‹ Savoie-Sardaigne et Mantoue (volume 2)Chapitre 17 sur 223 · Reetuil du inslrueliont au · texte numérisé non relu

Reetuil du inslrueliont au

M. J. Reinacb, inlroduction, p. c

t. ChaaTelin k Vaulgr«naDl, SS do fol. 213. — Cf. Mémoirei de Vîllart

minislres de France à Naplea et à Parme, pat

TRAITE DE TVRIN. )733. isxvii

vers DlaHe, celle > prunelle des yeux de l'Empereur' .1. Gopendanl l'Espagne qui devail s'associer aux projets de Charles- Etnmaiiuel el de Cbauvelia sur l'Italie soulevait mille diflîcult^s. Urfine Elisabeth prétendait distraire du Milaiiait;, en faveur <lï l'Infant Don Carlos, le Crémonais, le Pavcsan et le Lodesau. Elle refusa en outre catégoriquement de céder le Mantouan au roi tii- Sardaigne. Inléressi^e à conclure rapidement, la France paja les frais de cette obstination et se re)(\cha de ses prétentions sur la Savoie'. Le comte de Vaulgrenant fut autorisi^ à tuQclure sans exiger aucun avantage. Il fui seulement convenu dans des lettres et dans des entreliens que la France obtien- (Imil la Savoie si elle parvenait à faire acquérir au roi de Sardii^e l'importante place de Mantoue cl son lerriloire. Lx-2(isepkmbre 1133, sans attendre l'adhésion de l'Espagne, le comte <le Vanlgrenanl et te marquis d'Orméa signèrent fi Turin un liïité d'alliance oiïcnsivc et défensive contre l'Empereur. Lc! firéumbule de cette convenlion semble avoir été calqué sui' ctilui du traité de Rivoli conclu en HVia par Itichelieu avec la duchesse Christine. La prépolence autrichienne qu'il faut ibittr« a seulement, dans le nouveau texte, remplacé la pré- [wliince espagnole. « Il est connu à l'univers, » y est-il dit, « que la maison d'Autriche abuse depuis longtemps du degré ■ tiorbitant de puissance auquel elle est montée, et qu'elle ne "cherche qu'à s'agrandir encore aux dépens des autres... ' Apr^s avoir essayé les voies de douceur et des négociations, jcs choses sont parvenues au point que toute l'Europe doit

justement elTrayée d'un pouvoir si énorme et de l'usage il en fait ; en sorte que c'est le temps oît la sagesse

principales Puissances demande qu'elles prennent des ' promptes mesures en convenant entre elles tant pour leur " sûreté et l'intérêt de leurs Etats que pour former enlîn un '« juitc équilibre qui seul peut établir le repos universel et " tirer particulièrement les Princes d'Italie de la dangereuse " MtualioQ oii ils sont. C'est dans cette vue, et pour prévenir

'nie Viltart. idii. Voguii. t. V. p. '

Lxxviii INTRODUCTION.

