CARACTERE DE VICTOR-AMKUKE
eo face aucune louango, et une dt^votion sincère et r^guliire mais sans ostentation. Il y a lieu de croire qu'il conserve les égards qu'il a coramenci? assez tird d'avoir pour la reine son <?pouse, et cela, depuis que, revenu de la prévention où il (^toil que cette Princesse n'étoit pas moins allacliée h la France par inclination que p»r naissance, il a rendu justice ii son mérite et à SCS verlus, Elle en avoit, en effet, donnfi tant de preuves qu'enBn 11 reconnut qu'elle ^acrifioil tou l à son devoir et n'avoit point d'auli-es intérêts que les siens.
Le Roi a pour cette Princesse une tendresse particulière, soutenue et fortifiée par une parruite estime. Le comte de Cambis doit, en toutes occasions, lui parler conformément à ces sentiments que méritedc SaMojosté, une Princesse, sa grand'raère, et qui a d'aussi rares qualités.
L'affection dont le roi honore le Prince ' et la Princesse" de Piémont, et dont il veut que le comte de Cambis les assure l'un et l'autre, n'a jusqu'à présent d'autre principe que lu proximité du sang. Sa Majesté étant si peu informée sur ce qui les regarde, qu'elle ne peut donner, ù son ambassadeur, d'instruction certaine par rapport à eux, un de ses premiers soins sera donc de faire parvenir à Sa Majesté des relations très exactes concernant le prince de Piémont, aBn qu'Ellc ne soit pas plus longtemps dans l'incertitude de ce que l'on peut s'en promettre à toute sorte d'égards. Il ne négligera point aussi d'exposer avec le temps à Sa Majesté, l'idée qu'il se sera formée de la Princesse.
Il ne seroit pas aisé d'en donner dans ce mémoire une parfaite de l'état de la cour de Turin, du caractère et des dispositions de ceux qui y font quelque figure et des personnes qui ont part aux affaires. Le sieur de Lozilière, depuis plusieurs années qu'il rend compte de ce qui intéresse le service du Roi, n'a, pour ainsi dire, parlé qu'au seul marquis del Borç;o', et s'est
1. CUarleB-Emmanael Viclor (1701-1713) snccéd» en 1730 i «>n père Victor-An»*die.
2. Polriène-Chrimine de Besse-Rheiofels, mariée en 1724 au prince de Piùmont.
3. Igusco Sular de Uorelle, marquis du Bonrg (del Borgol, genlilbomme de tu Chambra de Victoi^.^niidte II. Eavojé b. La Haye en 1710. plénipotentiaire de la
1 de SsTOis au congiès d'Ulrecht, chargé d'une mission â Home en 1716, I nCtJElL DES INSTH. DIPLOM. XIV — 21
renfermé à l'exécution des ordres qui lui ont étû donnt's jour-' noilement, sans faire entrer dans ses lettres rien qui soit capable de faire porter un jugement certain du caracl^rp, do l'habileté, et des alTections des ministres du roi de Sardaigno : on ignore m^me les différents degri^s de confiance, oîi chacun d'eux se trouve auprès de leur maître.
Celui de ces ministres avec qui le comte de Cambis aura à traiter, est le marquis del Borgo, qui a le département desi Affaires étrajigères. [| a servi longtemps le roi de Sardaigne en Hollande dans le temps de la dernière guerre, et il fut son second plénipotentiaire au Congrfs d'Utrecht, où il se fil connoUro pour un ministre intelligent, habile, vigilant, el tr^8 ardent pour les intérêts de son maître. Il lui échappa souvent dans le cours de ce congrus des discours qui ne marquoieni pas une parfaite sagesse ; mais cela éloit, sans doute, l'efTel de la situation avantageuse od il scntoit les alTaires de son maître, qui étoil favorisé autant et mfime plus que tout autre des alliés. par la reine Anne d'Angleterre, qui faisoit le personnage d'arbitre à Utrecbt, n'élanl pas croyable qu'un homme aussi adroit, aussi fin, et tm^n dissimulé qu'il l'est, ne sache, qaand U le croit nécessaire, user de modération et de souplesse.
Il est arrivé quelquefois que dans les incidents où il étoit nécessaire de donner de la force aux remontrances ou représentations que l'on ordonnoit au sieur de Lozilière de faire à U cour de Turin, il lui a été permis et m^mc prescrit de lire ait marquis del Borgo les lettres qui lui étoient écrites. Hais le motif que l'on en avoit et qui étoit, comme il vient d'être dit, d'apporter aux représentations d'un simple secrétaire le poids qui leur pouvoit manquer, cesse dès que c'est un ambassadeur qui agit, et un ambassadeur qui, comme le comte de Cambis, rassemble en lui, avec la confiance du Roi, toutes les autres parties qui servent à aulorisor un ministre. Il faut donc qu'il s'abstienne de communiquer au marquis del Borgo et mfime au roi de SarJaigne, aucune des dépêches ou lettres qu'il recevra, excepté lorsque le Roi le lui ordonnera expressément. De plus,
lE COMTE PUOVANA ET LE MARQUIS DE SAINT-THOMAS 323
iDs toutes les afTaircs qu'il traitera, il évitera de rien donaer par écrit. 11 n'y a que celles oii il est ni?cessaîrc de prouver des faits dont on se plaini ou bien dans lesquelles il s'agit d'intérôts de particuliers qui demandent que le comte de Cambis remette des m(5raoires.
