‹ Savoie-Sardaigne et Mantoue (volume 2)Chapitre 15 sur 223 · Aff. Etr. Corr. Turin, vol. CIX, fol. 124 et suivants · texte numérisé non relu

Aff. Etr. Corr. Turin, vol. CIX, fol. 124 et suivants

SCCCESSION D'ESPAGNE. tir

des (^)JralioDs qu'il» allaicol entrvpivndn- eo commun. Lt> prince pîémonUis sobil en apparence d'assez boime grlcv les coadiUoosdu Rot ; an fond du ofur. il conservait de perfides irrièr^pensées qui ne tardèrent pas à se faire jour.

PewUnl l'année 1*101, il s'acquitta convenablement de ses devoirs d'allié et combattit m^me raîllammeot à Cbiari h la me àe l'arma française. Mais, dès la Gn de la première campBgne, il ramena s^^ troupes de Lombardie en Piémont et se mit à marchander arec Pb^lipeaui le prix du concours ^u'il prêterait dans la suite à Louis XIV. Le moment semblait |n|Hce pour se montrer exigeant : la grande alliance venait it ce former contre la France. Le duc de Savoie commença par rfdaner la promesse dn Montferral à la mort du duc de Mantoae, 00 mi^me la cession immédiate de ce territoire, le duc de Uantone devant être indemnisé pal* l'abandon du Crémonais. Il demanda et obtint du Roi le maintien intégral des subsides ^ù lui avaient été promis, bien qu'il ne fournît plus que la ■oitié ducontingenl prévu. C'était, à tout hasard, le moyen de »e ménnger d'importantes réserves précuniaires. Au fond, un igruulissement en Lombardie demeurait toujours son principal objectif, n renouvela la demande relative au Milanais qu'il ivait faite l'année précédente en offrant cette fois encore de céder la Savoie & la France. Louis XIV refusa d'acheter la coopérnliondu prince piémonlais en dépouillant son petit-lils. Pendant loulela durée de ces pourparlers, le duc Victor ne fut plus qb'mt allié suspect, tortueux, plein de faux-fuyants. Au Heu d'aider les années françaises, les troupes piémontaiscs semblaient s'ingénier à gêner leurs mouvements et à les inquiéter. En m^rnc temps qu'il négocinit avec Louis XIV, le duc de Savoie av&it également entamé des pourparlers avec l'Empereur. Au moisde juillet 1703, un diplomate autrichien, le comte d'Auersp«fg vint en secret séjourner i Turin. Phélipeaux surprit une partie dr ces manœuvres : bientôt il n'y eut plus à douter des projets de défection, prochaine de Viclor-Amédée. Louis XIV cnl devoir prévenir par un coup de force celte trahison. Sur »on ordre, le duc de Vendôme, commandant en chef de l'armée fntiçaise en Lombardie, lit désarmer brusquement les troupes

RECUEIL DES INSTH. UIPLOU. , .MV. — e

IXTI INTRODUCTION.

piémontaises, et exigea da doc de Savoie plusieurs places de sûreté (29 septembre 1103). Dans cet instant critique, Victor- Amédée fit preuve d'une admirable présence d'esprit. En hâte, il mit sa capitale à Tabri d'une surprise et appela tous ses sujets sous les armes. Pour se venger de l*afiront que lui avait fait Louis XIY, il retint Phélipeaux prisonnier, au lieu de le renvoyer en France ' . En même temps, il expédiait des agents auprès des princes signataires de la Grande Alliance, pour régler les conditions de son accession. La chancellerie impériale montra moins de scrupule et plus de sens pratique que la cour de Versailles. Le 8 novembre, un traité d'alliance fut signé entre l'Empereur et le duc Victor '. Cette convention assurait à la maison de Savoie la partie du Montferrat possédée par le duc de Mantoue, et, en Lombardie, les provinces d'Alexandrie et de Valence, fk Lomelline et le val de Sesia. Victor-Amédée était proclamé généralissime d'une armée impériale qui devait opérer dans la haute Italie et se composer de 20000 Autrichiens et de 15000 Piémontais. Dans le cas où les alliés pourraient s'avancer en territoire français, les conquêtes en Dauphiné et en Provence appartiendraient au duc Victor, celles qui seraient faites^en Bourgogne et en Franche-Comté seraient attribuées à l'Empereur.

