EXÉCUTION DU TRAITÉ D'UTRECHT
étoit d'attaquer ces mêmes États, dont les Princes d'Allemagne n'a voient nul intérêt de lui garantir la possession.
Pour y réussir, les mesures dévoient être prises avec le roi de Sicile; et, sans une alliance particulière avec ce Prince, une guerre nouvelle en Italie auroit causé beaucoup de dépense au roi, et les succès en auroient été très douteux. Comme il étoit de l'intérêt de ce Prince de seconder les desseins de Sa Majesté soit pour obtenir l'accomplissement des promesses que le feu Empereur Léopold ' lui avoit faites par le traité de 1103, soit pour conserver le Montferrat et la partie du Milanois qu'il possède en vertu du même traité, il y avoit lieu de croire qu'il s'empresseroit de faire des offres et de proposer les moyens de faire une guerre, dont il devoit lui-même retirer les plus grands avantages.
C'étoit autant pour savoir ses intentions sur une matière si importante, que pour lui faire compliment sur son avènement au royaume de Sicile, que Sa Majesté résolut, au mois d'octobre dernier, d'envoyer auprès de lui le marquis de Prie, en jualité d'ambassadeur extraordinaire, étant persuadée par la ionnoissance qu'elle a de son zèle et de ses talents, que perlonne n'est plus capable de la servir à son entière satisfaction lans un emploi très considérable et qui pourra le devenir ncore davantage dans la suite des temps. Mais, au lieu d'offres et de propositions de la part du roi de icile, son ambassadeur auprès du roi n'a jamais parlé que e Tobligation où Sa Majesté est entrée par le traité d'Utrecht 'employer, conjointement avec la reine d'Angleterre*, ses ffices et ses offres pour procurer l'exécution du traité de 1703, . de faire confirmer le même traité d'Utrecht dans tous ceux le Sa Majesté feroit pour la paix générale. Lorsqu'on a imandé à ces ambassadeurs {sic) quels engagements soni maître ^endroit et quels efforts il pourroit faire pour seconder ce que roi voudroit ou pourroit faire en sa faveur, il s'est toujours streint à dire que les forces de ce prince étoient médiocres,
. L*emperear Léopold était mort en 1705. II eut pour successeur son fils aîné, . Anne Staart, reine de la Grande-Bretagne de 1702 à 1714.
qu*îl étoit de la grandeur et de la gt^oérosité du ro* d'y a pléer ; qu'il s'agissoît de l'exécution des promesses qn'f avoit faîtes par un traité solennel : toutefois, que, s'il j plaisuit de s'expliquer, de ce qu'Elle demandoil de la part ^ roi de Sicile, Elle seroit satisfaite, qu'Elle pouvoil former I plans, et que l 'ambassadeur avoit UD pouvoir pour traiter.
Ces réponses gf^nérales et ce pouvoir sans inslnictîons sul soient pour juger du peu d'effet des instances que l'ami» (leur du roi pourroît faire auprès du roi de Sicile.
Ainsi, Sa Majesté n'ayant pas lieu de compter sur une lifj avec ce prince, encore moins sur les avantages que prodain une guerre nouvelle en Italie, a sagement estimé que la [ générale devenoit tous les jours plus nécessaire et qu'il convt noil d'attendre l'événement des conférences de Rasladl, avu que de faire partir le marquis de Prie pour se rendre en Sid
Elle n'a rien oublié dans cette négociation, pour faire ias< dans le traité qu'elle vient de conclure avec t'empcreor 14 ticle 1 cl 18 du Irailé d'Utrecht.
I^ premier projet d'une convention préliminaire, donné f le prince Eugène de Savoie, étoit cnlièremenl conln aux droits du roi de Sicile. Sa Majesté le Gt rectifier. On dn par ses ordres un nouveau projet, et l'arlicle qui regardoil 1 lutérJ^tt; de ce Prince, y fut inséré tel qu'il avoit été donné f Sun ambassadeur.
Pour une plus grande précaution, Sa Majesté voulut enct envoyer au maréchal de Villars un aulre article pour sappn au premier, en cas qu'il f&I rejeté, et. dans le second, termes de l'article 7 du traité d'Utrecht furent copiés de l à mot, sans laisser au maréchal de Villars la liberté de s'4 relftcher. Il exécuta si régulièrement les ordres de Sa Majedi qu'il s'en est peu fallu que la négociation n'ait été rompue s cet article qui fut lu cause du voyage du sieur de ConUdes ', lu paix seroit aujourd'hui plus éloignée que jamais de su {
t. Oupud de ConUdes (ICÔft-ITÎS) lieDlsniiit-colonel da Régiroeni du g mijor-géDénl de r»rniAe du mar^cbal de Villari 1 Denain. lieoteiunt gim ' Ijrknd crokx de SûnI'LouIa, pèro du marâchil do ConUdes. Sur le* négv (In M. d" Conlutng, Cf. La Coalilion rf« 1701 contre la Franc», {xr la B Courcy, n. t>. ÎSfi-ïfiî-
NÉGOCIATIONS AU SUJET DU VIGEVANASQUE. 287 flasion. si te roi n'eût bien voulu prendre des tempéraments pour adoucir la dureté que l'empereur trouvoit à passer les expressions du traité d'Utrecht et pour assurer en même temps au roi de Sicile la possession tranquille des États qui lui ont été cédés et dont il jouit actuellement.