(( par toutes sortes de moyens le danger qui menace l'Europe « en général et Tltalie en particulier, que Sa Majesté Très- « Chrétienne a invité le Sérénissime roi de Sardaigne à entrer « avec elle dans ce traité '. » Pour attaquer l'État de Milan, le roi de France devait fournir quarante mille hommes, le roi de Sardaigne, une armée de douze mille combattants qui serait portée à vingt-quatre mille dès la seconde campagne. Le roi Charles-Emmanuel était désigné pour exercer le commandement en chef. 11 recevait de la France un million de livres comptant et, pendant la durée de la guerre, une pension mensuelle de deux cent mille livres. Le Milanais tout entier, « tel u qu'il avait été cédé par Charles-Quint à Philippe II en 1549, » était réserve au roi de Sardaigne. 11 était formellement stipulé que le roi de France ne conserverait rien de ce qui serait conquis en Italie. Des articles additionnels attribuaient les royaumes de Naples et de Sicile et les anciens Présides de Toscane à rihfant Don Carlos, précédemment désigné par les traités de la Quadruple Alliance, pour recueillir à Parme et à Florence la succession des Famèse et des Médicis. 11 était convenu que la cour de France demanderait à celle de Madrid d'adhérer à ces arrangements qui demeureraient secrets jusqu'au moment où Ton croirait pouvoir rompre avec l'Empereur. L'Espagne refusa d'approuver le traité de Turin. Les événements ne permettant aucun délai, la France et l'Espagne signèrent ensemble, le 25 octobre 1733, un accord séparé, connu sous le nom de traité de l'Escurial. Ce n'était pas, comme L'espérait la diplomatie piémontaise, une confirmation pure et simple du traité de Turin. Le roi Charles-Emmanuel s'en plaignit très vivement auprès du cardinal de Fleury. 11 en résulta entre les cours d'Espagne et de Sardaigne une gi^nde défiance qui, en dépit des efforts des agents français, persista durant toute la campagne. Les hostilités éclatèrent en Italie au mois d'octobre 4733. La France prit dans les plaines lombardes sa revanche des échecs qu'elle subissait en Pologne. Les victoires de Parme et de Guastalla eurent pour résultai la conquête du Milanais

1. Traités publics de la Royale maison de Savoie, II, p. 444.

SITUATION DE CHARLES-EMMANUEL III EN ITALIE. Lxxix parles Prancopiémontais ; celle de Bitonto ouvrit aux Ëspapdi le royaume de Nuples (!733-n35).

Le marquis de SuiLt-Neclaire remplaça, au mois de juin 1734, k comte de Vaulgrenant auprès du Ftoi de Sardaigne. Depuis^ix mois, les cours de France et de Turin négociaient péniblement l'iccessîon de l'Rspagnc au traité du '26 septembre 1733. Philippe V réclamait l'ancien duché de Mantouf pour prix de son «cesîion. Cbarlçs-Kmmanuel pn^lendait l'obtenir avec le Milahm. Quand il vit clairement que toutes les conquêtes qu'il ïvait contribué à faire allaient surtout proitter à l'Infant don Carlos, e'est-ft-dire en fait iï l'Espagne, le roi de Sardaigne limila au strict nécessaire sa coopération. En prolongeant leur ffforl, les allids eussent pu rejeter les Autiichiens hors de l'Italie : la Péninsule se fût ainsi trouvée complèlemenl libérée du joug étranger. Mais, auprès de la maison de Savoie, une autre (Ijinaslie, auHsi puissante qu'elle-même, eût pris racine en Italie. i^ roi de Sardaigne préféra maintenir une situation qui lui per- Dli'llait d'escompter l'avenir, en continuant son systi^me de Iwscule, entre ta France et l'AutricIio. Di'l's lors, les opérations Je guerre devinrent plus languissanlps. Dos agents français nouèrent, vers la mùme époque, une négociation directe avec les ministres de l'Empereur. Le 3 octobre 1733, des articles [Ti^lim inaires furent signés à Vienne entre l'Aulriche et la France. Ils furent suivis d'un traité de paix définitif conclu le 18 novembre 1738. Le roi d'Espagne el le roi de Sardaigne se firent longtemps prier avant de souscrire à ces arrangements. Cbarlos-Emmanuel n'avait pas lieu de su montrer satisfait. Tandis que la France obtenait l'assurance de la réversibilité de la Lorraine, Duu Carlos les Deux-Siciles et les ports de Toscane, que François de Lorraine allait régner à Florence et que l'Empereur recouvrait le Milanais, le Manlouan, Parme el Plaisance, le roi de Sardaigne dClt se contenter des deux districts lombards de Novare et de Tortone.