Chaque rupture des ducs de Savoie avec la France avait eu généralement pour conséquence la perte des États de la maison situés sur le versant occidental des Alpes. Au moment où il se jetait dans le parti de TEmpereur, Victor-Amédée voulut tenter un expédient pour « mettre à couvert la Savoie des invatf sions de la France » . Au lendemain même de sa déclaration de guerre, il fit partir pour la Suisse le président Mellarède, dans le but de proposer l'incorporation de la Savoie à l'état helvétique avec une garantie de neutralité. Cette négociation se poursuivit durant plusieurs mois. Les projets de l'envoyé piémon-

1. Phéllpeaox ne rentra en France qu'après sept mois de captirité. Cf. Mimoirei contenant les intrigues secrètes et malversations du duc de Savoie avec les rigueurs qu'il a exercées envers M, de Phélippeaux, ambassadeur de France auprès de lui à Turin. Ce mémoire a été imprimé dans les Mémoires di/^ comte de Tessé, n, p. 8

et suÎTantes.

2, Cf. Traités publics delà Royale maison de Savoie, II, p. 203,

POLITIQUE DE L'ANGLETERRE DANS U MÉDITERRANÉE. Lxvn tiit eussent augmente la sécurité tle la Suisse en couvrant sa (roDti^iv i)u côté au pays de Vaud et de Genève. Un parti usez nombreux dans les cantons les accueillit avec faveur. Dans k courant de l'été 1704, les pourparlers prirent fin sans avoir produit de résultat. Il n'est pas sans intérêt toutefois de noter it curieux épisode. L'idée devait élro reprise un jour, et la uculralité du Chablais et du Faueigny a été réclamée par la «Hirde Turin en 1814 '.

Les débuis de Victor-Amédée comme adhérent à la Grande Alliance, l'exposèrent aux plus i-udes épreuves. Insuffisamment soutenu par sesalliL^s, il perdit en fioi et 1705 presque tous s« Etats. Cependant, la capitale du l'iéniont tenait encore. Louis XIV résolut de faire le siège de Turin, et en confia la <]in-ctton au duc d'Orléans, h la Feuilladc et à Marsin, qui venaient de remplacer Vendôme. Ces généraux incjipubles. trouvèrent en face d'eux le prince Eugène de Savoie à la tPle d'une puissante armée autrichienne. L'entreprise iiboutit à un 'pouranlable désustro {7 septembre 1706). qui eut pour conséqoc-ocede faire perdre .lux Français toute la Haute-Italie. I£n Allemagne et duns les Flandres, la France subissait, presque » même moment, les terribles défaites de Hochstœdt et de Rtmilies. Le duc de Savoie put relever la lAte : h son tour, il rovabit avec ses alliés les Etats du roi Très-Chrétien.

Depuis les événements qui avaient marqué l'année 1(î90, Vjctor-Amédée avait été considéré par l'Angleterre comme l'un <1<5 facteurs les plus utiles de la ligue formée contre LouisXIV : laljrande-BretagQo lui avait alors fourni dos subsides. Lorsque, délaissé par ses alliés, le prince piémontais s'était trouvé exposé aux coups des généraux français, Guillaume d'Orange avait *vec ardeur plaidé sa cause auprès des puissances pour obtenir qu'on lui envoyât d'importants secours *. Des flottes anglaises

I.Cf. Ui Suiâira et la neulralilé de Ui ^voie (lîOÏ-lTOt), p»r Henri Fuy iirtOiar dei ucbires de Gen«*e. Gen/tTe IN95, et nue «udu de M. U. Corutti MUm dui le l, XX. 2* >ério, des Mémoirti de f Académie royale de Turin, lous la filM; Uilla ruulraUlà d»ila Savota. ntl 1103.

t. Cf. Sloria dttia diptoma*ia delta carte di Sanoia jiar D. Carutiï, III, p- 1H3, IH^Blc., «1 Hitloirt d*t luClM et rioalil^s politiquei entre lei i'uiiiuncM mari- It l« France durant la lectmde moitié du tvir aiicte. par l» bsron Sirtemi . Pari», \K,3, l. VI, pastim.

ixviil INTRODUCTION.

