SECOURS DE LA FRANCE NÉCESSAIRE AU DUC DE SAVOIE
temps qu'il accorde au duc de Savoie tant de nouveaux Etats relevant de la Couronne Impériale, que nulle aliénation de cette nature ne peut se faire validement sans le consentement de l'Empire.
Ses intentions sont donc connues : il reste à voir si ses forces suffisent pour exécuter ses projets apr^s la paix, et si celles du duc de Savoie sopt assez grandes pour le maintenir dans la possession des Etats qui lui ont été cédés.
Quand la guerre se fera seulement entre la maison d'Autriche possédant une partie de TEtat de Milan et le duc de Savoie maître de Tautre partie, on doit juger que les pays héréditaires fourniront plus d'argent et plus de troupes pour la soutenir que tous les Etats du duc de Savoie ne le pourront faire. Il aura, par conséquent, besoin d'alliés pour se défendre. Les Princes d'Italie, jaloux do sa puissance, ne se presseront pas de le secourir, principalement s'il continue de regarder tranquillement les démarches que l'Empereur fait pour les opprimer. Il sera même dans la suite considéré comme Tauteur de tous les maux de leur patrie commune, puisque sans lui les Allemands ne seroient jamais demeurés en Italie.
S'il implore Tassistance des Anglois et des Ilollandois, ces
Dations seront sourdes à sa voix et les querelles étrangères qui
Q 'intéresseront pas leur commerce leur seront absolument
''ïdifférentes. La reconnoissance ne règle pas leurs démarches,
^*, d'ailleurs, elles croiront les services du duc de Savoie suffi-
s^niinent payés, et par les subsides qu'il a reçus pendant la
Ç'ieiTe, et par les provinces qu'elles ont fait ajouter à ses Etats.
Mais quand môme un esprit de reconnaissance qui agit rare-
^<ïi^t sur le public, feroit assez d'impression en Angleterre et
^^ liollande pour obliger Tune ou l'antre de ces nations à
défoiidre le duc de Savoie, le gouvernement de ces Etats sera
peixt-être changé lorsque ce Prince aura besoin de secours, et
les guerres ou mutuelles ou intestines les empocheront de
^i^ger à d'autres affaires qu'à celles de leur propre pays.
ï-«a ressource de ceux de ses ancêtres dont il a le plus imité
^ conduite éloit de recourir à la France quand ils craignoient
Vfetre accablés par la puissance de la maison d'Autriche. Mais
les alliés de ce Prince persuadés -qu'il suivroit cet exemple, ont eu une attention particulière à lui fermer cette route, et, sous un faux prétexte d'union et d'intérêts communs, ils ont eu l'adresse de l'engager de plus en plus à irriter le Roi de manière qu'il fût à jamais privé des secours de Sa Majesté. Ils ont espéré que la guerre épuisant le duc de Savoie et affoiblissant la France, Sa Majesté seroit hors d*état de Tassister et lui-même de se défendre si, quelque jour, il convenoit à leurs intérêts de lui faire perdre les Etats dont ils Tout enrichi.
Il n'a désormais aucun nouvel avantage à leur demander; sa vue doit être de conserver ceux que la nécessité seule de son alliance lui a fait acquérir ; s'il attend pour les maintenir la conclusion de la paix, ses intérêts seront peut-être sacrifiés d'un commun consentement à ceux du bien public, et sa possession ni ses nouveaux titres ne seront pas plus considérés que ses prétentions à la succession d'Angleterre l'ont été par les Ânglois. Il est donc de sa prudence, de son habileté et de la gloire de sa maison dont il est particulièrement touché, de prévenir la paix générale pour se réunir à la France, et d'effacer par le service qu'il rendroit au Roi le souvenir du préjudice qu'il lui a causé par sa défection.
Le maréchal do Tessé peut trouver à Gênes des gens capables d'insinuer ces réflexions au duc de Savoie. L'abbé Del Maro * est actuellement dans cette ville chargé du soin de ses affaires, et si ce canal n'étoit pas assez assuré, le sieur d'Iberville • en indiqueroil de meilleurs dont on pourroit se servir pour faire connoîlrc a ce Prince que Sa Majesté n'est pas, comme il le croit, tellement irritée contre lui, qu'elle ne fasse céder son ressentiment au bien prcjsent des affaires et à la considération de l'avenir: qu'elle a le même intérêt que le duc de Savoie, d'empêcher que l'Empereur ne demeure maître d'une partie du Milanois, et qu'il ne s'empare encore après la paix du reste de cet Etat; qu'elle consentira que le duc de Savoie conserve la
1. Don Charles- Joseph Doria del Maro, abbé do Sainte-Marie de Vezzolane, ministre d'Etat, premier aumônier du duc de Savoie, chancelier de Tordre de l'Annonciade.
2. Charles-François de Li Bonde d'Iberville, ministre de France à G^nes de 1706 à 1710.