Ces nouvelles annexions ne représentaient qu'un faible accroisscmcDtde territoire, mais les événements mômes avaient lîilérablemeni augmenté le prestige de la maison de Savoie

Lxxx INTRODUCTION.

dans la Péninsule. Le Blilanais entier avait été conquis, les Impériaux chassés du sol italien et, dans cette campagne la Sardaigne avait marché de pair avec la France et avec TEspagne. Chaque jour montrait davantage ccmibien il fallait compter avec les princes piémontais. Cette constatation se retrouve dans la bouche de tous les contemporains. « De toutes (c les puissances d'Italie, » écrivait le président de Brosses, u les Italiens ne craignent que le roi de Sai^daigne ; il est i « leur gorge, à ce qu'ils disent, et les suffoquera tôt ou tard ; u il«n*est pas assez fort à la vérité pour envahir beaucoup à la « fois, mais il s*étend peu à peu. Le roi Victor, son père, disoit « que ritalie étoit comme un artichaut qu'il folloit manger c feuille i feuille. Son fils suivra tant qu'il pourra cette maxime, « et s'alliera successivement et sans ^ard pour le passé avec a tous les grands princes qui lui feront sa condition meilleure, « toujours par préférence avec la maison d'Autriche plutôt « qu'avec les Espagnols, ni avec nous, quoiqu'il ne puisse u s'agrandir qu'aux dépens de cette maison; car le' duché « de Milan est le véritable objet de sa concupiscence. Mais, i( dans les temps difficiles, il accrochera quelque chose d'elle (C et avec sa patience, il aura tout ; au lieu que, s'il laissoit « établir en Lombardie quelque prince de la branche d'Espace gne, comme don Carlos ou un de ses frères, ce seroit une (C puissance au moins égale à la sienne, qu'il trouveroit immé- « diatement sur la place même, et qui lui serviroit à jamais de <c pierre d'achoppement. Ce n*est pas que, s'il vient jamais à « bout d'avoir Milan, il ne trouve de terribles difficultés à s'y tt maintenir, les Milanais ayant les Piémontais en exécrau tien, et dans tout le reste de*ritalie, ils ne sont guères moins « odieux'. »

La mort de TEmpereur Charles VI (20 octobre 1740) ralluma la guerre en Europe. Toutes les puissances intéressées à Tannulation de la Pragmatique Sanction, se h&lèrent de renier leurs engagements. Frédéric II donna le signal de la mêlée en se

1. LtttrtM historiques et critiques sur Vltatie, p«r le président de Brosses, (lettre de 1740). Paris, édiU 1799, t. III, p. 390 et suirantes.

CBARLES-BHVANCEL III ET HARIE-THÈRÈSE. LXiii fàant sur U Sîlésîe. Pois, deux armées fnnçais^^ envahirent rAllenugne. Hari(>-Tbérèse se trouTait réduite nux derniers npédîenls : le plan conçu pendant la guerre de la sncces&ion 4f Pologne, et qui tendait à expulser complètement les Aulridùenfi de l'Italie, devait fatalement revenir h tous les esprits. CtpMwUnt, dorant près de deox aimées, l'Italie échappa aux hmtilités. D^ le début de la campagne, la cour de Versailles tfuya de lier partie avec le roi de Sardaîgne. Elle avait, avant ti)Bt,i remplir l'ingrate tÂche de rapprocher dans une cause ronuBone. les cours d'Espagne, de Sardaigne et de Naples. lorsqu'on examina la question des futures attributions terrtloroles. Amelot, ministre des affaires étrangères, commença pr réclamer la Savoie pour la France, offrant d'abandonner iD roi de Sardaigne le Milanais jusqu'à l'Adda '. Charles-Emmunrl exigea tout le duché de 511Ian. Décidée à obtenir dans la Haute-Italie de vastes Etats, et notamment le Uilanais, pour uii»N;oQd Infant don Philippe, l'Espagne s'opposa, comme elle l'iTiit fait pendant la guerre de la succession de Polt^ne, h l'ib&iulon du Milanais h ta Sardaigne. Les convoitises espagnoles cl savoyardes ne laissaient plus de place aux convoittus françaises et, au bout de quelques jours, Amelot, trop faible pour faire prévaloir une idée, cessa d'insister pour obtenir h!^lvoie. En dépit de ses efforts, l'antagonisme entre l'Espagne tl la Sardaigne dégénéra bientôt en une lutte ouverte. Libre il^thoisir, au milieu de ce conflit d'intérêts, Charles-Emmanuel sentait qu'il pouvait faire peucht^ir en Italie la balance du cdté qui lui conviendrait. Il préféra les Habsbourg représentés par Bot reiao en détresse aux Bourbons personnifiés par l'insati*Wc reine d'Espagne. Fid&Ic à sa politique d'équilibre vis-à- ^* des puissances continentales, la Grande-Bretagne .s'était pRinoocéti en faveur de lu reine de Hongrie et la soutenait de ^*ubsides. Tne puissante flotte angl<)ise se trouvait à demeure tluis la Méditerranée. Le cabinet de Londres mit tout en «uvre pour entraîner le roi de Sardaigne en faveur de Marieîllérèsc. Les Espagnols menaçant d'envahir te duché de Milan,

