CHARGÉ DES AFFAIRES DU ROI EN SICILE
Lorsque Victor-Amédée fut nommé roi de Sicile, le roi fit partir pour Païenne M. Leblond \ et le chargea de rendre compte des évé- Qements qui se produiraient dans Tile au moment du changement de régime. Arrivé, le 6 janvier 1714, cet agent fut accrédité auprès du (narquis de Saint-Thomas, par une lettre du marquis de Torcy en late du 17 mars 1714. Le 9 avril, il reçut Tordre de demeurer en )icile après le départ de Victor-Amédée, et de se fixer dans la ville »ù résiderait le vice-roi.
En quittant, à la fin du mois d*août 1714, la Sicile, où il était venu aluer le nouveau roi, le marquis de Prie laissa Tinstruction suivante u sieur Leblond.
. Après sa mission en Sicile, M. Leblond fut envoyé à Milan où il résida pluors années. Il était fils de Jean Leblond, consul de France à Venise. Son frère let qui occupa également, dans la suite, ces mêmes fonctions et qui géra Tatnbase de France à Venise en 1742, est cité à diverses reprises dans les Confessions Jean-Jacques Rousseau dont il fut le collègue pendant l'ambassade du comte de Qtaigu.
340 M. LEBLOND, 171i.
INSTRUCTION POUR M. LEBLOND Aff. Étr. Cor. Turin, toI. CXXI, fol. 224.
27 août 1714.
Comme la ville de Palerme est le lieu de la résidence ordinaire des vicc-rois et le centre de toutes les affaires, il est nécessaire que M. Leblond y fasse son séjour, parce qu*il y sera plus à portée d'être instruit de ce qui se passera. Il fera de son mieux pour être informé au juste des choses qui se passeront dans le royaume, tant par rapport aux brouilleries avec la cour de Rome pour la juridiction des évoques, qu'à regard de la situation d'esprit où se trouveront être les peuples par rapport au nouveau gouvernement, et il aura soin d'en rendre un compte exact à M. le marquis de Torcy, adressant, à cachet volant, les lettres qu'il écrira à ce ministre, à H. l'ambassadeur du roi à Turin, afin de ne pas multiplier les paquets. S'il arrivoit qu'il eût écrit à la cour par la voie de quelque bâtiment français, alors, il faudra qu'il envoie un duplicata de sa lettre à M. l'ambassadeur. Il aura attention de faire sa cour au vice-roi et à ne lui donner aucun sujet de plainte, ni par sa conduite ni par ses discours. Pour cet effet, il ne parlera du nouveau gouvernement que d'une manière convenable, et il nv chiTchera point à fomenter le mécontentement de ceux des Siciliens qui lui en pourroient faire paroître, parce qu'il est de rintérèt du roi que les choses restent dans ce pays-ci dans la situation où elles sont, et que ce royaume ne passe point sous la domination de l'empereur qui n'est déjà que trop puissant en Italie.
Fait il Messine, le "21 août 1714.
Signé : Li marquis de Prie.
AMBASSADEUR
Le duc de Savoie accéda, le 10 novembre 1718, au traité de la Quadruple Alliance. Peu après, le marquis de Prie quittait Turin (14 décembre 1719), laissant la direction des affaires de ce poste a M. de Lozilière *, secrétaire de l'ambassade. Après une vaine tentative de résistance, TEspagne -dut, elle aussi, accepter les arrangements conclus par les puissances (26 janvier 1120). Puis, les dernières questions pendantes furent déférées à Texamen d'un congrès qui devait se tenir à Cambrai.
Cette réunion eut pour conséquence d'établir des relations constantes entre les principaux ministres de l'Europe qui purent ainsi traiter directement les questions qui divisaient les cours. Au congrès de Cambrai, le roi de Sardaigne ne cessa pas d'être représenté, d*abord par le comte Joseph Provana jusqu'en 1724, puis par le comte Annibal Maffei. On jugea sans doute inutile d'entretenir, dans ces conditions, un ambassadeur à la cour de Turin, et l'on se contenta d'un simple chargé d'affaires. M. de Lozilière occupa ces fonctions du 14 janvier 1719 au 12 mars 1725.