s'étaient alors montrées dans la Méditerranée, et la cour de Londres était restée depuis lors convaincue de l'utilité de semblables diversions. Après la rupture de 1703, la Grande-Bretagne suivit la voie tracée par le prince de génie qu'elle venait de ponlre. On trouve un probant indice de ces tendances dans le préambule du traité signé à Berlin, le 28 novembre 1704, entre TAnglotorre et la Prusse, et par lequel le roi Frédéric-Guillaume s*ongagoait à envoyer en Piémont contre la France un corps de huil mille hommes sous les ordres du duc de Savoie. Ce document est ainsi conçu : « Il a été représenté à Sa Majesté u le roi de Prusse au nom et de la part de Sa Majesté ta reine ^v de la Grande-Bretagne par Milord duc de Malborongh qui «^ lui a esté dépiVhé exprès pour cela, en quel risque et danger «V les affaires des alliés se trouvoient par le malheureux état ^ auquel Son Altesse Royale* M. le duc de Savoie paroissoit être ^ réduit et que tous les avantages que les alliés avoient gagnés ^ pendant la campagne passée sur la France et ses adhérents A pou voient ^tr^ r^nver^^ et perdus si on ne tâdioit pas de lele^ \ A ver les affain^s chancelantes et 1 laute de cda tout à fiul

A dése:s^i^e$ de ce prince ^ » Uoccapation de GihraUar par l'amiral RiX>ke en ITiU. Tattaqi^de Minorque une prendère fois rv'pous^^. mais qui devait Mr^ cooroiuiée de succès deux ans plus lard, permettent de constater que, dès cette époque, la Grande^^Brelagne. en êtaMtssuit des stalîotts militaires dans la MéJilefranêe. av;ùt TintenliiA d^avoir dêsoraais une politique mêditeffTTUDHNMme. Uîdêe a pris ci>q^ dans la suie, et^ à partir de ce jvHur. i« peut fem»n{uerque 1 An^ieieffwapffvsquecoBstamnfeeiit ettlrv^nu des 1^^-^ aav;iles dufe$ la srwade mer intérîe«r^. cofmr du UK^ode civilisé, qui. dep«b les Imifs héroifws Af Uiùr^v anti^ijte et de Rc^me. est deiaeww le cmire de si p«t$sutts tAtèf^ts et l^ thê^ltnf ite st 6>rtes rivalités^ Uédatuât su«^ rempccW pwr les aaEstn>-pî«*flifei?atiîs devant Tarin, ft>itrùt jttx Ao^j^iis l\xv4k$À>a ie c&ecv^ber à tirw de Falliance $*^Qyanie «a parti iitile i te«rs in^êrHs. Les potsances

TRAITÉS D'L'TRBCBT. LxtX

tiocs àe la ligue se mirent d'accord avec Victor-Améiltk! ' pour (fi'rigFT leurs efforts vers le grand arsenal de lu France sur la U^ilerranée. Une importanti^ QoUc aaglo-batavc, appuyiiut une arnii'e austro-piëmonlaise de Irente-huît mille hommes, slUqiia Toulon an mois de juillet ITOI. La défense fut rapidefflCDl organisée et lesallii5sdureiitreDunceràleurprojel. Alais l'ilerlf fut vive, et l'occasion permit de voirce que pouvait pn»dnire contre la France unti allianci* de rAngletcrre et do U Savoie. Le précédent ne devait être oublié ni à Londres ni à Turin. Pendant ce temps. l'Autriche avait achovt^ la conquête de l'Italie entière. Les présides de Toscane, le royaume de Napics fuient tombés entre ses mains. Au mois de juin 1708, TEm- [K'reur publia un décret par lequel il déoluruit vouloir fuite reritTe les droits de l'Empire sur toute la péninsule. L'alarme gagna tous les e:iprit£. Louis XIV crut l'occasion favorable pour Iffliter de secouer la torpeur des cours italiennes, et chargea le oomfe de Tessé d'aller nouer avec elles des négociations en vue de les unir dans une ligue contre l'Empereur. D'après les instructions qui lui étaient remises, le maréchal devait, au cours de son voyage, essayer, au moyen d'agents secrets, de détacher le duc de Savoie de la Grande Alliance. Il était autorisé à faire à V'ictor-Amédée les plus séduisantes propositions, k lui offrir, par exemple, les fonctions de généralissime de la ligue en Italie et l'abandon complet du Milanais avec le titre de roi. Cette mission demeura sans résultat.