Ljbacloli Saint-N«ct>ir«, sejuia 1711, A£. Elz. Corr. Turia. tal. CVIV.

S IKSTH. DIPLOK.

Lxxxii INTRODUCTION.

Charles-Emmanuel se décida à signer, le 1^ février 1742, une convention provisionnelle avec la reine de Hongrie. En vertu de cet arrangement, les troupes austro-piémontaises devaient couvrir les duchés de Milan, de Parme, de Plaisance et de Modène contre les Hispano-Napolitains. Le roi de Sardaigne se réservait expressément la faculté de faire valoir ultérieurement ses droits sur le Milanais et celle de traiter, même avec les ennemis de sa nouvelle alliée, pourvu que la reine en fut prévenue un mois d'avance*. Marie-Tliérèse se trouvait dans la nécessité d'accepter ces bizarres stipulations. Charles-Emmanuel assurait ainsi le présent tout en ménageant l'avenir : sans être accusé de trahison, il pouvait, si ses intérêts l'exigeaient, exécuter une volte-face analogue à celles dont son père avait donné l'exemple. Vis-^-vis des cours de Versailles et de Madrid, cet arrangement, divulgué, constituait une pressante invitation à rechercher son amitié. C'était un ingénieux expédient pour (c allier Tintérfit à la bonne foi et la vérité à tout ce qui « paraît lui être le plus contraire. Charles-Emmanuel regar- « doit ce traité, dont il parloit souvent avec complaisance, « comme le chef-d'œuvre de sa politique et de celle de son « ministre le marquis d'Orméa, le plus habile qu'ait jamais eu « la cour de Turin ^ ».

L'action combinée des Auslro-Piémontais empêcha les Espagnols d'entrer en Lombardic, tandis qu'une flotte anglaise, en menaçant Naplcs d'un bombardement, forçait Don Carlos à observer la neutralité. La même année, la reine de Hongrie se débarrassa d'un de ses plus redoutables adversaires en abandonnant la Silésic au roi de Prusse. Quelques mois après les Français subissaient un grave échec à Dettingen. Le roi de Sardaigne pouvait dès lors, sans crainte de se compromettre, resserrer les liens qui l'unissaient à Marie-Thérèse. La cour de

1. Traités publics de la Royale maison de Savoie^ t. III, p. 1.

2. Cf. Idée générale de la maison de Savoie, des fondements de sa puissance, de son accroissement successif et de son état actuel sous le règne de Victor-Amédée ///, !•' mai, 1776. Aff. Etr. Fonds dÎTers. Mèm. et Doc. Sardaigne, t. X, fol. 32. Ce mémoire, sans nom d'auteur, nous paraît, d'après certains indices, pouvoir être attribué à M. Bigot de Sainte-Croix, secrétaire de l'ambassade de France à Turin en 1776.

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