à ses anciennes maximes, elle doit aivre encore dans une conjoncture où elle ne peut s'en ler sans périr. Il est essentiel pour elle que les Allemands int du duché de Milan dont TEmpercur déclare qu'il veut înir tous les anciens droits aussi bien que ceux de l'Em-

Il ne l'est pas moins de les forcer à sortir de Mantouc. igue de l'Italie, devenue nécessaire, en est le seul moyen, \ la République de Venise peut trouver des avantages pariers en les chassant de cette dernière ville, loique le duc de Guastalle ^ à qui la succession en appart, se soit rendu indigne de la protection du Roi par sa ialité pour les ennemis de Sa Majesté, Elle sacrifiera ndant sans peine son ressentiment au bien public. Il îendra toujours davantage aux Vénitiens qu'un prince e soit maître de Mantoue, que de laisser cette ville entre lains des Allemands. Mais il faudroit aussi, pour être assuré ui, qu'elle fût gardée par les troupes de la République, arte que ceux qui ont le plus d'intérêt d'cm pocher qu'elle

'harles IV de Gonzague, duc régnant de Mantoue, banni do ses Etats par périanx depuis le mois de janvier 1707, venait de mottrir à Padoue (5 juillet sans laisser d'héritiers légitimes.

'incent de Gonzague (1634-1714) était fils d'André de Gonzague et de Laure Uio et petit-fils de Ferrant de Gonzague, duc de Guastalla. Il porta d abord n de comte de San-Paolo et vécut en simple particulier dans le royaume de *. Âpres la mort de son cousin Don Vespasien, en 1687, il fit valoir ses droits ché de Guastalla et obtint l'investiture impériale en 1692. Obligé d'abandonner ats après la bataille de Luzzara en 1702, il se retira à Venise. Guastalla

• alors la possession du duc de Mantouc. Les succès des impériaux en Italie ^ et 1707 permirent au duc Vincent de rentrer à Guastalla. A la paix ^ht, il ne put obtenir la succession du duché de Mantoue saisi par l'Empereur, »iinit en 1714. (Litta, Famiglie illustri italiane, t. III.)

ne tombe au pouvoir de TEmpereur, devinssent les garants de sa conservation.

L'article de Mantoue est un point essentiel à faire entrer dans le traité si le maréchal de Tessé en signe un avec la Republique, et peut-être que, touchée de l'ambition de s*agrandir, elle ne seroit pas insensible à l'acquisition de Mantoue et dû Mantouan et à lavantage de joindre cet État à celui de terre ferme, si elle trouvoit le moyen de le faire avec sûreté et avec apparence de justice. Le maréchal de Tessé ne doit point éloigner les propositions qu'elle lui fera sur ce sujet; il faut au contraire qu'il en insinue la pensée si l'ouverture ne lui en est pas faite, mais en sorte qu'il paroisse parler de lui-même et sans ordre, Sa Majesté voulant se réserver à décider sur. cet article lorsqu'elle sera informée et du succès de son voyage et des dispositions qu'il aura trouvées à Venise.

Il pressera la République de faire exécuter le traité qu'elle a conclu avec les cantons de Zurich et de Rerne, et de leur demander en vertu de leurs engagements, les quatre mille hommes qu'ils doivent lui fournir. Ce corps fortifiera les troupes vénitiennes, ot peut-être que les cantons catholiques auront plus de facilité à secourir le Pape, lorsqu'ils verront les deux principaux cantons protestants s'affaiblir pour envoyer des troupes aux Vénitiens. Les Suisses trouveront les passages ouverts pour entrer en Italie si la République s'unit avec les autres Princes.

Quoique le cérémonial empêche depuis longtemps la correspondance entre oUe et le duc de Savoie, ce prince a cependant des a}?ents secrets à Venise, et le commerce caché n'est peutêtre pas moins vif que le seroit celui qu'il pourroit avoir avec les Vénitiens par. la voie de ministres publics. Il y a peu de temps qu'il a fait dire à quelques-uns de ce gouvernement, qu'il seroit toujours bon Italien et que ses engagements avec l'Empereur n'empêcheroiont pas qu'il ne fît connoître ses sentiments lorsque l'occasion le demanderoit. Le sieur Morosini, qui a été ambassadeur à Rome, a confié ce discours au comte Marsigli quand il a passé à Venise, et vraisemblablement , il ne l'a pas fait sans un ordre particulier de la République. Elle

Page 1