Cependant, l'échec des alliés devant Toulon, les victoires de Berwick et de Vendôme en Espagne, et l'admirable énergie de , la France que, malgré sa détresse, les alliés ne pouvaient parmiBwfa'à entamer à l'est et au nord, devaient donner à rélléchit- ^^RTictor-Amédée. Ses filles, la duchesse de Bourgogne et lu ^^SwK d'Espagne, ne négligeaient rien, de leur côté, pour te ' ramener à des idées pacifiques. Il n'ignorait pas que des conférences pour la paix avaient lieu entre les plénipotentiaires de la Grande Alliance et des ministres français à Mœrdyck et à Gerlntydenberg. L'empereur, d'autre part, le traitait plutôt

I. Cl. D. CàroOi : Storia dttia dipiomaiia delta corle di Savoiii, II, p. 371.

WX INTRODUCTION,

en ennemi qu'en allié. Il se décida enfin à rechercher lui-nsAtro les bases d'un rapprochement avec la France. Dans le couraofe del'été 1710, il engagea, par l'entremise d'un agent ob&cur, des pourparlers secrets avec le maréchal de Berwick, cohh mandant des troupes françaises en Dauphiné. Cette négociation se poursuivit dans le plus grand mystère, pendant toi l'automne de 1710. A partir de 171), une corrcspondancfl directe s'établit entre le marquis de Saint-Thomas, minisire t Victor-Amédée, et le marquis de Torcy, Peu après, la paijt ! traita ouvertement à Ulrccht.

Le duc de Savoie se lit représenter au congrès par le comi MaCFei, le marquis del Borgo, et le conseiller d'État Pierre MeU larède. Ces agents s'efforcèrent d'obtenir pour leur maître, titre de roi avec le Milanais. Mais l'Empereur qui occupait b^ Lombardie et qui, dans la possession de cette province, voyaîl le plus sûr moyen de dominer l'Italie, refusa de s'en dessaisi^ Pour satisfaire le duc Victor, il fallut se rabattre sur ime autlt royauté. Deux traités signes à Utrecht les 11 avril ti

13 août 1713, rétablirent la paix entre la Savoie, la France el l'Espagne. Ils stipulaient la complète restitution de tous les États de la maison de Savoie, concédaient à Victor-Amédée la souveraineté de la Sicile, avec le titre de roi, approuvaient li concessions que lui avait faites l'Empereur dans le Montferraf et le Milanais par le traité de Turin du 8 novembre 1703, el reconnaissaient le duc Victor et ses descendants mflles comini légitimes héritiers de la monarchie espagnole, au défaut de b postérité de Philippe V. Enfin, ta France cédait à la Savoie I) vallée de Pragelas avec les forts d'Exilés et de Fenestrelles e* les vallées d'Oulx, de Sezane, de Bardonèche et de Châleau* Dauphin. De soncâté, le duc de Savoie abandonnait au rot li vallée de Barcelonnette, la ligne de partage des eaux devant désormais constituer la limite entre la France, le Piémont 0 te comté de Nice.

Victor-Amédée se fit couronner roi de Sicile à Palerme, h

14 novembre 1713. Le marquis de Prie, ancien aide de camp du duc de Bourgogne et colonel de dragons, fut chargé d'aller

TRIPLE ALLIANCE, 17}7. txxi

renouer les relatioDs diplomatiques entre les deux cours. Les instructions du nouvel ambassadeur étaient conçues dans un sens avant tout paciliquc, La France di5sirait l'exécution loyale Jps traités d'Utrecht. L'Empereur avuit refusé d'approuver ces ^rangements, et gardait toujours rancune h Victor-Amédée. Le roi de Sicile pouvait espérer de trouver auprts du roi de Fninte un soutien contre les prétentions impériales . Le , marquis de Prie devait s'ciïorcer d'amener Victor-Amédée à rH'hercher cet appui el le convaincre des bons sentiments de Louis XIV. L'ambassadeur se rendit d'abord en Sicile oîi se I trouvait alors le nouveau roi. Il y séjourna deux mois (juillet-

