ENTREVUE DE M. ANFOSSY ET DU ROI DE SARDAIGNE. 8D
INSTHUCTlOn PO[TB U. ANFOSSY Aff. Élr. Corr. Tarin, »ol, CXXXVIll, fol. 300.
. Anfossy, aussitôt après ma lettre reçue, se préparera pour son départ, après avoir dît à sa famille qu'il vieut à Paris pour chercher à s'y établir par le moyen de quelque emploi que je lui ai fait espérer.
M se rendra à Lyon, et prendra ses mesures pour arriver à Chambéry, vers le 15 de ce mois. Il cachera sa marche le plus secrètement qu'il lui sera possible, et invitera tous ceux qui pourroient le connoîlre.
Il arrivera à Chambéry avec un habit simple et comme un marchand qui seroit daus le dessein d'établir un commerce d'Avignon ou de quelle autre ville il imaginera en Piémont.
Étant arrivé à Chambéry, il demandera à parler à l'intendant de Savoie, et il lui dira simplement comme ci-dessus qu'il est marchand, et qu'il seroit bien aise de proposer à Su Majesté le Roi de Sardaigne, un projet de commerce dans ses États.
L'intendant le présentera au Roi, et quand il sera seul avec Sa Majesté, il lui présentera la lettre de créance ci-jointe. Si Elle lui demande qui il est, d'où il est, etc., il ne feindra point de le lui dire, et que je l'ai cru propre à exécuter la commission dont je l'ai chargé, parce qu'il y a longtemps que je le connais.
Il écoulera ce que le Roi lui dira, et s'e.\cusera de n'entrer pas d'abord en mati£.-re sur la négociation secrète que la France désire d'entamer avec lui, parce qu'il n'a reçu, à cause de la brièveté du temps, qu'une très légère instruction de moi, et qu'il a été pressé de partir sans pouvoir venir Ici auparavant.
Cependant, pour le mettre un peu au fait de ce qu'il aura à
'.raiter, je lui envoie une copie de la lettre que j'écris au Roi
I Sardaigrtp, par une autre voie. Il lui dira en conversation
H. ANFOSSY, 1720.
tout le bien qu'il m'a entendu toujours dire de ce Prioce, dans le temps quejYtois en Provence.
Si le Roi de Sardaigne s'explique avec lui sur ce qu'il désireroil pour former une alliance avec la France, il pourra, comme de lui-même, représenter ce qu'il jugera peut-iître trop exhorbitant ; mais il se défendra de rien promettre, faute de pouvoir qu'on n'a pu lui donner diins un si court intervalle.
Il répondra qu'il m'écrira tout avec lidélîlé, et qu'il se servira pour cela d'une adresse sûre que je lui ai envoyée, et dfr laquelle il n'y a rien h craindre.
11 est inutile de l'avertir de parler peu, parce qu'il y est port^ naturellement. Mais comme ce Prince est curieux, el qu'il aime à interroger, il pourra lui répondre sur toutes les questions étrangères à sa commission qu'il lui fera, «1 je ne crains pa> qu'il ne le fasse bien.
S'il lui demande combien il séjournera à Chambéry, il lui répondra, que son instruction ne porte autre chose que d'exécuter i-n tout les ordres de Su Majesté, et de se conduire de II manière qu'EUe lui prescrira.
Si le Roi entre en matifre et qu'il s'explique sur les condi^ lions qu'il désireroit, elles ne peuvent rosier que sur le nombi de troupes qu'il demandera pour le mettre en état de faire la guerre avec supériorité, el sur les subsides qu'il faut s'attendra à être gros et considérables ; il pourra lui répondre en général, que ces demandes lui paroissent un peu fortes ; mais qaft n'ayant pas de pouvoir, il ne peut qu'en rendre compte ici.
Il est bon de l'avertir que sa commission n'est sui- que d^ Roi mon maître, et de moi. ainsi que ce Prince l'a exigé, cl qui c'est à moi seul qu'il en rendra compte. Il pourra lui repr^ senteren général, que les alliances les plus sol ides sont loujourf celles où chacun trouve son intérêt, et où aucun n'exige qu4 ce qui est raisonnable.
Comme je ne sais pas de quoi il sera question, et, qu'à m» sure que le roi de Sardaigne s'expliquera, un proporlionni-ni î ses demandes ce qu'on aura à répondre, il faut attendre néce» sniremenl la première conversation.
Tout ce que pourra dire M. Anfossy esl qu'il e-*l instruit dl