Il n'y a pas d'apparence qu'il ail beaucoup à Iraiter avec le comte de Provana, rappelé depuis peu de l'exil où il étoit depuis six mois, et réiabti dans les fondions de secrétaire d'Etal de la guerre. Cependant, il est bon qu'il soit informé que l'on a lieu de supposer qu'il ne trouvera pus ce ministre bien affectionné à la France, de qui le comte de Provana sait, sans doute, que sont parties les remontrances les plus fortes, et qui ont le plus contribué à le faire rappeler de Cambrai et k lui allirer les marques d'une disgrâce sinon véritable, au moins apparente. Il faudroit que le comte de Cambis reconnût que la confiance du roi de Sardaigne pour le comte de Provana est à tel point, qu'on ne pourroit compter sur aucun succès, sans avoir celle do ce secrétaire d'Élat, avant que de penser îi la gagner, et à lui faire oublier ce qui peut l'avoir indisposé & l'égard de la France. Alors, il s'appliqueroit à le persuader que les plaintes qui furent faîtes au roi de Sardaigne, n'avoient de rapport qu'aux choses et nullement à la personne. Mais, sans un besoin nbsolu et évident de se concilier l'esprit du comte de Provana, l'ambassadeur du Roi n'a point à s'en faire un objet principal de ses soins.
Ils seront peul-ôtre mieux employés en les mettant fi gagner la coniiance du marquis de Saint-Thomas qui, quoique dans une espèce de retraite et ne se mêlant plus des détails, paroit avoir toujours une très grande part à celle de son maître, et même h son amitié. 11 n'y a guère de choses sur lesquelles ce Prince ne le consulte, se transportant souvent chez lui pour cet effet. Ce marquis est né avec un esprit assez borné, maïs le roi de Sardaigne s'étudia autrefois, et parvint à en faire un uîntstre assez intelligent et capable d'exactitude et de précision lans l'exécution de ses ordres. Avec ces talents dont M. le oarquis de Saint-Thomas a été redevable aux soins de son
îllre, il a toujours fait voir de la probité, de la discrétion, et
su
de la liddiité. L'application que le comte de Cambis apporter k se le rendre favorable, doit f'tre accompagnée de beancodj de ménngemi>nt.
Le Uui n'uyani pas à donner, au comie de Cambi». d'ins tructioQs plus (^tendues pur rapport aux ministres da roi < Sardaignc Sa Majesté passe à l'explication de ses volontés, pa rapport h quelques afTaires que le sieur de Lozilîère i menc^ de traitera Turin,
Il y en a une capitale et tr^s intéressante pour les sujets dl roi, et pour leur commerce : c'est celle du droit appelé d Villefranchc.
Il paroit, par une copie trouvée depuis peu à Monaco, clqiH le Roi fait joindre à ce mémoire, qu'il fui établi le 28 M vrier 1558, par Emmanuel Philibert, duc de Savoie ; mais, qu'il n'étoil pas, à beaucoup près, tel ni aussi étendu que les fermiers l'ont prétendu, tant ;iprés le traité fait par le Roi ave* le roi de Sardaigne, le 29 août 1G96, que, depuis celui signf entre Sa Majesté et ce Prince à Utrccht le tl avril 1713, dont l'article 10 porte que hs bâtiments françois paieront TaDcioa dace communément appelé droit de Vil I ■'franche , comme I se praliquoit du temps du duc Charles-Emmanuel ; clause «em' blable, mot pour mot, h celle qui se trouve dans le sixièmt article du traité de 1696. U scroit superflu de rappeler ici tout ce qui s'est passé par rapport à ce droit, soit dans les annéei 1697 et 1698, soit depuis la paix d'Utrecht. Il »ufllt que I» comte de Cambis prenne les choses au point où elles sooi aujourd'hui, et. pour s'en bien instruire, il se fera remettit lorsqu'il sera à Turin, par le sieur de Lozilière. tout c* qu'il i écrit et tout ce qui lui a été mandé et envoyé dans le cours d l'année dernière concernant ce droit. Il verra que l'on attend depuis plusieurs mois les preuves que la cour du Turin » prc mis de fournir pour en constater la quotité et l'étendue, le Roi ne refusant point d'ordonner à ses sujets d'y saiisfaire* pourvu que l'on fasse connoltre où, quand, comment, et cota-, bien ils doivent payer. Les ministres du roi de Sardaigne sont certainement très embarrassés fL produire quelque ctiose qui justitie l'excès des prétentions formées, et des vexations exer-
