‹ Savoie-Sardaigne et Mantoue (volume 2)Chapitre 135 sur 223 · VENISE ET LE DUC DE SAVOIE · texte numérisé non relu

VENISE ET LE DUC DE SAVOIE

donneroit un grand poids à la Ligue si elle y attiroit ce prince. Son union avec les princes d'Italie seroit le moyen le plus sûr de chasser les Allemands du Milanois ; et, si ces deux puissances les obligeoient à repasser les monts, elles pourroient trouver ensuite dans le partage du Milanois, un ample dédommagement des dépenses qu'elles auroient faites pour assurer la liberté commune. Car il est certain que le duc de Savoie n*est pas moins menacé que les autres princes, et que, si la maison d'Autriche conserve la partie qu'elle s'est réservée de l'Etat de Milan, elle sera toujours attentive à profiler d'une conjoncture favorable pour dépouiller ce prince de celle qu'elle a été contrainte de lui céder.

Le maréchal de Tessé découvrira pendant le cours de la négociation les dispositions de la République à l'égard du duc de Savoie, et s'il n'étoit plus question que du consentement du Roi d'Espagne pour le partage du Milanois, il y a lieu de croire que le Roi l'obtiendroit aisément, puisqu'en cédant ses droits sur un Etat dont il n'est plus le maître, il engagcroit les principales puissances d'Italie à faire une diversion dont la paix générale seroit bientôt le fruit.

Quant à la manière de faire le partage, celui qui seroit le plus avantageux aux Vénitiens, le seroit aussi à Sa Majesté parce que la République éloignée des frontières du Royaume, et toujours foible malgré son agrandissement, ne pourroit jamais former de desseins dangereux. Au contraire, les projets du duc de Savoie, ceux de sa maison, et, par conséquent, son agrandissement, doivent toujours être suspects à la France. Si toutefois les choses étoient disposées au partage, lesdits Vénitiens n'obtiendroient apparemment que le seul Crémonois pour le joindre aux Etats de la République.

L'augmentation de celui de Parme aux dépens de quelque portion du Milanois comme le Lodesan seroit aussi un bien pour l'Italie; mais il suffit dcn faire la simple proposition si Toccasion s'en présente, sans insister beaucoup pour la faire

accepter

. . Le Roi fait remettre au sieur maréchal de Tessé des lettres de créance pour les princes et Etats d'Italie. Les unes sont avec le

simple titre de plénipotentiaire ; les autres avec celui d'amb&ssadeur extraordinaire. Le mieux pour le succès de l'affaire dont il est chargé est qu'il ne se serve que des premières- La caractère d'ambassadeur causcroît beaucoup d'embarras k Gènes ; il empècheroil qu'il ne pût voir le grand-duc de Toscane, et pratiquer les nobles à Venise. Sa Majesté laisse (oulefois i sa, prudence de le prendre, s'il juge que le bien des affaires le demande, comme à Venise, après la conclusion d'un traité, ou bien à Rome dans une pareille occasion.

Ellii fiiit Joindre à ces lettres des pouvoirs pour traiter avec les princes d'Italie, soit en commun, soit en particulier. 1 premiers seront peut-être inutiles par la foiblessc et par la timidité do ces Princes ; mais le voyage du maréchal de Tess4 ne seroit pas [inutilej, s'il pouvoil pendant sa route lier une cégociation secrète avec le duc de Savoie, et rompre ses engagements avec les ennemis du Roi, avant même qu'ils cus»enl lieu de soupçonner les intentions de ce Prince.

Il ne peut douter de celtes de l'Empereur & son égard. Il ull que, s'il eût 616 possible îi la maison d'Autriche d'acquérir e de conserver par ses propres forces le duché de Milan, elle oa l'auroil jamais partagé avec un allié très suspect pour elle. H qui ne doit son nouvel agrandissement qu'au besoin qun loa ennemis de la France avoient de ses secours. Il a vu en dernier lieu la Tépugnance cxtr<^me de l'Empereur à lui accorde^ l'investiture du Monferrat, sa résistance à céder aux soltieili lions pressantes et continuelles des Anglois et des HoUandois. Il n'en doit même le succès qu'à ses liaisons particulières avet le duc de Malborougb; il reçoit en toutes occasions des preuve* de la défiance de ces deux nations k sou égard. Ses demande! les plus justes ne lui sont aceoixlées qu'à force d'importunités* et l'on trouve ses ministrea>à Londres et à la Haye trop pre^ sants lorsqu'ils sollicitent l'exécution des Irailés. 11 doit donc se dire à lui-même que, si l'Empereur ou l'Archiduc »on frèn demeurent par la paix générale en possession de lu partie du Milanois qu'ils octmpent, ils n'auront nul soin plus pressant quq de réunir celle qu'ils ont été contraints de lui céder ; tt déji l'Empereur s'en est préparé le prétexte, déclarant dans le c

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