ETAT DES ESPRITS EN SICILE
croire bien plus en élat de l'eniraincr depuis qu'il ;t Joinl aux anciennes possessions de sa maison, non -seulement le Monlferrat et la partie du Milanois que l'Empereur lui a cédée, mais encore le royaume de Sicile.
Il n'oublie rien pour le rendre florissant, et pour en tirer des avantages inconnus aux Espagnols, pendant qu'ils ont possédi^ cette ite. Il sapplique, en mtme temps, à se concilier l'affection de ses nouveaux sujets; mais il paroît que ses soins sur cet article ont peine à réussir, 11 est diflicile d'apprivoiser une nation disposée h murmurer et à se plaindre, quelques traitements qu'elle reçoive, bons ou mauvais. La noblesse éloit ra&ontentcde voir ses exactions cl sa tyrannie réprimée par le nouvel ordre que le itoî de Sicile veut établir.
Les peuples se plaignent des nouveaux impôts et de la continuation des anciens. L'anlipatbie de tous les Siciliens pour les Piémontois est générale et l'attention que le Roi, leur maître, donne à réprimer ces derniers et à les punir h ta moindre faute qu'ils commettent, rend les autres plus insolents, persuadés qu'il ne tient qu'à eux de se faire craindre.
Si le Roi n'eut assur<! la paix de l'Italie par le traité de Rastadt, il y auroit eu vraisemblablement quelque révolution ou dans le royaume de Sicile, ou dans celui de Naples. Les peuples de l'un et de l'autre, également légers, auroiont eu peine à supporter longtemps un autre gouvernement que celui d'Espagne qu'ils regrettent nonobstant les plaintes qu'ils en ont faites. Les Napolitains ont de justes sujets de se plaindre de la dureté et des exactions des Allemands ; mais comme il est difficile que ces deux royaumes restent séparés, il y a lieu de croire qu'ils se seroient réunis en faveur de celui qui auroit mieux su ménager, dans l'un el dans l'autre, les esprits qu'il auroil trouvés disposés à la révolte : et le nombre en paroU considérable.
Le bruit s'étoit répandu que le roi de Sicile, connoissant la nécessité inévitable de cette réunion, songeoit à traiter avec l'empereur de l'écbange de la Savoie, du Piémontet du Montferral, avec le royaume de Naples. Mais, si ces idées ont eu quelque réalité, elles se sont évanouies depuis que l'empereur a marqué
Î9tl LE UABQnS DE PRIE, i7)3-17ig.
son ressentiment contre le roi de Sicile, en faisant sortir l'empire les ministres que ce Prince lenoit à Vienne et à 1« diète d'Augsbourg. Comme la maison d'Autriche oublie dif^cîlement les offenses qu'elle a faites ou reçues, le roi de Sicile paroil persuadé que cette dernière dt^marche le menace d'une vengeance éternelle de la part de cette maison. Il s'en sert pour se faire un mérite auprès du Roi du traité qu'il signa l'année dernière avec Sa Majesté sans i^tre arrêté par la crainte > du ressentiment de l'empereur, dont il étoit dès lors bien averti.
Si c'est un sacrifice, on peut dire qu'il a été bien récompensé par les Etats et par la dignitiî que ce traité lui a procurés. Mais il faut que le marquis de Prie se serve des démonstrations de haine et de vengeance, que la cour de Vienne donne à ce Prince, pour lui faire voir qu'il est de sa sagesse de s'unir étroitement avec le Roi, qu'il ne doit jamais rien espérer de h maison d'Autriche, devenue son ennemie irréconciliable, depuis qu'il partage avec elle des Etats qu'il croit devoir seul posséder.
Il est important sur toutes choses d'empêcher l'échange dea États héréditaires de la maison de Savoie avec le royaume de Naples, si jamais il étoit question de ce projet. Car il ne pourroit convenir au Roi de permettre que les Allemands devinssent maîtres de la Savoie. Mais ilparoit que la situation des affaires est telle, que ce plan ne sauroit être présentement ni proposa ni suivi.
Il en est à peu près de même des desseins que le roi de Sicile avoit formés, de marier le prince de Piémont avec une des archiduchesses, fille du dernier empereur Joseph. Le conseil de Vienne, naturellement opposé & ce mariage, le rejette encore plus fortement depuis que l'empereur a témoigna publiquement ses sentiments à l'égard du roi de Sicile.
Comme ce Prince a toujours été occupé de l 'agrandissement de sa maison, il est difticile de croire qu'il voie, sans peine, les droits des princes ses enfants sur la couronne d'Angleterre rejetés, et ceux du duc de Hannover préférés par la seule raison de la religion. Quelques gens prétendent que, plutôt que de