Les négociations du congrès de Cambrai ne progressant pas au
1. Cet agent était neveu et fat, pendant quelque temps, secrétaire de M. de la Closure, résident de France à Genève. Il géra les affaires de ce poste pendant une absence de son oncle (décembre 1708-juin 1713). Après sa|gérance à Turin, il remplit une mission à Parme en 1725. Il fut question de lui, en 1726, pour occuper les fonctions d^envoyé extraordinaire près l'Electeur de Cologne. Cf. Histoire des Rési* dents de France à Genève, par E. Sordet, et Recueil des Instructions aux ambassadeurs et ministres de France, t. Vil et X.
gré du roi de Sardaigne, celui-ci manifesta au bout de quelque temps, le. désir d'avoir de nouveau un ambassadeur français près de lui. I.e choix de la Cour se porta sur le comte de Cambis '. lieuteuant des gardes du corps du Roi, maréchal de camp, qui, sous le nom de chevalier de Velleron, s'étail, comme offîcicr, acquis uqc certaine notoriété, dans les dernières guerres du règne de Louis XIV. « II < avait du monde, de la politesse, de la hgure, de l'honneur et de la ( valeur, mais rien du tout au-delà ; les dames le portèrent, il 1 lit rorluue '. ■
Au moment oil le comte de Cambis va occuper te poste de Turin, la Quadruple À lliance constitue toujours la base du système européen ; le congrès de Cambrai siège encore. Dans un but surtout pacifique, la courde Versailles désire s'attacher Vlctor-Amédée par une alliance. Sans paraître faire d'avances, le nouvel ambassadeur devra s'efforcer d'amener le roi de Sardaigne à se prêter à ce rapprochement. Il lui donnera d'abord l'assurance que les plénipotentiaires français ont reçu l'ordre d'appuyer au congrès de Cambrai toutes les demandes des ministres Pîémontais.
Sur ces entrefaites, le mariage de Louis XV avec Marie Leczinska étant résolu, le duc de Bourbon, premier ministre, décida de renvoyer en Espagne l'infante Marie-Vicloire élevée k la Cour de France et, depuis trois ans, fiancëe du Jeune ho! (9 avril 173S). Philippe V en ressentit une vive irritation. En quelques Jours, la politique de l'Espagne changea brusquement d'orientation, et la mésintelligence qui avait depuis vingt-cinq ans divisé l'Empire et l'Espagne, fit place à une alliance intime [Traité de Vienne du 30 avril 17!ÎS). Le comte de Cambis fut chargé, en arrivant & Turin, d'cxposerà Victor-Amédée les motifs pour lesquels Louis XV avait dA renoncer à épouser l'infante d'Espagne.
Les discrètes insinuations qu'il fit au roi de Sardaignt! en tuc d'une alliance, demeurëreol sans effet sur ce prince qui était alors décidé à conserver sa' liberté d'action. Après quelques mois seulement de séjour à Turin, l'ambassadeur quitta son poste (16 juin 1725) pour revenir en France. Pendant son absence, il laissa la gérance de l'ambassade au sieur Blondel, son secrétaire.
1. Cambis (Louia-Doimnique comLe de) (Ie69-I7i0), connu d'abord souh le nom d« chevdier de Velleron, cornette au régiment de csTilerie de Jcoffre*iUe en IU9, mestre da camp de «TaleriB en t703, gouierneor de Sisteron en 1709, brigadier en 1710, maréchal de camp en 1719, prit en se mariant le nom de comLe de Cunbi* (avril 17!i). Ambassadeur «n Saroie jusqu'en I7SS, désigné i cette époque peur l'ambassade de Vienne, premier lieutenant de la compagnie des garde* du corpi en IT30. commandant en Dauphinc en 1133, lieutenant général (1731), anbauadeqr en Angleterre (1738), cheTaUer désordres (1739); mort* Londres en 1710. Cf. l'article contacré au comte de Cambis par U. Louis Farges dans U Grand* Enc</el^tidit.