ïuût 1714), el arriva à Turin le 4 octobre suivant. I Les traités qui mettaient fin h la guerre de lii succession

dEspagne. n'avaient point satisfait les ambitions déçues des cours de Vienne et de Madrid. Ces accords étaient h peine lignés que l'Empereur afiirmait publiquemetit ses convoitises sur la Sicile. L'Espagne elle-même poussée par Alberoni, nourrissait le dessein de rentrer coûte que coftte en Italie. Menacé des deux côtés à la fois, Victor-Amédée s'efforça de détûiimer l'orage en engageant des pourparlers à Vienne à Londres, à Paris et à Madrid '. En 1716, il fit offrir à l'Empereur de lui céder la Sicile en échange de la Sardaigne et d'une partie du Milanais. La cour d'Autriche écarta sèchement ces {iropositions. La Triple Alliance signée, le 4 janvier 1717, en vue d'intimider Albcroni, entre la France, l'Angleterre et In Hollande, stipulait d'une manière générale le maintien des

RÉs d'Utrecht: mais elle ne garantissait pas la possession t Sicile à la maison de Savoie. La question restait donc irtc. Profitant des embarras que causait à la cour de me la guerre contre les Turcs, Alberoni s'empara subite- 1 de la Sardaigne au mois d'août 1717. Cette nouvelle jet;» ïïne vive alarme dans les chancelleries. Une conférence se réunit à Londres, à laquelle prirent part les Puissances signataires de la Triple Alliance. Un projet de traité fut arrêté. 11

I. Cf. U Boi de SUilt Vklor-Ainèdée ri la triple alliancr (1715-1720), pur M. A ' laa AuiÈ les uitiileii de l'Ecole libre des Science» politique», annëet 1S9I, S à b60. el lti92, p. 41Ï » tt9.

LSXU INTRODUCTION,

portait l'évacuation de la Sardaîgnc par les troupes espagnoles, la reconnaissance par FEmpereur de Philippe V comme roi d'Espagne, la renonciation de ce dernier souverain aux anciennes possessions de sa couronne en Italie, la cession évcntaelle, en prévision de la prodiaine extinction des maisons Famèse et de Médicis, des duchés de Parme et de Plaisance et du grand-duché de Toscane, à un fils d'Elisabeth Fam^se ; enfin l'abandon de la Sicile à l'Autriche qui devait en échange donner la Sardaîgne à Victor-Amédée. Ce dernier n'était d'ailleurs point consulté. L'empereur Charles VI ayant souscrit à ces propositions, la Triple Alliance prit, à la suite de cette adhésion, le nom de Quadruple Alliance. L'attitude décidée des Puissances n'empêcha point Albcroni de jeter, au mois de juillet 1718, trente mille espagnols en Sicile. Victor-Amédée était incapable de se dérendre : il dut s'en remettre aux décisions d'autrui. Poursuivant son plan d'immîxfton progressive dans les questions méditerranéennes et agissant cette fois de connivence avec la cour de Versailles, la Grande-Bretagne avait envoyé des forces navales considérables sur les cdtes de Sicile. Le 12 août 1718, l'amiral anglais Byog anéantit la Qotte espagnole près de Syracuse ; puis les Impériaux entrèrent victorieusement dans l'ile. Menacée d'une guerre désastreuse, l'Espagne adhéra aux conditions des Puissances (26 janvier 1720). Le roi de Sicile souscrivît lui-même à ce qu'il appelait ironiquement « la triple, la quadruple, ou la quîna tuple alliance ' •'. Le 8 août suivant, le prince OtLaiano commissaire impérial, remit la Sardaîgne à Victor- Amédée. Le marquis de Prie s'employa k faire accepter ces importants changements à Turin.

Le roi de Sicile devint roi de Sardaîgne sans y mettre trop de mauvaise grâce. Il sortait de cette crise, peut-être lésé dans ses intérêts, la Sardaigne ne valant pas la Sicile ; mais, cette fois encore, sa bonne étoile l'avait servi. Il conservait le titre ' de roi, principal objet de ses ambitions. Au lieu d'un Ëtat divisé et placé aux deux extrémités de la péninsule italienne,