C'est ce que le marquis de Prie verra par la copie qui lui sera remise du traité signé à Rastadt. Il est vrai que la condition de mettre ce Prince en possession de la province de Vigevano n'y est pus comprise ; mais la situation des affaires csl telle qu'il falloit, ou se désister de cette prélenlîon. ou rompre les conférences, ou continuer la guerre.
Le roi de Sicile ne sauroit se plaindre légitimement d'avoir ^té abandonné en cette occasion contre les promesses que le roi lui avoit faites. Car il est certain que Sa Majesté n'a rten oublié pour lui procurer une entière satisfaction. Elle a risqui^ pour lui de rompre ta négociation, et certainement il n'auroit plus été question que de continuer la guerre si le sieur de Contades eût été renvoyé sans aucune modération sur cet article. Les termes dont te roi s'est servi, assurent le repos de l'Europe et ne font rien pei'dre au roi de Sicile de ses droits. Et quand il rccevroît quelque préjudice d'un traité fait entre le roi et l'empereur, pour te rétablissement du repos général de l'Europe, il pourroil se consoler d'une perte aussi tégiire en réQéchissant sur les grandes acquisitions qu'il a faites pendant le cours de la dernière guen-e, et dont la jouissance paisible lui est confirmée par la paix.
Mais, indépendamment de ces considérations, il est encore plus utile au roî de Sicile que la guerre finisse entièrement en Italie, que de la voir prolongée pour le seul article du Vigevanasquc. 11 sait quelle est l'incertitude des armes et que souvent jn soubaite longtemps la pais avant de parvenir à sa conclusion. Il déclare qu'il n'est pas en état de soutenir la guerre, si le roi le l'assiste puissamment. Il demande aussi des secours consilérables à la reine de la Grande-Bretagne. Il y a peu de difféence entre ces instances et des déclarations formelles que la laix est nécessaire, et qu'il faut, par toutes sortes de raisons, la (érer à la tjuerre, car it n'y a personne en Europe qui puisse
doultir que la France uil besoio ilii repos, après les efforts inutiles qu'elle ii faits pour soutenir, pendant treize ans, un ai grand nombre d'ennemia ; personne, par cooséquent, qui no juge que ce seroil une imprudence de refuser la paix, lorsqu'elle ne dépendroit que de faire insérer dans le traité la cessiou de la province de Vigevano, en faveur du roi de Sicile,
On jugera de mftme qu'il ne seroil pus de la prudence ordinaire de ce Prince, de s'appuyer, comme sur un fondemeni solide, sur les secours que la reine de la Grande-Bretagne pourroit lui promettre. Car on sait aussi quel est l'état présent dfl l'Angleterre, les révolutions que les Anglais envisagent comme prochaines, et que plusieurs d'entre eux souhaitent de voir promptement arriver. Si cette couronne s'engageoit pn^senlement k soutenir les droits du roi de Sicile; si m^me elle lui envoyoit quelques escadres, qui est le seul secours qu'elle puisse lui donner, il ne seroil pas sûr que, dans trois mois, il refûl d'elle les mCmes assistances, et si le duc d'Hannover' pars'enoit au trdne d'Angleterre, le roi de Sicile trouveroit en lui un ennemi d'autant plus dangorL-uK que les droits de ta maison de Savoie sur cette couronne sonl antérieurs h ceux de la maison d'Han* nover.
La conduite du roi de Sicile à l'égard de la reine de U. (îrande- Bretagne a i?té très bitliilc pendant tout le cours de laguerre, et, quelque changement qui soit arrivé dans TadminiS' Iration des affaires de ce royaume, il a toujours Irouvé ceux qui ont eu le plus de part au gouvernement également pr^ venus pour ses intérôts, et favorables h sonagrandisBement. Il en a profité pour acquérir le royaume de Sicile, la reine de )■ Grande-Bretugoe ayant insisté sur cet article, comme sur i condition essentielle de la paix. Mais, pendant que la ligM subsialoit encore, l'Angleterre pouvoit demander et obtenir tl roi d'Espagne beaucoup plus que l'empereur n'accorderoit s instances de cette couronne, présentement qu'elles ne sont plui soutenues par les armes, et que les secours qu'elle pourroïl donner au roi de Sicile se réduiroient & l'envoi de quelqui
i. Otoifei (ie Brunawick-HuKK'ro (1500-1137) tui *pp«la aa tr6Q« de la C • «[ir»* U mort dr li reine Anne, lo 10 loùt 17t4.