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cées par les fermiers du droit en question. C'est pourquoi, dès que le comte de Cambîs, au moyen de la lecture de ce que le roi lui marque- de se faire communiquer par le sieur de Lozilière. se sera mis au fait de cette mati^re, il sollicitera le marquis del Borgo de donner les éclaircissements qu'il s'est engagé si positivement de produire, pour mettre une fois pour toutes les choses en règle. La Cour de Turin ne sauroit trouver à dire à un pareil empri-ssemenl. qui n'a d'autre but, que de prévenir de nouveaux incidents capables d'allérer la bonne intelligence, d'ailleurs, les injustices et les violences qu'ont souffertes, il y a quelques mois, plusieurs des sujets du Boi, mettent Sa Majestt^. en droit d'exiger que l'on finisse cette affaire. Après quoi, elle se propose de demander la réparation de ces violences. Mais c'est un point que le comte de Cambis ne touchera pas sans en avoir reçu l'ordre de Sa Majesti?. qui veut attendre que l'on soit convenu de tout sur le droit de Villefranche. pour procurer le dédommagement dû à ceux de ses sujets à qui l'on a fait payer ou mal à propos, ou au deift de ce qu'ils dévoient.
Il y a une autre affaire qui. quoique à terminer entre le fer inicr des Postes de France et celui des Postes de Piémont, demandera que l'ambassadeur y intervienne, parre qu'il y a des circonstances qui intéressent essentiellement le service de Sa Majesté. Elle sait et approuve que le comte de Cumbis ait pris du premier des éclaircissements et des mémoires sur cette matière, mais il ne les regardera pas comme devant servir de règle dans la poursuite de celte affaire, à moins qu'ils ne soient entièrement conformes à ceux qui furent envoyés au mois de juin dernier au sieur de Lozîlière, comme aus.«i aux ordres qui lui furent donnés en même temps ; en conséquence desquels le Roi veut que l'alfaire soit suivie, jusqu'à ce que Sa Majesté juge à propos d'envoyer au comte de Cambis de nouvelles instructions.
La dernière à lui donner aujourd'hui consiste à lui marquer
que. nonobstant que Sa Majesté ait fnit entendre depuis peu
|,Toi de Sardai^ne qu'elle ne le presseroît plus de faire avec
le Prince de Monaco' une convention pour la reslitation des 1 diîsertptira, elle souhaiteroit ni^anmoins que le Roi de Sardaigne y consentit, parce qu'outre qu'elle serait bien aise de procurer cet honneur et cette satisfaction au prince de Monaco, cela pri^viendroit beaucoup d'incidents dont la discussion est toujours désagi\%ble.
Il en nait souvent do différente nature, étua lesquels le Prince de Monaco a recours, avec empressement et vivacité, à la protection du Roî ; et il est à pnîsumer qu'il lui arrivera , quelquefois décrire à l'ambassadeur du Roi, qui ne doit jamais fitirc aucune démarche à sa nîquisition, qu'après avoir demandi^ et reçu les ordres de Sa Majesté.
Elle fait remettre au comte de Cambis pour lui servir de règle dans toutes les choses de cér*5monial, une copie d'une convention qui fut signée entre le marquis de Prie, ri-dcvant son ambassadeur auprès du roi de Sardaigno, et le marquis de Saint-Thomas, alors ministre de ce prince, et celle de la relation I de l'entrée que fit à Turin ce même ambassadeur.
Le Itoi lui donne de doubles lettres de créance pour le roi et
pour la reine de Sardaigne. Il présentera celles de la main de
I'' Sa Majesté aux premières audiences particulières qu'il aura
I de ce Prince et de celle Princesse, et réservera les autres pour
les audiences publiques.
Il remettra au prince et à la princesse de Piémont, la première fois qu'il les verra, celles que Sa Majesté veut bien leur écrire.
En ces différeoles occasions, il parlera &ces Princes et Prin- I Msses, conformément à ce qui est dit dans ce mémoire des , sentiments du Roi à leur égard, et au contenu des lettres que t Sa Majesté leur écrit et dont elle lui fuit douncr des copies.
Le comte de Cambis doit regarder le sieur de Lnzilièrc
L-eomme entièrement digne de sa confiance, et les notions et les
I éclaircissements qu'il en tirera comme d'autant plus sArs,
qu'il n'a donné que des sujets de satisfaction à Sa Majesté dans
le compte qu'il a rendu et qu'il a marqué être capable de loale