1 Roi, U juiTier 1719. Aff. Etr. Corr. Turin,

^^B ABDICATION DE VICTOR-AHEUEE 11. LXXIU

' lise trouvait en possession d'an royaump relativement homogène. Avec lin peu de philosophie, il pouvait se consoler des fehecs de sa diplomatie. Sous ee dernier rapport, il ne put, il csl vrai, se faire aucnae illusion : sa déroule avait été complète?. Dans les deux guerres de la Ligue d'Augsbourg et do ta Succession d'Espagne, il avait tour à tour dupi^ toutes les Ihiissances. Cette fois, les Puissances prirent leur revanche ft réglèrt^nt ses affaires, sans même lui demander son avis. Il ne rencontra auprès d'elles qu'indifférence ou raillerie. On reoonte que le Régent comparait alors Victor-Amédée , à n un " renard pris dans son propre piège ». » Le duc de Savoie, » dit Torcy. n a voulu comme à son ordinaire frapper à toutes les I « portes et il les a trouvées toutes fermées parce que l'expé- ^^^Beoce commune a appris à tout le monde k se défier de lui ^^H^lement'. » Cependant la leçon porta ses ("ruits. Victor- ^^^Sédée savait ce qu'il pouvait désormais attendre de l'Europe : il De lui demanda plus rien. Les circonstances d'ailleurs ne «levaient plus servir les desseins ambitieux du vieux Roi.

Pendant les dix aonées qui suivirent, la politique curop^fnne traversa une phase d'incohérence et d'anarchie. A la Quadruple Alliance succéda l'ulliancc de Vienne (30 avril 1723) qui rapprocha l'Espagne et l'Empire. La France, la Grande- Bretagne et la Prusse y opposèrent le pacte de Hanovre il septembre 1125). Dominé par l'idée hxe d'assurer sa succesiiuD à SCS filles, l'Empereur subordonnait alors toutes ses combinaisons politiques à la reconnaissance de la Pragmatique Sanction par les différents Etats de l'Europe. Les velléités guerrières des Puissances tournèrent en débals oratoires. Au lieu d'une lutte armée qu'on redoutait, on se réunit en conférencosà Cambrai, puisa Soissons. Au milieu de cet imbroglio, Hlslie demeurait toujours l'objet d'une des principales préocmpalions des cours. Chacun des partis se vit ainsi amené à fpchprcher Victor-Amédée. Le comte de Cambis nommé en 1125 ambassadeur h Turin, le sieur Anfossy, agent secret de KIcury, puis M. Blondel, chargé d'affaires du Roi en Pié-

LXXiv INTRODUCTION.

mont de 1728 à 1732, firent tour à tour, au nom de la France, des propositions d'alliance au roi de Sardaigne. Rien ne put ramener à se départir d'une stricte neutralité. Son activité se portait alors de préférence vers d'autres occupations. Le diplomate et le capitaine avaient fait place à l'administrateur et au financier. Puis, un jour, on apprit tout à coup que Victor-Amédée avait abdiqué entre les mains de son fils (30 septembre 1730). 11 ne se réservait qu'un revenu de 150 000 livres de- rente et se retirait à Chambéry, où il voulait vivre « comme un simple gentilhomme ». Une année s'était à peine écoulée, qu'il tentait de quitter sa retraite et dé reprendre le pouvoir. La cour de Turin le fit enfermer au château de Rivoli, puis à Moncalieri, où il mourut le 30 octobre 1732.

Le nouveau roi de Sardaigne, Charles-Emmanuel III, était, « aussi brave, aussi politique et beaucoup plus vertueux que « son père * ». « 11 n'avait pas le génie de Victor-Âmédée, mais « son esjprit était juste, son tact sûr; il possédait des connais-

« sauces étendues sur la science de la guerre Sa politique,

« à la fois profonde et sage, était fondée sur la droiture '. » Au moment où le roi Charles-Emmanuel arrivait au pouvoir, « l'Europe n'avait point de système assuré ». Le traité d'union et d'alliance défensive signé le 9 novembre 1729 à Séville, entre la France, l'Angleterre et l'Espagne avait rompu l'alliance hispano-allemande. Puis une nouvelle combinaison consacrée parles deux traités de Vienne des 16 mars et 22 juillet 1731, rapprocha la Grande-Bretagne, l'Empereur, les États généraux et l'Espagne.

Par suite des traités d'Utrecht, l'Italie a cessé d'être espagnole pour devenir toute autrichienne. De dynasties nationales il n'y a plus que la maison de Savoie. Elle seule a grandi au milieu des secousses qu'a subies la Péninsule. Seul de tous les princes italiens, Victor-Amédée a donné à l.'ltalie anéantie l'édifiant exemple de la résistance à l'envahisseur. En même temps que les autres armées européennes, l'armée sarde s'est

Page 1